Configurer son téléphone pour reconfigurer son utilisation…

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Configurer son téléphone pour reconfigurer son utilisation… Ça vous est peut-être déjà arrivé. Vous prenez votre téléphone cellulaire avec une intention précise. Répondre à un message, vérifier une information, regarder un horaire. Puis, en cours de route, une notification attire votre attention. Vous cliquez. Une autre apparaît. Vous ouvrez une application. Quelques minutes plus tard, vous êtes en train de faire défiler votre fil Instagram… et vous réalisez que vous avez complètement oublié pourquoi vous aviez pris votre téléphone au départ. Ce type de situation peut sembler banal. Pourtant, les environnements numériques sont conçus pour capter l’attention, faciliter les enchaînements d’actions et encourager les retours fréquents. Notifications, accès rapide, contenus personnalisés, absence de friction… ces éléments s’additionnent et orientent subtilement nos comportements, souvent à notre insu. Dans ce contexte, le sentiment de perdre le fil ou de se laisser entraîner n’est pas surprenant. Mais ce qui est intéressant, c’est que ces mêmes mécanismes peuvent être utilisés autrement. En ajustant certains paramètres et en modifiant légèrement notre environnement numérique, il devient plus simple de reprendre du contrôle sur la manière dont on utilise son téléphone. Autrement dit, de passer d’un téléphone qui agit sur nous… à un téléphone sur lequel on agit davantage. Agir sur son environnement pour reprendre du contrôle Introduire de la friction pour ralentir les automatismes Dans plusieurs situations du quotidien, l’utilisation du téléphone ne passe pas par une décision consciente. On déverrouille, on ouvre une application, souvent sans trop savoir pourquoi. C’est précisément là que le design peut devenir un levier. Plutôt que d’essayer de résister à chaque impulsion, certaines stratégies consistent à modifier légèrement l’environnement numérique pour ralentir ces gestes automatiques. On parle ici de friction. Il ne s’agit pas de bloquer l’accès, mais d’ajouter un petit délai, juste assez pour se redonner une marge de manœuvre. Concrètement, ça peut ressembler à passer l’écran en niveaux de gris, ce qui diminue l’attrait visuel retirer Instagram ou TikTok de l’écran d’accueil devoir entrer un mot de passe plutôt que simplement cliquer Ces ajustements ont des effets mesurables. Par exemple, le mode niveaux de gris entraîne une diminution immédiate et significative du temps d’écran dans des études en conditions réelles (Zimmermann & Sobolev, 2022) .Des approches combinant plusieurs petites frictions réduisent aussi la fréquence d’ouverture des applications, bien qu’elles puissent devenir irritantes si elles sont trop nombreuses (Wu et al., 2023). L’idée n’est pas de se compliquer la vie, mais de créer un espace entre l’impulsion et l’action. Réduire le bruit des notifications Un levier souvent simple, mais particulièrement efficace, consiste à désactiver une partie des notifications, notamment celles qui ne sont pas essentielles. Les notifications agissent comme des signaux externes qui captent automatiquement l’attention et interrompent les activités en cours, même lorsqu’on tente de rester concentré.e. Des travaux expérimentaux montrent que la réception de notifications entraîne des interruptions fréquentes et une diminution de la performance attentionnelle, en plus d’augmenter la distraction même lorsque les notifications ne sont pas consultées immédiatement (Stothart et al., 2015). D’autres études indiquent que la réduction des notifications est associée à une diminution du stress et à une amélioration du bien-être perçu (Kushlevet al., 2016). Dans cette perspective, ajuster les paramètres de son téléphone pour limiter les alertes aux communications réellement importantes permet de réduire les sollicitations externes et de soutenir une utilisation plus intentionnelle. Rendre son utilisation visible pour mieux s’ajuster Une fois les automatismes un peu ralentis, un autre levier consiste à mieux voir ce qu’on fait réellement. L’utilisation du téléphone est souvent fragmentée, ce qui rend difficile d’en avoir une vision claire. Certaines approches permettent de rendre cette information plus accessible, notamment en affichant le temps d’utilisation directement dans l’environnement. Par exemple, un widget visible sur l’écran d’accueil, un minuteur qui apparaît à l’ouverture d’une application, ou une barre de progression en temps réel permettent de garder un contact avec son utilisation pendant qu’elle se déroule. Des travaux montrent que ce type de rétroaction en continu peut entraîner des diminutions du temps d’écran de plusieurs dizaines de minutes par jour (Zheng et al., 2025). Consulter ses données en fin de journée ou en début de semaine peut aussi être utile, mais les effets semblent plus marqués lorsque l’information est accessible en temps réel. Cela dit, voir ne suffit pas toujours. Sans repères ou intention derrière, ces données risquent de rester informatives, sans réellement transformer les habitudes. Structurer certains moments pour éviter l’usage dispersé Un autre changement utile consiste à sortir d’une utilisation « tampon » ou « entre deux choses ». Dans les moments d’attente ou de transition, l’usage tend à devenir plus fragmenté et plus difficile à réguler. Choisir et structurer l’utilisation autour de certains moments permet de changer cette dynamique, sans nécessairement appliquer des règles rigides. Par exemple décider que le téléphone reste à l’écart pendant les repas éviter de commencer ou de terminer la journée avec certaines applications regrouper la consultation des réseaux sociaux à un moment précis Cette logique rejoint ce que montrent les recherches sur les interventions numériques. Les stratégies sont généralement plus efficaces lorsqu’elles tiennent compte du contexte et des moments où les comportements surviennent, plutôt que d’être appliquées de manière uniforme (Throuvala et al., 2020). Autrement dit, ce n’est pas seulement une question de combien on utilise son téléphone, mais aussi de quand et dans quelles conditions. On ne retire pas nécessairement le téléphone, on change la place qu’il occupe. Se donner une direction… et ne pas rester seul.e avec ça Les ajustements proposés jusqu’ici peuvent aider à reprendre du contrôle, mais ils prennent souvent plus de sens lorsqu’ils s’inscrivent dans une direction claire. Pas nécessairement un objectif ambitieux ou rigide, mais quelque chose de suffisamment précis pour guider les choix au quotidien. Par exemple, se fixer
Joy of missing out : se donner le droit de « rater »

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Joy of missing out : se donner le droit de « rater » Les plateformes de réseaux sociaux promettent visibilité, proximité et accès continu à l’information. Sur les réseaux sociaux, des personnes publient des moments soigneusement choisis et présentés sous leur meilleur jour. Devant notre écran, nous consommons continuellement ces “moments” au point où on peut parfois se retrouver à alimenter une peur que d’autres vivent des expériences enrichissantes sans nous (Fear of Missing Out ou FOMO), une comparaison sociale constante due à une utilisation importante des réseaux sociaux qui pourrait mener à un épuisement mental voire de la fatigue (Chakrabarti, 2024; Lee et al., 2016; Yildirimer et al., 2024). Et si au final, rater ce qui se passe sur les réseaux sociaux de temps à autre nous faisait le plus grand bien. Vaincre le FOMO par le Joy of missing out Depuis quelques années, une tendance à la déconnexion nommée Joy of missing out (JOMO), émerge comme un contre-mouvement du FOMO. Dans les médias, elle est même présentée comme une « cure » au FOMO. L’Urban Dictionary propose une définition plus simple : « savourer ce que l’on fait ici et maintenant, au lieu de passer son temps sur les réseaux sociaux à regarder ce que font les autres » (Urban Dictionary, s. d.). Il faut savoir que dans la littérature scientifique, la définition du JOMO n’est pas encore bien établie. Il est plutôt décrit comme un concept encore en construction, qui peut être compris à plusieurs niveaux. D’abord, le JOMO peut être compris comme une expérience émotionnelle positive associée au fait de choisir volontairement de ne pas participer à certaines activités sur les réseaux sociaux, en ressentant de la satisfaction, du calme ou du plaisir plutôt que de l’anxiété ou un sentiment d’exclusion (Aitamurto et al., 2021; Diandono et al., 2025; Jacobsen, 2021). Il est souvent présenté en contraste avec le FOMO (Caesarina et al., 2023; Rautela & Sharma, 2022). Le JOMO implique aussi une déconnexion intentionnelle, accompagnée d’un sentiment d’autonomie et d’acceptation de sa situation présente, sans se comparer excessivement aux autres (Aitamurto et al., 2021; Jacobsen, 2021; Putra, 2019). Plusieurs définitions associent également le JOMO à des pratiques issues de la culture du bien-être (la pleine conscience, à l’appréciation de la solitude et aux pratiques de soin de soi), incluant la réduction de l’usage des réseaux sociaux et de la comparaison sociale (Kantar et al., 2025; Ranjbar et al., 2025; Rautela & Sharma, 2022). Enfin, le JOMO est parfois décrit comme un mode de vie, dans lequel les personnes cherchent à limiter les engagements perçus comme peu significatifs afin de se concentrer sur des activités jugées plus bénéfiques pour leur bien-être et leur santé mentale (Caesarina et al., 2023; Diandono et al., 2025; Kantar et al., 2025; Rautela & Sharma, 2022). Différencier le JOMO des personnalités introverties Le JOMO renvoie généralement à une expérience de vie et une motivation, mais peut également jouer un rôle de stratégie d’adaptation, selon les contextes, plutôt que comme un trait de personnalité. Il ne se confond donc pas avec un simple retrait social ni avec l’introversion. D’ailleurs, les personnes qui présentent du JOMO profitent davantage de la déconnexion lorsqu’elles disposent déjà de liens sociaux satisfaisants hors ligne (Barry et al., 2023). Pour certains, le JOMO témoigne d’une perception de soi positive et d’un bien‑être ; pour d’autres, il peut coexister avec de l’anxiété sociale ou un retrait défensif (Barry et al., 2023; Eitan & Gazit, 2024). D’où l’intérêt de le distinguer de l’introversion, un trait de personnalité caractérisé par une préférence pour la solitude, la réflexion et le travail indépendant ; plutôt que les rencontres fréquentes en grand groupe, qui peuvent parfois être une source de stress (Wan, 2023). Cependant, les personnes dites introverties peuvent préférer la solitude sans nécessairement l’apprécier (Nguyen et al., 2022). À l’inverse, le JOMO met l’accent sur le plaisir éprouvé et sur le choix conscient. JOMO et bien-être Dans l’ensemble, les recherches suggèrent que le JOMO est généralement associé à un meilleur bien-être psychologique, notamment parce qu’il s’accompagne d’un usage moins important des réseaux sociaux, de moins de solitude ressentie et de moins de détresse psychologique (Barry et al., 2023; Kantar et al., 2025). Aussi, les personnes ayant un JOMO plus élevé rapportent davantage de satisfaction de vie et de pleine conscience, ainsi qu’un usage plus limité des réseaux sociaux, malgré que certaines personnes puissent présenter plus d’anxiété sociale selon leurs motivations à se déconnecter (Barry et al., 2023). D’autres travaux indiquent que le JOMO joue un rôle intermédiaire entre l’autocompassion et le bien-être : les personnes plus bienveillantes envers elles-mêmes tendent à mieux vivre la déconnexion, ce qui contribue à leur santé mentale (Kaya et al., 2026). Des théories émergent donc sur le fait que le JOMO puisse être une stratégie adaptative, voire un mode de vie, qui favoriserait l’équilibre et la réduction de la fatigue psychologique par la limitation des engagements sociaux perçus comme peu significatifs et de la pression numérique (Arfan Maulana Hafizh et al., 2024; Canonigo et al., 2025; Chan et al., 2022; Diandono et al., 2025; Hayran & Anik, 2021; Li & Han, 2025; Rautela & Sharma, 2022). Que retenir ? Le JOMO renvoie à l’expérience positive associée à une déconnexion choisie et autonome. Il est généralement associé à un meilleur bienêtre psychologique, bien que ses effets puissent varier selon les motivations de la déconnexion. Article écrit par Rasoamiadana Volanirina Rasolofomamonjy Références Aitamurto, T., Won, A. S., Sakshuwong, S., Kim, B., Sadeghi, Y., Stein, K., Royal, P. G., & Kircos, C. L. (2021). From FOMO to JOMO : Examining the Fear and Joy of Missing Out and Presence in a 360° Video Viewing Experience. Proceedings of the 2021 CHI Conference on Human Factors in Computing Systems, 1‑14. https://doi.org/10.1145/3411764.3445183 Arfan Maulana Hafizh, Fajar Hidayat, & Amril Suansyah. (2024). Fomo Vs Jomo : Understanding The Psychology Behind Social Media Consumption Behavior And Its Impact On Mental Well-Being With A Communication Psychology Approach. World Journal of Islamic Learning and Teaching, 1(2), 10‑18. https://doi.org/10.61132/wjilt.v1i2.37
Ce que nous voyons sur les médias sociaux n’est pas aléatoire

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Ce que nous voyons sur les médias sociaux n’est pas aléatoire Chaque fois que nous ouvrons un média social comme Instagram, TikTok, YouTube ou Reddit, nous sommes exposé·e·s à une sélection très précise de contenus. Certaines publications apparaissent en haut de notre fil, d’autres n’y apparaîtront jamais. Ce processus peut sembler naturel. Pourtant, il ne doit rien au hasard. Ce que nous voyons résulte de systèmes de recommandation conçus pour sélectionner, classer et prioriser les contenus en fonction de nombreux signaux, incluant nos interactions, nos visionnements et nos habitudes d’utilisation (Covington et al., 2016; Gillespie, 2014). Leur objectif est de prédire quels contenus retiendront le plus notre attention, dans un environnement où celle-ci constitue une ressource centrale (Sutton & Barto, 2018; Zuboff, 2019). Autrement dit, notre fil n’est pas seulement personnalisé. Il est optimisé pour capter notre attention et orienter notre expérience. Les algorithmes apprennent à partir de nos comportements Les systèmes de recommandation analysent en continu nos interactions: les contenus que nous aimons, regardons ou partageons. Ces informations sont utilisées pour prédire ce que nous serons susceptibles de trouver intéressant par la suite (Covington et al., 2016; Ricci et al., 2015). Ces systèmes combinent différentes approches, comme l’identification d’utilisateurs ayant des comportements similaires ou l’analyse des caractéristiques des contenus. Ils peuvent aussi intégrer des signaux liés à nos réactions émotionnelles afin d’anticiper ce qui générera le plus d’engagement (Ricci et al., 2015; Zhang et al., 2019). Ces mécanismes influencent concrètement notre utilisation des plateformes. Après l’implantation de systèmes de recommandation, certaines études ont observé des augmentations de plus de 120 % de l’engagement et un nombre d’utilisateurs revenant sur la plateforme presque trois fois plus élevé (Chaney et al., 2018). Le recours aux algorithmes conduit à plusieurs phénomènes souvent qui sont parfois dans notre angle mort: ils concentrent notre attention sur certains contenus, réduisent la diversité de ce que nous voyons et influencent progressivement nos comportements et nos perceptions. Les algorithmes concentrent notre attention Les systèmes de recommandation ne se contentent pas de proposer du contenu, ils déterminent aussi ce qui devient visible. En pratique, cela signifie qu’une part importante de notre attention est dirigée vers un nombre relativement restreint de publications. Par exemple, une analyse du réseau de recommandations de YouTube a montré qu’environ 23 % des vidéos concentraient plus de 80 % des visionnements (Faddoul et al., 2020). La majorité des contenus restent donc peu visibles, tandis qu’un plus petit groupe bénéficie d’une exposition disproportionnée. Ce phénomène, parfois appelé effet « rich-get-richer », reflète le fait que les contenus déjà populaires ont davantage de chances d’être recommandés, ce qui renforce encore leur visibilité (Salganik et al., 2006). Ainsi, les algorithmes orientent activement notre attention vers certains contenus plutôt que d’autres. Les algorithmes peuvent réduire la diversité de ce que nous voyons Les systèmes de recommandation apprennent à partir de nos comportements. Lorsqu’on interagit fréquemment avec un type de contenu, ils tendent à nous en proposer davantage. Ce mécanisme, appelé « amplification des préférences », peut progressivement réduire la diversité des contenus auxquels nous sommes exposé·e·s (Chaney et al., 2018). Avec le temps, cela peut créer des environnements informationnels plus homogènes, parfois appelés chambres d’écho, où nous sommes exposé·e·s de manière répétée à des contenus similaires (Pariser, 2011). Dans ce contexte, des contenus moins crédibles peuvent aussi être amplifiés lorsqu’ils génèrent un fort engagement, ce qui contribue à leur diffusion (Vosoughi et al., 2018). Les algorithmes influencent nos croyances et nos comportements Les systèmes de recommandation ne font pas que refléter nos intérêts, ils contribuent aussi à les orienter. En rendant certains contenus plus visibles que d’autres, ils influencent ce que nous regardons, les comptes que nous suivons et les contenus avec lesquels nous interagissons (Chaney et al., 2018). Des recherches montrent que cette influence peut dépasser les comportements en ligne. Par exemple, une étude expérimentale récente a montré que l’exposition à un fil algorithmique sur la plateforme X a modifié les attitudes politiques des utilisateurs et les comptes qu’ils choisissaient de suivre. En pratique, certains contenus et certains comptes devenaient plus visibles, ce qui augmentait la probabilité que les utilisateurs y soient exposés et y interagissent, contribuant à influencer progressivement leurs croyances et leurs positions politiques (Gauthier et al., 2026). D’autres travaux ont montré que les algorithmes peuvent aussi influencer directement des comportements hors ligne. Une étude menée auprès de plus de 60 millions d’utilisateurs Facebook a démontré que l’exposition à certains contenus politiques dans le fil d’actualité augmentait la probabilité que les utilisateurs participent à une élection. Le simple fait de voir que d’autres personnes avaient voté a contribué à augmenter la participation électorale mesurablement, illustrant la capacité des plateformes à influencer des comportements à grande échelle (Bond et al., 2012). Les systèmes de recommandation jouent également un rôle dans les comportements de consommation. En priorisant certains produits, ils influencent les décisions d’achat et la visibilité des biens disponibles. Des recherches ont montré que les recommandations personnalisées peuvent significativement augmenter la probabilité qu’un utilisateur choisisse un produit particulier, en orientant son attention et en réduisant l’exposition à des alternatives (Smith & Linden, 2017; Ricci et al., 2015). Ainsi, les algorithmes ne font pas qu’organiser l’information. Ils influencent l’environnement dans lequel nos décisions se construisent. Comprendre les algorithmes pour développer un rapport plus conscient aux médias sociaux Comprendre que ce que nous voyons n’est pas aléatoire est une première étape importante. Chaque interaction contribue à entraîner l’algorithme et à façonner progressivement le contenu proposé. Cela signifie que nous pouvons, dans une certaine mesure, influencer ce que nous voyons. Diversifier les contenus que nous consultons, suivre des sources variées ou explorer des perspectives différentes peut contribuer à élargir ce qui nous est présenté. Cependant, la responsabilité ne repose pas uniquement sur les personnes qui utilisent les médias sociaux. Ces systèmes sont conçus par des plateformes dont les
Quand les réseaux sociaux exposent à la violence: quels impacts sur la santé mentale?

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Quand les réseaux sociaux exposent à la violence: quels impacts sur la santé mentale? Dans notre quotidien numérique, nous sommes souvent exposé·e·s à un flot continu de vidéos, d’images et de récits choquants sur les réseaux sociaux. Ces contenus deviennent viraux parce qu’ils suscitent de fortes réactions émotionnelles, attirent l’attention et sont ensuite amplifiés par des algorithmes conçus pour maximiser l’engagement. Ainsi, même sans les rechercher, il est facile de tomber sur des scènes de violence, de catastrophe ou de crise en quelques clics. Ces dernières semaines, ce phénomène s’est illustré de manière frappante à travers plusieurs événements très médiatisés. Aux États Unis, les vidéos montrant la mort par balles de deux personnes tuées dans le cadre d’opération du service de l’immigration (ICE) à Minneapolis, ont circulé largement et suscité une vive émotion ainsi que de nombreux débats publics sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels. En parallèle, des images troublantes de l’incendie majeur survenu dans une boîte de nuit en Suisse ont été massivement partagées et commentées, exposant des milliers de personnes à des scènes d’urgence et de traumatisme en temps réel. Ces exemples montrent à quel point les réseaux sociaux peuvent diffuser rapidement des images très fortes et comment il devient difficile d’y échapper. Une question se pose alors: que sait-on, scientifiquement, des effets de l’exposition répétée à ce type de contenu sur la santé mentale? Ce que la recherche montre De nombreuses études montrent que l’exposition à des contenus violents ou très anxiogènes sur les réseaux sociaux est associée à une augmentation de la détresse psychologique, même chez les personnes qui ne sont pas directement touchées par les événements. Lors de périodes de crise, une utilisation plus fréquente des réseaux sociaux est liée à une hausse des symptômes d’anxiété et de dépression. Les émotions négatives provoquées par ces contenus, comme la peur, la tristesse ou l’impuissance, jouent un rôle clé dans ce lien entre exposition et détresse (Zhao et Zhou, 2020). Ces effets ont notamment été observés pendant la pandémie de COVID 19, où une consommation quotidienne de contenus anxiogènes était associée à davantage de symptômes de dépression, d’anxiété et de stress (Price et al., 2021; Lamba et al., 2023). Chez les adolescent·e·s et les jeunes adultes, l’exposition répétée à des images violentes ou perturbantes peut aussi être liée à des symptômes de stress post traumatique, même sans avoir vécu directement les événements. Le visionnement d’images de guerre, de catastrophes ou de violence en ligne peut provoquer des réactions émotionnelles et physiques semblables à celles observées après un traumatisme direct. L’exposition répétée à la douleur des autres peut entraîner des symptômes comme des images intrusives, de l’hypervigilance, de l’évitement ou une détresse émotionnelle, comme l’a montré une étude menée auprès d’utilisateur·rice·s de réseaux sociaux (Mancini, 2019). Cela s’explique par la force des images et par le sentiment d’immersion qu’elles créent. Les événements représentés peuvent alors être perçus comme une menace pour soi. Des impacts à court et à plus long terme Les impacts peuvent apparaître rapidement. Après quelques jours seulement d’exposition intensive, on observe souvent plus de stress, davantage d’émotions négatives, des images qui reviennent en tête et des troubles du sommeil (Price et al., 2021; Lamba et al., 2023). Des effets plus durables ont aussi été observés. Des symptômes de stress post traumatique peuvent persister plusieurs mois chez des personnes indirectement exposées à des événements violents par les réseaux sociaux (Yamin et al., 2023). Cela dit, les études actuelles comportent encore des limites. La plupart portent sur de courtes périodes, ce qui rend difficile de savoir comment ces effets évoluent à long terme pour l’ensemble des personnes exposées. Pourquoi ces images nous affectent autant? Plusieurs facteurs expliquent pourquoi ces contenus peuvent avoir un impact important sur la santé mentale. D’abord, ils provoquent des émotions très fortes. La peur, la colère et la tristesse augmentent la vulnérabilité à l’anxiété et aux symptômes dépressifs (Zhao et Zhou, 2020). Ensuite, la répétition joue un rôle majeur. Revoir souvent des images similaires, en partie parce que les algorithmes les mettent de l’avant, peut maintenir un état de stress et rendre le retour au calme plus difficile. Ce phénomène, souvent associé au doomscrolling, est lié à une augmentation du stress traumatique secondaire et à une diminution du bien être psychologique (Taskin et al., 2024; Ang, 2025). Avec le temps, certaines personnes peuvent aussi développer une vision plus négative ou plus insécurisante du monde, ce qui contribue à la détresse psychologique (Ang, 2025; Kennedy, 2023). Comment se protéger? La recherche met en évidence deux grandes catégories de pistes pour se protéger des effets négatifs liés au visionnement de contenus violents en ligne. Certaines visent à prévenir en réduisant l’exposition à ces contenus, tandis que d’autres cherchent à mieux répondre au stress vécu lorsque l’exposition a déjà eu lieu, en favorisant le retour à un état de régulation émotionnelle et physiologique. Sur le plan de la prévention, un premier ensemble de stratégies consiste à agir sur la quantité et la répétition de l’exposition. Réduire le temps passé sur les réseaux sociaux, éviter de visionner à répétition des vidéos choquantes et prendre volontairement des pauses numériques permet de limiter l’accumulation de contenus anxiogènes, particulièrement en période d’actualité intense (Zhao & Zhou, 2020; Price et al., 2021). L’utilisation des paramètres de contrôle du contenu, la désactivation de certaines recommandations algorithmiques et la diversification des sources d’information constituent également des leviers concrets pour diminuer l’exposition involontaire à des images violentes ou perturbantes. Un second axe, complémentaire, concerne la manière de répondre au stress généré par le visionnement de ces contenus. Les vidéos violentes peuvent activer une réponse de stress sans offrir de possibilité réelle d’action, laissant l’organisme dans un état d’alerte prolongé. Dans cette perspective, plusieurs travaux suggèrent l’importance d’achever la réponse de stress, c’est-à-dire d’aider le corps à revenir à un état
Multitâche numérique : Sommes-nous réellement efficaces ou juste distraits ?

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Multitâche numérique : Sommes-nous réellement efficaces ou juste distraits ? Imaginez la scène : vous êtes dans votre cuisine en train de faire le souper. En arrière-plan, votre série préférée à la télévision. Vous suivez la recette de votre plat sur votre tablette qui est posée sur le comptoir et répondez à des courriels professionnels sur votre téléphone, sans oublier quelques minutes de scroll sur Instagram. Rien d’extraordinaire, n’est-ce pas ? C’est peut-être même une scène assez familière. Selon eMarketer (2018), les jeunes adultes ont tendance à combiner davantage l’utilisation de la télévision, des smartphones et des ordinateurs que les générations plus âgées. Dans un monde qui est toujours plus saturé et qui file à toute vitesse, on cherche à accomplir mille choses à la fois. La multiplicité d’appareils et de plateforme nous permettent d’entrer en période de multitâche, et cela peut même nous donner l’impression d’être plus productifs. Mais quand on jongle avec tout à la fois, quelle qualité d’attention conserve-t-on ? Sommes-nous réellement efficaces ? C’est quoi le multitâche numérique ? Depuis la première étude sur le comportement de multitâche médiatique publiée par Armstrong & Greenberg (1990), la recherche sur la pratique du multitâche numérique s’est largement développée. La définition scientifique la plus citée par les chercheur.e.s provient des travaux d’Ophir et al. (2009). Le multitâche numérique y est défini comme la consommation simultanée de deux médias ou plus. Il désigne aujourd’hui le fait de réaliser en même temps, ou en alternance rapide, deux tâches ou plus, dont au moins une implique un média numérique (Jeong & Hwang, 2012; Lang & Chrzan, 2015; Van Der Schuur et al., 2015). Cela peut aller du simple fait de s’engager dans une activité tout en en consultant une autre (Bowman et al., 2015; Wood & Zivcakova, 2015) à faire plusieurs choses en parallèle ou à basculer fréquemment d’une tâche à l’autre (Lin & Bigenho, 2015). Deux points sont à souligner dans cette pratique : Tout d’abord, le multitâche numérique ne se limite pas à faire deux tâches en même temps (p.ex. Lire et manger). Il inclut des médias qui servent à se divertir (ex. écouter de la musique) ou à interagir socialement (ex. réseaux sociaux). Ensuite, contrairement à certaines tâches imposées (p.ex. suivre une réunion et prendre des notes), le multitâche numérique repose sur un choix libre : on décide soi-même d’ouvrir une appli ou de regarder une série, à tout moment. Ce caractère volontaire rend le comportement plus flexible (non imposé) et dynamique (qui change rapidement) (Drody et al., 2025). Multitâche numérique, capacité d’attention et performance De plus en plus d’études s’intéressent au lien entre la pratique du multitâche numérique, les capacités cognitives (capacité à traiter, comprendre, raisonner avec les informations et se souvenir des informations (Dilchert, 2018)) et la performance. Parmi les capacités qu’ont notre cerveau, l’attention joue un rôle central. En effet, elle permet de sélectionner les informations importantes et d’ignorer les distractions, ce qui est essentiel pour que les autres fonctions cognitives (comme la mémoire, le raisonnement ou la prise de décision) puissent s’effectuer efficacement. Même si notre cerveau est capable de diriger volontairement notre attention vers une tâche spécifique, cette attention peut aussi être involontairement captée par d’autres éléments qui attirent l’œil, entraînant des distractions (Anderson, 2021; Wolfe et al., 1989). La documentation scientifique suggère d’ailleurs que des niveaux plus élevés de multitâche numérique sont associés à une baisse de l’attention et de la performance (Chen et al., 2025; Lopez & Orr, 2022; Luo et al., 2024; Sun & Chao, 2024; Zhong et al., 2025). Par exemple, une étude expérimentale menée par Lopez & Orr (2022) a cherché à comprendre comment le fait de « multitâcher » avec les outils numériques influence les fonctions cognitives et savoir si les personnes qui font souvent du multitâche numérique sont plus facilement distraites et moins efficaces lorsqu’elles doivent gérer plusieurs tâches. Dans cette étude, les chercheurs ont créé un test qui ressemble à une situation réelle. Pendant que les participant.e.s faisaient une tâche principale (vérifier des équations), un popup apparaissait parfois à l’écran. Les participant.e.s pouvaient choisir de basculer vers la tâche affichée sur le popup ou non. Si la personne cliquaitsur la notification, elle était amenée à réaliser une petite tâche secondaire (compléter un début de mot), et donc, à s’adonner au multitâche. Si elle ignorait la notification, elle continuait la tâche principale. Les chercheurs regardaient ensuite qui parmi les participant.e.s cliquait, à quelle vitesse, et comment cela affectait la performance à la tâche principale. Les résultats ont montré que les personnes qui aimaient multitâcher mettaient plus de temps à revenir à leur tâche principale lorsqu’elles basculent vers la tâche secondaire ou mettaient plus de temps à réaliser la tâche principale, même sans distraction. Ces personnes étaient aussi plus sensibles aux distractions et avaient de la difficulté à les filtrer, c’est-à-dire qu’elles mettaient plus de temps à répondre à la tâche principale, même si elles ne changeaient pas de tâche lorsque le popup apparaissait. Alors pourquoi adoptons-nous cette pratique ? Selon Drody et al. (2025), cinq grands facteurs favoriseraient le multitâche numérique. D’abord, les différences individuelles en matière de fonctions cognitives (dont l’attention) jouent un rôle important car les personnes qui ont du mal à rester concentrées ou qui sont facilement distraites sont plus susceptibles de “multitâcher”. Ensuite, certains traits de la personnalité sont associés aux comportements de multitâche ; la tendance à l’ennui, la recherche de sensation fortes et l’impulsivité seraient rattaché au comportement de multitâche, parfois pour réduire le stress ou améliorer l’humeur. À cela s’ajoute la perception de ses propres capacités à “multitâcher”, puisque les personnes qui se croient en mesure de gérer plusieurs tâches simultanément, même à tort, ont tendance à le faire davantage. Le jugement sur la valeur des tâches est également déterminant : si la tâche principale paraît ennuyeuse, on se tourne vers des activités plus gratifiantes comme la musique
Jeux gratuits, données payantes : comprendre le vrai coût du free-to-play

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Jeux gratuits, données payantes : comprendre le vrai coût du free-to-play Derrière l’apparente gratuité des jeux mobiles se cache souvent un coût moins visible, où nos comportements et habitudes de jeu deviennent une véritable monnaie d’échange. Au cours des dernières semaines, le Collectif de recherche sur la communication, l’information et la vie privée (CRC-Jeu) a mis en lumière les risques liés à la collecte de données personnelles dans les jeux mobiles, notamment pour les enfants. Ce rapport souligne la normalisation d’un modèle économique qui, sous couvert de gratuité, transforme les activités de loisirs des jeunes en sources de données exploitables à des fins commerciales. Mais les constats du CRC-Jeu ne touchent pas que les enfants. Les personnes adultes qui jouent à des jeux de type free-to-play (F2P) y sont exposées elles aussi, souvent sans en être pleinement conscientes. Alors, à quoi nous exposons-nous réellement quand nous appuyons sur « Jouer gratuitement » ? Le modèle free-to-play : quand gratuité rime avec collecte de données Les jeux F2P reposent sur une logique simple : attirer un large public grâce à un accès gratuit, puis rentabiliser les données recueillies auprès des personnes joueuses. Une étude portant sur plus de 6 700 jeux Android montre que près de 9 jeux gratuits sur 10 contiennent au moins un traqueur de données, contre 65 pour cent des jeux payants (Laperdrix et al., 2022). Ces traqueurs enregistrent les clics, la localisation et parfois les interactions sociales. La transparence en matière de collecte de données reste limitée. Les politiques de confidentialité, souvent longues et techniques, semblent surtout répondre aux obligations légales plutôt qu’informer les utilisateur·trices de manière accessible (Qayyum et Ikram, 2025). Résultat : il devient difficile de comprendre quelles données sont collectées, comment elles sont utilisées et dans quel but. Le paradoxe de la vie privée Beaucoup de personnes savent que leurs données sont recueillies, mais continuent de jouer. Ce paradoxe de la vie privée, marqué par la tension entre la conscience du risque et le plaisir du jeu, est bien documenté. Par exemple, une étude sur Pokémon Go montre que la majorité des joueur·euses se disent préoccupé·es par la collecte de données tout en acceptant les conditions d’utilisation sans les lire (Harborth et Pape, 2017). On observe donc un décalage clair entre les préoccupations exprimées et les comportements réels. Certaines personnes sous-estiment aussi ce qui est effectivement recueilli. Plusieurs croient partager uniquement des données de base, alors que les jeux collectent la durée des sessions, la localisation et les interactions sociales (Bourdoucen, Nurgalieva et Lindqvist, 2023). Peu à peu, la surveillance devient un élément intégré, presque attendu, de l’expérience F2P. Les risques derrière la transmission de nos données personnelles Les risques dépassent la simple publicité ciblée. Les données amassées permettent d’élaborer des profils comportementaux détaillés : habitudes de jeu, réactions émotionnelles, tolérance à la frustration ou propension à dépenser. Ces profils peuvent ensuite servir à personnaliser les offres, ajuster les prix ou déterminer le moment le plus efficace pour proposer un achat (Numminen, Viljanenet Pahikkala, 2022; Sulyma, 2025). Certaines études évoquent aussi un risque d’exploitation psychologique lorsque les algorithmes repèrent les personnes les plus susceptibles de réagir à un stimulus particulier, par exemple après une série d’échecs. Cette personnalisation algorithmique, déjà bien implantée dans les réseaux sociaux et les jeux de hasard et d’argent, reproduit des dynamiques de renforcement comportemental (Reynolds, 2019; King et Delfabbro, 2018; Rehbein et al., 2024), brouillant la frontière entre divertissement, analyse comportementale et influence subtile. Un modèle d’affaires accrocheur Le design des F2P est construit pour maximiser l’engagement. Des modèles prédictifs repèrent les moments où une personne risque de décrocher et déclenchent des incitations personnalisées (Numminen, Viljanen et Pahikkala, 2022). Cette approche, inspirée du data-driven game design, crée une boucle d’influence entre la personne joueuse et le jeu (El-Nasr et Kleinman, 2020). On y retrouve les mêmes principes que ceux présentés sur SBEN.ca dans le modèle Hooked : déclencheur, action, récompense variable et engagement. En combinant notifications, récompenses imprévisibles et progression continue, les jeux gratuits offrent une expérience plaisante, mais difficile à quitter. Ces stratégies visent à enrichir l’expérience, mais soulèvent des questions sur la frontière entre plaisir, habitude et perte de contrôle. L’éthique en question : jouer, oui, mais à quel prix ? L’industrie du jeu vidéo fait face à un dilemme : comment innover sans franchir la limite où l’expérience devient contrainte ? Plusieurs chercheur·euses évoquent une crise éthique liée au recours à des mécaniques persuasives dans les F2P (Hyrynsalmi, Kimppa et Smed, 2020). La rentabilité de ces jeux repose souvent sur une faible proportion de personnes très dépensières. Environ 2% des joueur·euses génèrent 20% des revenus des F2P (Sužnjević, Miklec et Postic, 2023). Cette réalité pousse certains studios à développer des stratégies d’accrochage spécifiquement destinées à cette petite fraction du public (Goncharova, 2017). Un courant de design éthique émerge néanmoins. Il valorise la transparence, la clarté des coûts et le respect du temps des joueur·euses (Bergström et Söderström, 2024). Ce mouvement reste minoritaire, mais il reflète une évolution importante : dans un contexte où les données et le temps d’écran sont devenus des ressources économiques, la confiance risque de devenir un atout plus durable que la captation de l’attention. Reprendre le contrôle : quelques pistes pour les personnes joueuses Il n’est pas nécessaire de renoncer aux jeux F2P pour se protéger, mais il est important d’en comprendre les mécanismes. Ces jeux reposent sur la collecte de données et la monétisation du temps d’écran : mieux vaut donc savoir à quoi on consent. Avant d’installer un jeu gratuit : Vérifiez les autorisations demandées. Si le jeu réclame l’accès à vos contacts, à votre micro ou à votre géolocalisation sans raison évidente, refusez. Consultez les paramètres de confidentialité. Plusieurs jeux offrent la possibilité de désactiver certaines formes de suivi publicitaire ou de partage de données. Favorisez
Outils numériques : comprendre les nuances entre un usage fonctionnel, usage intensif et usage problématique

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Outils numériques : comprendre les nuances entre un usage fonctionnel, usage intensif et usage problématique Dans les transports publics, les cafés ou même dans nos lits, difficile d’échapper à la lumière bleue des écrans. Téléphones, ordinateurs, tablettes, montres, télévision : le numérique s’est tissé dans notre quotidien. Pour beaucoup, il s’agit d’un outil indispensable. Mais quand l’habitude devient un automatisme, et que cet automatisme prend de plus en plus de place, il est possible de se questionner sur la nature de cet usage. Pour certaines personnes, il ne s’agit que d’un réflexe moderne, une habitude parmi d’autres. Pour d’autres, cet automatisme suscite des inquiétudes ou soulève des questions quant à un possible glissement vers un usage problématique. Il est toutefois important de se rappeler que la grande majorité des comportements numériques du quotidien ne relèvent pas d’une pathologie. Comme le soulignent Billieux et ses collègues (2015), il faut éviter de transformer des habitudes courantes en symptômes, sauf lorsqu’elles entraînent une détresse ou une altération réelle de la qualité de vie. De même, tout usage des outils numériques n’est pas en soi indicateurd’une problématique (Charlton & Danforth, 2007). À travers la littérature scientifique, cet article propose de mieux comprendre les différentes facettes de l’usage du numérique en mettant en lumière un continuum qui s’étend d’un usage fonctionnel et maîtrisé jusqu’à un usage susceptible d’affecter le bien-être. Un usage « fonctionnel » des outils numériques L’usage des outils numériques est généralement considéré comme « fonctionnel » ou “équilibré” lorsque l‘outil utilisé répond à des besoins spécifiques (information, communication, apprentissage, tâches, divertissements, etc.) ; que son usage est contrôlé et n’entraine pas d’impact négatif significatif sur le bien-être. Certains chercheur.e.s parlent d’un usage volontaire et orienté vers la productivité, qui aide à atteindre ses objectifs personnels et professionnels (Linden et al., 2021; Nawaz, 2023, 2024). Dans cette perspective, un usage est dit « équilibré » lorsqu’il allie utilité fonctionnelle et bien-être psychologique : il s’agit d’un usage perçu comme plaisant, utile et maîtrisé, favorisant la satisfaction sans générer de stress ni d’anxiété liés à la surcharge numérique (Li et al., 2025). Ce type d’usage, centré sur des besoins précis et contrôlé par la personne utilisatrice, s’inscrit donc dans une démarche de bien-être numérique. De l’usage équilibré à l’usage intensif Le degré d’usage des outils numériques varie fortement d’une personne à l’autre. Certaines les utilisent de manière particulièrement intensive, notamment en raison du temps qu’elles y consacrent. Plusieurs études définissent l’usage intensif, et parfois l’usage problématique, par une utilisation prolongée d’un appareil numérique : plus de 4 heures par jour ou 30 heures par semaine, parfois pour faire plusieurs tâches en même temps. D’autres parlent de temps prolongé et perte de la notion du temps (time distortion), où l’utilisateur reste connecté bien plus longtemps que prévu (Basel et al., 2020). A partir d’ici, la frontière entre usage intensif et usage problématique semble floue. Le temps passé en ligne constitue un indicateur utile, mais insuffisante pour qualifier un usage problématique. En effet, un temps d’écran élevé n’est pas nécessairement synonyme de dépendance ou de problématique tant que cet usage reste maîtrisé (Buda & Kovács, 2024). Par exemple, passer plusieurs heures sur les réseaux sociaux ou en télétravail peut relever d’un usage intensif, mais non problématique si les activités restent fonctionnelles et planifiées. En revanche, si 2 heures de jeux vidéo en ligne entraînent des retards, une baisse de performance et des conflits avec son entourage, on peut considérer que cet usage se qualifie de problématique. La frontière entre usage intensif et problématique commence à se dessiner Le concept d’usage problématique des outils numérique suscite encore de vifs débats dans la communauté scientifique, et les frontières entre les différents niveaux d’usages (fonctionnel à problématique) ne sont pas tout à fait définies. À ce jour, seul le trouble du jeu vidéo sur Internet est officiellement reconnu comme un trouble de santé mentale dans la Classification Internationale des maladies (CIM-11) (OMS, 2022). Les autres formes d’utilisation des outils numérique, comme les réseaux sociaux ou le visionnement en continue (streaming) sont encore à l’étude. Selon la documentation scientifique, en plus du temps important passé sur les outils numériques, l’usage problématique se caractérise par un usage excessif (beaucoup « trop ») et compulsif (envie irrésistible, difficile à contrôler) des appareils. Cet usage est souvent accompagné d’une perte de contrôle malgré les conséquences négatives qui sont connues de la personne utilisatrice. Un phénomène d’envahissement mental est rapporté, à savoir des préoccupations liées à l’absence de l’outil ou le fait de ne pas pouvoir l’utiliser. Certains auteurs rapportent également la présence de symptômes comme la tolérance (besoin d’augmenter le temps d’utilisation) et de sevrage (irritabilité, anxiété), symptômes typiques de la dépendance, lorsque la personne n’a pas accès à ses outils numériques. Sur le plan des conséquences associées, la documentation scientifique rapporte des problèmes sociaux (isolement, conflits), scolaires ou professionnels (baisse de performance) et émotionnels (stress, anxiété, dépression) (Basel et al., 2020). Ainsi, l’usage problématique des outils numériques ne peut être réduit à une simple question de temps d’écran. Il renvoie plutôt à un ensemble de dynamiques complexes où l’usage du numérique devient envahissant, prend une place excessive dans la vie quotidienne et finit par déséquilibrer la relation entre besoins, plaisir et contrôle. Autrement dit, un usage intensif, souvent mesuré par le nombre d’heures passées en ligne, peut susciter des inquiétudes, mais ne constitue pas en soi un signe de trouble. C’est plutôt la qualité de la relation à l’outil, son impact sur le bien-être, les performances et les relations sociales qui déterminent le caractère problématique de l’usage. Devant la difficulté à savoir quand l’usage du numérique devient préoccupant, il est légitime de chercher des repères. L’article « Utilisation des écrans : quand se poser des questions ? » soulève justement ces interrogations et offre des éléments concrets pour évaluer son propre équilibre numérique. Que retenir ? Chaque usage numérique doit être interprété à
Nomophobie : comprendre cette forme d’anxiété moderne

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Nomophobie : comprendre cette forme d’anxiété moderne Un instant de panique : le téléphone n’est pas là ! On fouille ses poches, son sac…on palpite… et on réalise à quel point cet objet nous est devenu indispensable. Cette sensation que l’on appelle “nomophobie” est loin d’être un cas isolé. Un nouveau mot dans le jargon de la science, un nouveau phénomène à l’étude. Dans cet article, nous tenterons d’y apporter un éclairage à travers la littérature scientifique existante. Comprendre la nomophobie La nomophobie trouve son origine en 2008 au Royaume-Uni, lorsque la UK Post Office a mené une étude pour explorer l’anxiété liée à l’absence de téléphone portable. Le terme est en réalité une contraction de « no-mobile-phone phobia », désignant la peur « irrationnelle » de ne pas avoir accès à son téléphone (Yildirim & Correia, 2015). Selon le Cambridge Dictionnary, il s’agit d’une inquiétude ou d’une angoisse à l’idée d’être séparé de son téléphone ou de ne pas pouvoir l’utiliser (Cambridge dictionary, s. d.). Depuis, le mot nomophobie est largement repris dans la littérature scientifique pour décrire cette anxiété (King et al., 2013). Les jeunes adultes seraient parmi les plus vulnérables à la nomophobie (Daei et al., 2019; Notara et al., 2021). Il faut savoir que des niveaux élevés d’utilisation des nouvelles technologies, y compris du téléphone portable, ne sont pas forcément pathologiques à moins qu’ils ne soient liés à des conséquences négatives (Charlton & Danforth, 2007). D’ailleurs, la nomophobie n’est pas encore classé comme un trouble officiel mais est largement discuté comme étant une forme d’anxiété (American Psychiatric Association, 2022; Li et al., 2025). Certains auteurs jugent même que le terme « phobie » est exagéré étant donné que le principal élément émotionnel commun aux différentes définitions semble être l’anxiété plutôt que la peur (Li et al., 2025). Les théories autour de la nomophobie Dans une récente synthèse de la littérature, Li et al. (2025) regroupent différentes théories en trois perspectives pour expliquer la nomophobie. Premièrement, la perspective négative considère la relation entre l’humain et la technologie sous un angle critique, qualifiant la technologie de « substance addictive ». Cette perspective voit la nomophobie comme une addiction au téléphone ou à Internet, ce qui aide à comprendre les cas graves, mais ne reflète pas bien le fait que, pour la plupart des gens, être souvent connectés fait simplement partie de la vie quotidienne. Ensuite, la perspective neutre explique la nomophobie comme une réaction naturelle à notre besoin constant de rester connectés : quand ce besoin d’information et de lien n’est pas comblé, il crée stress, anxiété ou habitudes de vérification excessive, sans que cela soit forcément une addiction. Elle met aussi l’accent sur l’habitude d’être «toujours en ligne», la peur de manquer quelque chose (FoMO) ou le stress numérique. Enfin, la perspective positive voit la nomophobie comme le reflet d’un lien émotionnel et identitaire avec la technologie : les téléphones ne sont plus seulement des outils, mais des objets de réconfort et des « extensions de nous-mêmes », même si cette relation reste difficile à définir précisément. Une autre théorie émerge de ces dernières où la nomophobie est expliquée à travers la « théorie de l’extension virtuelle des capacités par Internet ». Selon Li et al. (2025), Internet serait une extension immatérielle et fonctionnelle du soi, essentielle à la vie moderne : une dépendance non pathologique mais naturelle, issue de l’intégration du numérique dans notre vie quotidienne… A suivre ! Les bonnes pratiques Dans un monde où être connecté est devenu une norme, se détacher de son téléphone peut être une source d’inconfort. Afin de trouver un bon équilibre, il existe des micro-habitudes que nous pouvons intégrer avec douceur à nos routines qui pourraient aider à mieux gérer l’usage du téléphone, nous détacher de celui-ci de temps à autre et limiter l’anxiété liée à son absence. En conclusion… Le champ de la nomophobie reste encore en phase exploratoire, c’est-à-dire que les chercheurs commencent tout juste à identifier ses causes, ses manifestations et les théories qui peuvent l’expliquer. Les différentes théories qui ont été présentées offrent des visions complémentaires de ce phénomène, mais aucune ne le saisit dans sa totalité. Des recherches plus approfondies seront nécessaires pour en cerner pleinement les contours. Article écrit par Rasoamiadana Volanirina Rasolofomamonjy Références American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5-TR). American Psychiatric Association Publishing. https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425787 Cambridge dictionary. (s. d.). Nomophobia. Consulté 9 octobre 2025, à l’adresse https://dictionary.cambridge.org/fr/dictionnaire/anglais/nomophobia Charlton, J. P., & Danforth, I. D. W. (2007). Distinguishing addiction and high engagement in the context of online game playing. Computers in Human Behavior, 23(3), 1531‑1548. https://doi.org/10.1016/j.chb.2005.07.002 Daei, A., Ashrafi-rizi, H., & Soleymani, M. R. (2019). Nomophobia and Health Hazards : Smartphone Use and Addiction Among University Students. International Journal of Preventive Medicine, 10(1). https://doi.org/10.4103/ijpvm.IJPVM_184_19 King, A. L. S., Valença, A. M., Silva, A. C. O., Baczynski, T., Carvalho, M. R., & Nardi, A. E. (2013). Nomophobia : Dependency on virtual environments or social phobia? Computers in Human Behavior, 29(1), 140‑144. https://doi.org/10.1016/j.chb.2012.07.025 Li, J., Chen, W., & Liu, Z. (2025). Addiction, donut, or extended self : An interpretive analysis of nomophobia. Well-Being Sciences Review, 1(1), 31‑47. https://doi.org/10.54844/wsr.2025.0905 Notara, V., Vagka, E., Gnardellis, C., & Lagiou, A. (2021). The Emerging Phenomenon of Nomophobia in Young Adults : A Systematic Review Study. Addiction and Health, 13(2). https://doi.org/10.22122/ahj.v13i2.309 Yildirim, C., & Correia, A.-P. (2015). Exploring the dimensions of nomophobia : Development and validation of a self-reported questionnaire. Computers in Human Behavior, 49, 130‑137. https://doi.org/10.1016/j.chb.2015.02.059 Tous nos articles
Santé mentale par le numérique : les applications sont-elles efficaces ?

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Santé mentale par le numérique : les applications sont-elles efficaces ? Aujourd’hui, il existe une application (appli) pour presque tout : se divertir, apprendre une nouvelle langue, faire du sport, mieux dormir, gérer son stress, méditer … Parmi elles, les applis dédiées à la santé mentale deviennent de plus en plus populaires. Ce n’est surement pas un hasard : les troubles de santé mentale représentent un enjeu majeur de santé publique (Fan et al., 2025), et l’Organisation mondiale de la santé souligne que le bien-être mental constitue un des piliers fondamentaux de la santé globale (OMS, s. d.). Les applis de santé mentale promettent d’améliorer la santé mentale en offrant un accompagnement personnalisé et accessible. Mais derrière cette promesse, une question essentielle se pose : ces applis peuvent-elles réellement améliorer notre santé mentale ? Pour essayer de répondre à cette question, l’équipe de SBEN a fait le point sur les écrits scientifiques récents afin de vous donner une vue d’ensemble des états de connaissances actuelles sur le sujet. Sur quoi reposent les applis de santé mentale ? La plupart des applis de santé mentale reposent sur des approches reconnues comme la pleine conscience, la thérapie cognitivo-comportementale, la thérapie d’acceptation et d’engagement, et la psychologie positive. Certaines combinent ces différentes approches (Eisenstadt et al., 2021; Yin et al., 2020). Une grande variété de fonctionnalités technologiques Les applis de santé mentale offrent plusieurs fonctionnalités. Elles permettent, par exemple, de faire un suivi de l’humeur en sélectionnant une émotion dans une liste ou en décrivant par écrit ce que l’on ressent, souvent en ajoutant des précisions sur le moment et le contexte. Certaines proposent des questionnaires et des outils d’autoévaluation pour faire le point sur son bien-être et suggérer des activités adaptées. Des applications proposent des activités de méditation guidée ou des exercices de respiration pour favoriser la détente. Elles offrent aussi du contenu psychoéducatif sous forme de vidéos, de quiz ou de défis interactifs afin d’en apprendre davantage sur la santé mentale. Pour rendre l’expérience plus engageante, certaines intègrent des histoires ou des jeux assortis de récompenses virtuelles. Des notifications, comme des rappels ou des messages positifs, peuvent également aider à maintenir les efforts dans le temps. Enfin, certaines applications mettent à disposition des outils conversationnels (chatbots) capables d’échanger avec l’utilisateur·rice et de l’accompagner dans ses réflexions. Les preuves scientifiques sur leur efficacité ? Alors que de nombreuses applis de santé mentale semblent prometteuses, en particulier pour la gestion de certains symptômes anxieux, seule une petite fraction ont fait l’objet d’études scientifiques. Les études suggèrent que les applis de santé mentale auraient un effet généralement positif mais très modeste sur le bien-être, le stress, l’anxiété, et en matière de gestion émotionnelle. Leur impact sur les symptômes dépressifs reste limité (Eisenstadt et al., 2021; Gál et al., 2021; Magwood et al., 2024; Schwartz et al., 2023). Ces effets sont souvent temporaires et plus marqués lorsque les participant·e·s aux études ont peu de contact avec les chercheur·e·s (Gál et al., 2021). Bien que prometteurs, les résultats doivent être interprétés avec prudence. En effet, les résultats sont inconstants et parfois contradictoires. Plusieurs limites méthodologiques sont à considérer : la grande diversité des applications rend les comparaisons difficiles, les études reposent souvent sur de petits échantillons composés de participant·e·s très motivé·e·s et peu diversifié·e·s, et elles évaluent les impacts sur de courtes périodes seulement (Dandil & Kingston, 2025; Moore et al., 2024; Schwartz et al., 2023). L’utilisation que font les personnes de ces applications varie aussi grandement, et les mécanismes précis expliquant leur efficacité demeurent encore mal compris (Dandil & Kingston, 2025). De plus, des facteurs clés comme le stress familial, professionnel ou les différences culturelles sont rarement pris en compte (Plotkina et al., 2025). Un autre enjeu réside dans l’écart entre les applications évaluées dans les recherches et celles qui sont réellement utilisées par le grand public (Wasil et al., 2022). Les effets potentiellement négatifs ainsi que la rentabilité de ces outils n’ont presque pas été étudiés. Enfin, le biais de publication, qui favorise la diffusion des résultats démontrant des effets positifs, et les conflits d’intérêts, notamment lorsque les chercheur·e·s sont associé·e·s aux entreprises qui développent les applications, suscitent des préoccupations importantes concernant la crédibilité des données (Eisenstadt et al., 2021; Gál et al., 2021; Plotkina et al., 2025). Pas si accessibles que ça … Au-delà de leurs fonctionnalités, la question des coûts et de l’accessibilité des applications de santé mentale soulève aussi des enjeux importants. La plupart des applis de santé mentale sont gratuites ou peu coûteuses, ce qui peut réduire les barrières financières et améliorer l’accessibilité (Wasil et al., 2022 ; Yin et al., 2020). Toutefois, ces applis gratuites présentent souvent des fonctionnalités limitées, peuvent manquer d’interventions fondées sur des preuves, ou encore monétiser les données des utilisateurs (Wasil et al., 2022). En revanche, les applis payantes tendent à offrir un soutien plus complet, mais leur coût peut exclure les personnes à faible revenu, ce qui risque de renforcer les inégalités en matière de santé (Wasil et al., 2022). Malgré leur potentiel, ces applis sont rarement remboursées par les assurances ou les systèmes de santé, ce qui limite encore leur accessibilité (Powell et al., 2019). Vie privée (et sécurité) ! De nombreuses applications de santé mentale soulèvent des préoccupations importantes en matière de vie privée et de sécurité des données. Certaines demandent des autorisations sensibles, présentent des failles de codage ou transmettent des informations personnelles de manière non sécurisée, notamment des identifiants uniques pouvant être associés à une personne précise (Saini et al., 2022). Les données sensibles, comme les mots de passe ou les identifiants, sont parfois mal protégées, voire accessibles, et les politiques de confidentialité sont souvent absentes, vagues, incomplètes ou difficiles à comprendre (O’Loughlin et al., 2019; Powell et al., 2018). Dans certains cas, les applications commencent à collecter des données avant même d’en informer l’utilisateur·rice, ce qui nuit
La culture du streaming : entre divertissement et enjeu pour le bien-être

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. La culture du streaming : entre divertissement et enjeu pour le bien-être Depuis quelques années, et surtout depuis la pandémie de Covid-19, les plateformes de diffusion continue (ou communément streaming) connaissent une popularité fulgurante. Netflix en est un bon exemple avec ses 301,6 millions d’abonné·e·s payant·e·s à la fin de 2024 (Jammot, 2025). Du côté des jeux vidéo, Twitch a lui aussi vu son nombre de spectateurs bondir depuis la pandémie (SullyGnome, 2025). Résultat, la taille de marché mondial des jeux en streaming atteignait 7,9 milliards en 2023 tandis que celui des films en streaming était environ de 53,2 milliards de dollars Américains en 2024 (Wise Guy Reports, 2025a, 2025b). Au Canada, la tendance est tout aussi marquée. Les ménages dépensent en moyenne 45 $ par mois pour leurs abonnements, visionnent environ 3,5 heures de contenu chaque jour et près de 74 % des foyers comptent deux abonnements ou plus à des plateformes de streaming (Muzaffar, 2025). Derrière cette apparente simplicité et le côté ludique des plateformes de streaming, pensées pour nous divertir, se cachent pourtant des stratégies marketing redoutables, conçues pour capter notre attention et nous fidéliser. Dans cet article, on explore ensemble l’univers du streaming, ses avantages mais aussi certains enjeux. Le panorama du streaming Le streaming, c’est beaucoup plus qu’une simple façon de regarder des séries ou des films. Il s’agit d’une méthode de diffusion en ligne qui permet de lire des contenus multimédias sans avoir à les télécharger (Le Robert, s. d.). On distingue deux grandes formes : le streaming en direct, qui permet de suivre un événement au moment même où il se déroule, et le streaming en différé, où les contenus sont disponibles à la demande, quand on veut et où on veut. Et attention, le streaming ne concerne pas que nos yeux. Bien sûr, il englobe les vidéos à la demande comme sur Netflix, la télévision en ligne comme Arte.tv, ou encore les diffusions en direct sur Instagram Live. Dans le domaine du jeu, il peut s’agir d’assister à des parties diffusées en direct, de jouer en ligne sans téléchargement, ou encore de suivre des compétitions d’e-sport. Mais le streaming, c’est aussi nos oreilles : musique, balados, radios en ligne, livres audios ou même contenus de relaxation. De plus en plus, le streaming s’invite aussi dans nos corps et nos routines. Des plateformes proposent des séances de yoga, d’entraînement physique ou encore des soins à distance. On le retrouve aussi dans les retransmissions sportives, dans l’éducation (cours en ligne et conférences), dans le commerce en direct, lors de cérémonies religieuses ou même dans des systèmes de surveillance vidéo. Selon la manière dont on interagit, le streaming peut être passif (simple visionnage), interactif (avec échanges en direct), immersif (en réalité virtuelle) ou partagé entre plusieurs utilisateurs. Bref, le streaming fait désormais partie de notre quotidien sous toutes ses formes, au point de brouiller les frontières entre divertissement, apprentissage, travail et même santé. Pourquoi ces plateformes captent autant l’attention ? Plusieurs raisons expliquent pourquoi les plateformes de streaming occupent une place si importante dans nos vies numériques. D’un côté, des études montrent que la commodité, le plaisir, l’innovation personnelle et parfois même l’attrait du visionnage intensif motivent leur utilisation (Singh et al., 2021). Les motivations varient selon les besoins : on peut chercher à apprendre quelque chose de nouveau, à vivre des émotions ou simplement à se divertir. Pour plusieurs, l’aspect communautaire est aussi essentiel. Discuter ou partager autour d’un contenu renforce le plaisir et la motivation à rester connecté (Wang & Wang, 2025). De l’autre côté, l’intelligence artificielle contribue à personnaliser l’expérience. Elle ajuste les recommandations, optimise les abonnements et améliore le service client (Drumond et al., 2018; Mokoena & Obagbuwa, 2025). Netflix, par exemple, s’appuie sur des algorithmes qui influencent nos choix en proposant du contenu adapté à nos préférences. En plus des recommandations personnalisées, d’autres fonctionnalités de conception des plateformes, comme l’autoplay, les notifications, ou encore les listes de contenus populaires, sont pensées pour encourager l’engagement et réduire les efforts nécessaires pour continuer à regarder. Ces éléments, souvent invisibles à nos yeux, suivent un schéma psychologique conforme au modèle “Hooked” déjà abordé sur SBEN.ca : ils déclenchent une action, la rendent facile, récompensent de manière variable, puis nous incitent à investir temps et attention. Ce cycle peut renforcer l’habitude de regarder encore un épisode, même sans le vouloir vraiment (Flayelle et al., 2025). Les bénéfices du streaming Le streaming peut avoir plusieurs avantages. Il favorise la détente, la distraction et parfois même la créativité. Certaines plateformes créent de véritables communautés où l’on peut interagir et échanger, d’autres diffusent des contenus éducatifs comme des documentaires, des podcasts ou des tutoriels. Les services de type « Over-the-top » (OTT) comme Netflix ou Amazon Prime permettent d’accéder en tout temps à une grande variété de contenus originaux et internationaux. Cette diversité de contenu peut offrir des occasions d’entrer en résonance émotionnelle avec certaines histoires, de se sentir touché·e ou inspiré·e, et de découvrir des perspectives culturelles variées (Kumar & Verma, 2024). Participer aux discussions lors d’un stream peut aussi être associé à un meilleur bien-être psychologique, surtout lorsque ces connexions sont authentiques et induisent un sentiment de communauté (Wolff & Shen, 2024). Le streaming touche également la santé et le bien-être. Les séances de télé-yoga et de méditation en ligne ont montré des effets positifs sur le stress, la dépression et le bien-être mental (Hedbom et al., 2023; Tsubono & Mitoku, 2025; Wadhen & Cartwright, 2021). Dans certains contextes, la diffusion de cérémonies religieuses en ligne a aussi joué un rôle de soutien en période de crise (Agyekum et al., 2023). Bref, le streaming peut être un outil qui soutient la détente, l’apprentissage et même la santé, selon la manière dont il est intégré dans le quotidien. Les zones grises du streaming Comme pour d’autres outils numériques, un
