Parier sur le quotidien : ce que révèle la popularité des marchés prédictifs

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Parier sur le quotidien : ce que révèle la popularité des marchés prédictifs Quelle température fera-t-il demain? Est-ce qu’un.e artiste sortira un album cette année? Qui remportera les prochaines élections fédérales? Ces questions banales sont désormais des occasions de miser de l’argent réel sur des plateformes comme Polymarket ou WealthSimple (via le partenariat avec Kalshi). Ces marchés prédictifs connaissent une croissance rapide chez les jeunes adultes, et la littérature scientifique commence tout juste à documenter les effets de cette nouvelle forme d’activité numérique sur les personnes qui s’y adonnent.  Comment ça fonctionne Un marché prédictif s’organise selon une logique proche de la bourse. Plutôt que d’acheter des actions d’entreprises, la personne achète des contrats liés à l’issue d’un événement, en misant sur un « oui » ou un « non ». Un contrat gagnant rapporte un montant. Un contrat perdant ne rapporte rien.    Les sujets couverts sont pratiquement illimités :    élections et conflits internationaux  résultats sportifs  conditions météorologiques  actualité culturelle et tendances sur les réseaux sociaux    Les fondateur.trice.s de ces plateformes présentent leur produit comme du divertissement et comme un outil de prévision plus fiable que les sondages traditionnels. L’argument n’est pas sans fondement : les données tirées de Polymarket ont surpassé en précision les sondages traditionnels lors de l’élection présidentielle américaine de 2024, ce qui illustre une réelle capacité de prédiction (Laurie et Hiba, 2025).    Cette nouvelle forme de divertissement est néanmoins sujette à des critiques. Andrade et Newall (2025) ainsi que Rabinovitz et Packin (2025) avancent que les marchés prédictifs et les contrats basés sur des événements représentent une nouvelle forme de gamblification, soit une présentation de produits de jeu de hasard et d’argent sous une apparence d’outil d’analyse ou d’investissement. Un détail vient appuyer ce doute : une partie des transactions s’effectue en cryptomonnaie, ce qui permet aux utilisateur.trice.s de conserver un large anonymat, une caractéristique plus près des plateformes de jeu que des outils d’investissement traditionnels. Autrement dit, selon ces auteur.e.s, Polymarket et Kalshi seraient d’abord et avant tout une nouvelle forme de pari en ligne.    Ce débat sur la nature réelle des plateformes n’a pas freiné leur adoption. Les jeunes adultes, en particulier la génération Z, semblent plus familier.ère.s avec ces plateformes que les générations plus âgées, dans un contexte plus large où le pari sportif en ligne gagne en popularité, porté par l’accès facilité via le téléphone intelligent et la multiplication des plateformes de paris (Daniel et al., 2024).    Cette adoption rapide devance toutefois la recherche : la littérature portant spécifiquement sur les effets psychosociaux des marchés prédictifs chez les jeunes adultes demeure ténue. La documentation plus abondante sur les paris sportifs en ligne offre néanmoins un point de comparaison utile, étant donné les similitudes de fonctionnement entre les deux types de plateformes.  Des impacts sur plusieurs sphères de vie Les données scientifiques sur les effets psychologiques du pari sportif et des marchés prédictifs chez les jeunes adultes demeurent hétérogènes selon les formats et l’intensité de la participation. Des travaux qualitatifs et cliniques associent la participation à ces activités à une détresse psychologique accrue, alors que certaines études de cohorte de grande envergure rapportent des associations plus mitigées.    Ce que la recherche montre jusqu’à maintenant :    Une recension fait état de liens possibles entre l’intensité de l’investissement dans les paris en ligne chez les jeunes et la présence de symptômes dépressifs, pouvant aller jusqu’à des idées suicidaires (Daniel et al., 2024).  Les formats de pari en direct et les paris combinés, tout comme l’accès instantané offert par les applications mobiles, semblent amplifier le phénomène en encourageant les mises rapides et élevées (Leuker, 2025; Hing et al., 2022).  Les incitatifs promotionnels, comme les bonis à l’inscription ou les mises gratuites, augmentent la propension à parier et à s’engager dans un jeu à risque plus élevé chez les 18 à 24 ans (Di Censo et al., 2023).  Les jeunes adultes qui parient fréquemment en ligne présentent environ deux fois plus de risques de vivre des difficultés financières que ceux qui parient rarement (Mohan, 2025).  Une fréquence de pari plus élevée, une plus grande diversité des activités de jeu et le pari en direct sont associés à une augmentation des problèmes liés au jeu et des dépenses chez les jeunes parieur.se.s (Hing et al., 2016).    Ce constat inquiète plusieurs chercheur.se.s : les marchés prédictifs reproduisent des mécanismes incitatifs similaires aux paris sportifs, avec le potentiel d’élargir l’exposition des jeunes adultes au risque financier et aux conséquences psychologiques des jeux de hasard et d’argent (Andrade et Newall, 2025; Rabinovitz et Packin, 2025).  Une participation influencée Des enjeux de transparence Au-delà des risques individuels, les marchés prédictifs soulèvent des enjeux de transparence propres à leur conception.    Sur le plan financier, les gains importants restent concentrés chez des personnes spécialisées en arbitrage, soit celles et ceux qui ont les moyens techniques de détecter et d’exploiter des écarts de prix de certains paris similaires, plutôt que chez les personnes qui misent occasionnellement selon leur intuition (Saguillo et al., 2025). Ainsi, les gains se concentrent chez un petit noyau d’initiés aptes à utiliser les failles de ces plateformes.    La confiance accordée à ces marchés dépend aussi de l’absence perçue de manipulation. Des travaux expérimentaux montrent que la simple présence de personnes soupçonnées de manipuler un marché prédictif suffit à éroder la confiance des décideur.se.s envers l’information qu’il produit, même en l’absence de manipulation réelle (Choo et al., 2022). Par ailleurs, la vulnérabilité de ces plateformes à la manipulation n’est pas que théorique:       Lors de l’élection présidentielle américaine de 2024, Polymarket a fait l’objet d’accusations de wash trading, soit le rachat et la revente répétés de contrats par une même entité pour gonfler artificiellement les volumes et l’activité apparente du marché, ainsi que d’un possible trucage lié à des paiements élevés retracés vers une même personne opérant plusieurs comptes (Laurie

Image corporelle :  quand les réseaux sociaux prennent la place du miroir

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Image corporelle : quand les réseaux sociaux prennent la place du miroir Prendre soin de soi s’inscrit souvent dans une optique de bien-être. Avec l’essor des réseaux sociaux nous sommes, chaque jour, exposés à une multitude d’images mettant en scène des corps, des visages et des modes de vie soigneusement sélectionnés. Dans cet environnement où l’apparence est continuellement mise en valeur, comparée et évaluée, l’image corporelle peut devenir une source importante de préoccupations. Mieux comprendre l’influence de cette culture de l’optimisation de l’apparence permet non seulement de prendre du recul face aux pressions esthétiques, mais aussi de développer une relation plus sereine, authentique et bienveillante avec soi-même.  Les préoccupations par rapport à l’image corporelle L’image corporelle fait référence aux pensées, sentiments et comportements d’un individu liés à sa propre apparence physique (Cash, 2004). Elle ne concerne pas seulement le fait d’aimer ou non son apparence mais renvoie également à l’importance que l’on accorde à son apparence, dans la façon dont on se définit et s’évalue comme personne (Jarry et al., 2019). C’est une expérience entièrement subjective: deux personnes ayant des caractéristiques physiques similaires peuvent développer des perceptions très différentes d’elles-mêmes.  La manière dont nous percevons notre corps est façonnée, en partie, par ce que notre environnement considère comme beau, attrayant ou désirable (Liu et al., 2025; Mills et al., 2022). Si autrefois le miroir constituait l’un des principaux moyens de se refléter, aujourd’hui, les réseaux sociaux nous exposent à une multitude de reflets idéalisés qui influencent la manière dont nous nous percevons (Mironica et al., 2024; Saiphoo & Vahedi, 2019; Sarda et al., 2025; Velkoska & Şabani, 2024).   Tout un mécanisme … Les réseaux sociaux encouragent souvent les personnes à surveiller, améliorer et mettre en valeur leur apparence physique. Les plateformes comme Instagram, TikTok ou Snapchat privilégient les contenus visuels et encouragent une présentation très travaillée de soi. Les images qui y circulent sont sélectionnées, filtrées, retouchées ou produites selon des codes précis, ce qui tend à faire passer pour “communs” des visages et des corps qui sont en réalité idéalisés.   Cette valorisation de l’apparence se manifeste également par l’essor des routines de beauté et de soins, l’utilisation de filtres et d’applications de retouche, ainsi que par un intérêt grandissant pour la médecine et la chirurgie esthétiques (Doh et al., 2024; Mironica et al., 2024; Rahman et al., 2024; Stefana & Damiani, 2026). Le looksmaxxing (Halpin et al., 2025 ; Muntaner Vives et al., 2026) et la cosmeticorexia (Stefana & Damiani, 2026) illustrent particulièrement cette volonté d’optimisation. Le premier, terme issu des communautés incel (Corbin & Boursier, 2026), vise à maximiser l’attractivité physique par diverses stratégies d’amélioration de l’apparence. La seconde désigne une préoccupation excessive pour les produits, traitements et interventions esthétiques. La culture de l’optimisation de l’apparence s’exprime aussi par la recherche de validation sociale à travers les « J’aime », les commentaires et le nombre d’abonnés. L’apparence devient alors non seulement un moyen de se présenter aux autres, mais aussi une source de reconnaissance et d’évaluation sociale (Liu et al., 2025; Merino et al., 2024).  Derrière cette culture de l’optimisation de l’apparence se trouvent aussi des mécanismes psychologiques bien identifiés. L’un des plus importants est l’auto-objectification, c’est-à-dire la tendance à se percevoir d’abord comme un objet regardé et évalué par les autres (Liu et al., 2025; Wollast et al., 2026), un processus renforcé par la comparaison sociale, particulièrement lorsqu’on est exposé à des images filtrées ou idéalisées (Castellanos Silva & Steins, 2023; Liu et al., 2025; Pedalino & Camerini, 2022). Plus le regard porté sur soi devient extérieur, évaluatif et perfectionniste, plus le risque d’insatisfaction corporelle et de détresse psychologique augmente.  Certaines personnes seraient plus vulnérables à ces pressions que d’autres : lorsqu’une personne tire peu de sa valeur de ses relations, de ses compétences ou de ses valeurs personnelles, elle est davantage susceptible de se comparer aux autres sur le plan de l’apparence et de vouloir correspondre aux standards de beauté valorisés par la société (Liu et al., 2025; Vartanian & Nicholls, 2024). Dans un environnement saturé de représentations « parfaites », la beauté risque alors de devenir une mesure trompeuse de la valeur personnelle.  Les impacts des réseaux sociaux sur l’image de soi et le bien-être psychologique Bien que les réseaux sociaux puissent favoriser l’expression de soi et le partage d’expériences positives, une exposition fréquente à des contenus centrés sur l’apparence est associée à plusieurs effets négatifs sur l’image corporelle et la santé psychologique.    L’une des conséquences les plus documentées est l’insatisfaction corporelle (Castellanos Silva & Steins, 2023; Merino et al., 2024; Pedalino & Camerini, 2022). À force d’être exposées à des images idéalisées de corps et de visages, certaines personnes développent une perception plus critique de leur propre apparence. Par exemple, l’usage passif d’Instagram (consultation de contenus sans interaction avec les autres utilisateurs) est associé à une baisse de l’appréciation corporelle, en grande partie parce que les utilisateurs se comparent aux influenceurs et aux figures esthétiques dites « dominantes » (Pedalino & Camerini, 2022). La recherche montre, d’ailleurs, que l’exposition répétée à ce type d’images favorise l’insatisfaction corporelle, surtout lorsqu’elle s’accompagne de comparaisons ascendantes, c’est-à-dire de comparaisons avec des personnes perçues comme plus attirantes, avec pour conséquence une diminution de la satisfaction corporelle, d’une anxiété, d’une baisse de l’estime de soi et de symptômes dépressifs (Castellanos Silva & Steins, 2023; Liu et al., 2025; Merino et al., 2024; Pedalino & Camerini, 2022).     La littérature scientifique associe aussi l’exposition intensive aux réseaux sociaux à davantage de symptômes dysmorphiques (préoccupation excessive à l’égard de défauts physiques réels ou perçus) (Gupta et al., 2023). Il a étéégalement observé que certaines personnes souhaitent de plus en plus ressembler à une version filtrée ou retouchée d’elles-mêmes (Snapchat dysmorphia) (Mancin et al., 2026). Les réseaux sociaux peuvent renforcer l’idée que l’apparence doit constamment être améliorée, ce qui contribue à normaliser le recours à diverses procédures esthétiques, parfois très invasives (Mironica et al., 2024; Rahman et al., 2024).    

Seul.e par choix : ce que les solo-influenceurs révèlent de notre rapport à la solitude 

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Seul.e par choix : ce que les solo-influenceurs révèlent de notre rapport à la solitude Imaginez une créatrice de contenu qui filme ses vendredis soirs seule à la maison et qui attire 200 000 abonné.e.s. C’est la réalité de Lana Isa, créatrice de contenu de Toronto devenue le visage d’une tendance en pleine croissance : les solo-influenceur.euse.s (Hill, 2026). Ses vidéos la montrent cuisiner, magasiner et relaxer en solo, avec des légendes comme « POV : tu es célibataire, tu n’as pas d’ami.e.s, tu vis seule, et voici à quoi ressemble ta vie ». Et plutôt que de la plaindre, sa communauté commente, s’identifie et en redemande.   Dans la même mouvance, le « solo-maxxing » transforme le célibat choisi en projet de vie : vivre seul.e, sans partenaire, parfois sans cercle d’ami.e.s proche, et l’assumer pleinement, caméra à l’appui. Ce phénomène détonne à une époque où on nous répète que la solitude est une épidémie (US Surgeon General, 2023). Comment expliquer les nuances dans ces manières de présenter et vivre la solitude?   Être seul.e, savourer sa solitude, se sentir seul.e : trois choses différentes La langue anglaise distingue des réalités que le français écrase sous un seul mot. En effet, le terme solitude en français peut référer à deux construits distincts en anglais, soit « solitude » et « loneliness ». Ce que l’anglais nommesolitude se définiti comme un sentiment de quiétude associé au fait d’être seul.e. On la choisit délibérément, pour le calme, la liberté ou le ressourcement qu’elle apporte (Thomas et Azmitia, 2019). En ce qui concerne le terme « loneliness », ou encore le sentiment de solitude en français, il réfère à un écart de satisfaction entre les relations qu’on souhaite avoir et celles qu’on a vraiment, en quantité ou en qualité (Perlman et Peplau, 1981). Le sentiment de solitude est associé à des sentiments désagréables ou à une souffrance émotionnelle. Finalement, il convient aussi de distinguer ces concepts de l’isolement social, soit d’être physiquement seul.e et d’avoir peu contacts sociaux. C’est un fait objectif qui ne dit rien de ce que la personne ressent.     L’isolement social et la solitude ne sont pas nécessairement source d’émotions désagréables et de conséquences sur le plan de la santé mentale. En effet, une étude menée auprès de plus de 11 000 personnes a montré que le lien entre le temps passé seul.e et le sentiment de solitude est faible (Coyle et Dugan, 2012). Autrement dit, on peut passer des heures seul.e sans en souffrir. D’ailleurs, les adultes nord-américains passent entre 30 et 65 % de leurs heures d’éveil seuls (Larson, 1990; Danvers et al., 2023), et environ 85 % de ce temps seul est choisi volontairement (Lay et al., 2020).  Pourquoi rechercher la solitude? Tout dépend de la raison qui nous pousse vers le temps seul.e. La recherche distingue la préférence pour la solitude, c’est-à-dire le goût d’être seul.e et le plaisir qu’on en retire, de l’anxiété sociale, qui pousse plutôt à fuir les autres par peur du jugement (Bansal, 2024). La différence est majeure : la solitude choisie pour soi est associée à des bienfaits, alors que la solitude subie ou liée à l’évitement est associée à la détresse (Thomas et Azmitia, 2019).    Une étude récente auprès de jeunes adultes (Bansal, 2024) rappelle ce que la solitude choisie peut offrir : un meilleur contrôle de ses émotions, de l’introspection, de la créativité et un sentiment de liberté dans le choix de ses activités. Bref, une pause des pressions sociales et de la connectivité constante. À l’opposé, la solitude qui découle d’un retrait non désiré s’accompagne plus souvent d’un sentiment de solitude et de symptômes dépressifs.    Les solo-influenceur.euse.s mettent en scène la première forme : une solitude revendiquée et présentée comme une source de paix. Le solo-maxxing brouille toutefois la frontière. Si l’isolement devient une esthétique à imiter, certaines personnes pourraient maquiller en choix un retrait qu’elles subissent (Hill, 2026). Une question demeure : ces images de solitude heureuse qui défilent dans nos fils changent-elles quelque chose à ce que nous vivons quand nous sommes réellement seul.e.s?  Vos croyances changent la donne La science suggère que oui, parce que les contenus que nous consommons façonnent nos croyances, et que nos croyances façonnent notre expérience. Une étude publiée dans Nature Communications (Rodriguez et al., 2025) en fait la démonstration. Les chercheur.euse.s ont d’abord analysé les grands journaux américains : les manchettes présentaient le fait d’être seul.e comme néfaste dix fois plus souvent que comme bénéfique. Et il suffisait de lire un seul article du genre pour que les croyances des participant.e.s sur le temps seul deviennent plus négatives.    L’équipe a ensuite suivi 161 jeunes adultes pendant deux semaines afin d’évaluer l’impact de leur perception de la solitude sur leur vécu de celle-ci. Chez les personnes convaincues qu’être seul.e est mauvais, le sentiment de solitude grimpait de 53 % après une longue période en solo. Chez celles qui voyaient le temps seul positivement, le même temps passé seul.e s’accompagnait d’une baisse de 13 % du sentiment de solitude, en plus d’une diminution du stress et de l’ennui. Et ce résultat a été reproduit dans neuf pays sur six continents (Rodriguez et al., 2025).    La façon dont vous pensez votre temps seul.e détermine donc en partie ce qu’il vous fait vivre. Vu sous cet angle, les solo-influenceur.euse.s pourraient même avoir un effet protecteur, en offrant un contrepoids aux discours alarmistes des médias traditionnels.  Un enjeu de santé publique, oui, mais sous conditions Attention, cette nuance n’efface pas les données déjà récoltées sur l’impact du sentiment de solitude. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, une personne sur six dans le monde se sent seule, et la proportion est encore plus élevée chez les adolescent.e.s et les jeunes adultes (OMS, 2025). Entre 2014 et 2019, plus de 871 000 décès par année ont été associés au sentiment de solitude et à l’isolement, qui augmente les

Configurer son téléphone pour reconfigurer son utilisation…

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Configurer son téléphone pour reconfigurer son utilisation… Ça vous est peut-être déjà arrivé.    Vous prenez votre téléphone cellulaire avec une intention précise. Répondre à un message, vérifier une information, regarder un horaire. Puis, en cours de route, une notification attire votre attention. Vous cliquez. Une autre apparaît. Vous ouvrez une application. Quelques minutes plus tard, vous êtes en train de faire défiler votre fil Instagram… et vous réalisez que vous avez complètement oublié pourquoi vous aviez pris votre téléphone au départ.    Ce type de situation peut sembler banal. Pourtant, les environnements numériques sont conçus pour capter l’attention, faciliter les enchaînements d’actions et encourager les retours fréquents. Notifications, accès rapide, contenus personnalisés, absence de friction… ces éléments s’additionnent et orientent subtilement nos comportements, souvent à notre insu.    Dans ce contexte, le sentiment de perdre le fil ou de se laisser entraîner n’est pas surprenant.    Mais ce qui est intéressant, c’est que ces mêmes mécanismes peuvent être utilisés autrement. En ajustant certains paramètres et en modifiant légèrement notre environnement numérique, il devient plus simple de reprendre du contrôle sur la manière dont on utilise son téléphone.    Autrement dit, de passer d’un téléphone qui agit sur nous… à un téléphone sur lequel on agit davantage.  Agir sur son environnement pour reprendre du contrôle Introduire de la friction pour ralentir les automatismes Dans plusieurs situations du quotidien, l’utilisation du téléphone ne passe pas par une décision consciente. On déverrouille, on ouvre une application, souvent sans trop savoir pourquoi.   C’est précisément là que le design peut devenir un levier.   Plutôt que d’essayer de résister à chaque impulsion, certaines stratégies consistent à modifier légèrement l’environnement numérique pour ralentir ces gestes automatiques. On parle ici de friction. Il ne s’agit pas de bloquer l’accès, mais d’ajouter un petit délai, juste assez pour se redonner une marge de manœuvre.   Concrètement, ça peut ressembler à   passer l’écran en niveaux de gris, ce qui diminue l’attrait visuel  retirer Instagram ou TikTok de l’écran d’accueil  devoir entrer un mot de passe plutôt que simplement cliquer    Ces ajustements ont des effets mesurables. Par exemple, le mode niveaux de gris entraîne une diminution immédiate et significative du temps d’écran dans des études en conditions réelles (Zimmermann & Sobolev, 2022) .Des approches combinant plusieurs petites frictions réduisent aussi la fréquence d’ouverture des applications, bien qu’elles puissent devenir irritantes si elles sont trop nombreuses (Wu et al., 2023).   L’idée n’est pas de se compliquer la vie, mais de créer un espace entre l’impulsion et l’action. Réduire le bruit des notifications Un levier souvent simple, mais particulièrement efficace, consiste à désactiver une partie des notifications, notamment celles qui ne sont pas essentielles. Les notifications agissent comme des signaux externes qui captent automatiquement l’attention et interrompent les activités en cours, même lorsqu’on tente de rester concentré.e.     Des travaux expérimentaux montrent que la réception de notifications entraîne des interruptions fréquentes et une diminution de la performance attentionnelle, en plus d’augmenter la distraction même lorsque les notifications ne sont pas consultées immédiatement (Stothart et al., 2015). D’autres études indiquent que la réduction des notifications est associée à une diminution du stress et à une amélioration du bien-être perçu (Kushlevet al., 2016).     Dans cette perspective, ajuster les paramètres de son téléphone pour limiter les alertes aux communications réellement importantes permet de réduire les sollicitations externes et de soutenir une utilisation plus intentionnelle.  Rendre son utilisation visible pour mieux s’ajuster Une fois les automatismes un peu ralentis, un autre levier consiste à mieux voir ce qu’on fait réellement.    L’utilisation du téléphone est souvent fragmentée, ce qui rend difficile d’en avoir une vision claire. Certaines approches permettent de rendre cette information plus accessible, notamment en affichant le temps d’utilisation directement dans l’environnement.    Par exemple, un widget visible sur l’écran d’accueil, un minuteur qui apparaît à l’ouverture d’une application, ou une barre de progression en temps réel permettent de garder un contact avec son utilisation pendant qu’elle se déroule. Des travaux montrent que ce type de rétroaction en continu peut entraîner des diminutions du temps d’écran de plusieurs dizaines de minutes par jour (Zheng et al., 2025).    Consulter ses données en fin de journée ou en début de semaine peut aussi être utile, mais les effets semblent plus marqués lorsque l’information est accessible en temps réel.    Cela dit, voir ne suffit pas toujours. Sans repères ou intention derrière, ces données risquent de rester informatives, sans réellement transformer les habitudes.  Structurer certains moments pour éviter l’usage dispersé Un autre changement utile consiste à sortir d’une utilisation « tampon » ou « entre deux choses ».    Dans les moments d’attente ou de transition, l’usage tend à devenir plus fragmenté et plus difficile à réguler.    Choisir et structurer l’utilisation autour de certains moments permet de changer cette dynamique, sans nécessairement appliquer des règles rigides.    Par exemple    décider que le téléphone reste à l’écart pendant les repas  éviter de commencer ou de terminer la journée avec certaines applications  regrouper la consultation des réseaux sociaux à un moment précis    Cette logique rejoint ce que montrent les recherches sur les interventions numériques. Les stratégies sont généralement plus efficaces lorsqu’elles tiennent compte du contexte et des moments où les comportements surviennent, plutôt que d’être appliquées de manière uniforme (Throuvala et al., 2020).    Autrement dit, ce n’est pas seulement une question de combien on utilise son téléphone, mais aussi de quand et dans quelles conditions.    On ne retire pas nécessairement le téléphone, on change la place qu’il occupe.  Se donner une direction… et ne pas rester seul.e avec ça Les ajustements proposés jusqu’ici peuvent aider à reprendre du contrôle, mais ils prennent souvent plus de sens lorsqu’ils s’inscrivent dans une direction claire.    Pas nécessairement un objectif ambitieux ou rigide, mais quelque chose de suffisamment précis pour guider les choix au quotidien.    Par exemple, se fixer

Joy of missing out : se donner le droit de « rater » 

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Joy of missing out : se donner le droit de « rater » Les plateformes de réseaux sociaux promettent visibilité, proximité et accès continu à l’information. Sur les réseaux sociaux, des personnes publient des moments soigneusement choisis et présentés sous leur meilleur jour.  Devant notre écran, nous consommons continuellement ces “moments” au point où on peut parfois se retrouver à alimenter une peur que d’autres vivent des expériences enrichissantes sans nous (Fear of Missing Out ou FOMO), une comparaison sociale constante due à une utilisation importante des réseaux sociaux qui pourrait mener à un épuisement mental voire de la fatigue (Chakrabarti, 2024; Lee et al., 2016; Yildirimer et al., 2024).    Et si au final, rater ce qui se passe sur les réseaux sociaux de temps à autre nous faisait le plus grand bien. Vaincre le FOMO par le Joy of missing out Depuis quelques années, une tendance à la déconnexion nommée Joy of missing out (JOMO), émerge comme un contre-mouvement du FOMO. Dans les médias, elle est même présentée comme une « cure » au FOMO. L’Urban Dictionary propose une définition plus simple : « savourer ce que l’on fait ici et maintenant, au lieu de passer son temps sur les réseaux sociaux à regarder ce que font les autres » (Urban Dictionary, s. d.).  Il faut savoir que dans la littérature scientifique, la définition du JOMO n’est pas encore bien établie. Il est plutôt décrit comme un concept encore en construction, qui peut être compris à plusieurs niveaux.    D’abord, le JOMO peut être compris comme une expérience émotionnelle positive associée au fait de choisir volontairement de ne pas participer à certaines activités sur les réseaux sociaux, en ressentant de la satisfaction, du calme ou du plaisir plutôt que de l’anxiété ou un sentiment d’exclusion (Aitamurto et al., 2021; Diandono et al., 2025; Jacobsen, 2021). Il est souvent présenté en contraste avec le FOMO (Caesarina et al., 2023; Rautela & Sharma, 2022). Le JOMO implique aussi une déconnexion intentionnelle, accompagnée d’un sentiment d’autonomie et d’acceptation de sa situation présente, sans se comparer excessivement aux autres (Aitamurto et al., 2021; Jacobsen, 2021; Putra, 2019). Plusieurs définitions associent également le JOMO à des pratiques issues de la culture du bien-être (la pleine conscience, à l’appréciation de la solitude et aux pratiques de soin de soi), incluant la réduction de l’usage des réseaux sociaux et de la comparaison sociale (Kantar et al., 2025; Ranjbar et al., 2025; Rautela & Sharma, 2022). Enfin, le JOMO est parfois décrit comme un mode de vie, dans lequel les personnes cherchent à limiter les engagements perçus comme peu significatifs afin de se concentrer sur des activités jugées plus bénéfiques pour leur bien-être et leur santé mentale (Caesarina et al., 2023; Diandono et al., 2025; Kantar et al., 2025; Rautela & Sharma, 2022).  Différencier le JOMO des personnalités introverties Le JOMO renvoie généralement à une expérience de vie et une motivation, mais peut également jouer un rôle de stratégie d’adaptation, selon les contextes, plutôt que comme un trait de personnalité. Il ne se confond donc pas avec un simple retrait social ni avec l’introversion. D’ailleurs, les personnes qui présentent du JOMO profitent davantage de la déconnexion lorsqu’elles disposent déjà de liens sociaux satisfaisants hors ligne (Barry et al., 2023).    Pour certains, le JOMO témoigne d’une perception de soi positive et d’un bien‑être ; pour d’autres, il peut coexister avec de l’anxiété sociale ou un retrait défensif (Barry et al., 2023; Eitan & Gazit, 2024). D’où l’intérêt de le distinguer de l’introversion, un trait de personnalité caractérisé par une préférence pour la solitude, la réflexion et le travail indépendant ; plutôt que les rencontres fréquentes en grand groupe, qui peuvent parfois être une source de stress (Wan, 2023). Cependant, les personnes dites introverties peuvent préférer la solitude sans nécessairement l’apprécier (Nguyen et al., 2022). À l’inverse, le JOMO met l’accent sur le plaisir éprouvé et sur le choix conscient.  JOMO et bien-être Dans l’ensemble, les recherches suggèrent que le JOMO est généralement associé à un meilleur bien-être psychologique, notamment parce qu’il s’accompagne d’un usage moins important des réseaux sociaux, de moins de solitude ressentie et de moins de détresse psychologique (Barry et al., 2023; Kantar et al., 2025). Aussi, les personnes ayant un JOMO plus élevé rapportent davantage de satisfaction de vie et de pleine conscience, ainsi qu’un usage plus limité des réseaux sociaux, malgré que certaines personnes puissent présenter plus d’anxiété sociale selon leurs motivations à se déconnecter (Barry et al., 2023). D’autres travaux indiquent que le JOMO joue un rôle intermédiaire entre l’autocompassion et le bien-être : les personnes plus bienveillantes envers elles-mêmes tendent à mieux vivre la déconnexion, ce qui contribue à leur santé mentale (Kaya et al., 2026). Des théories émergent donc sur le fait que le JOMO puisse être une stratégie adaptative, voire un mode de vie, qui favoriserait l’équilibre et la réduction de la fatigue psychologique par la limitation des engagements sociaux perçus comme peu significatifs et de la pression numérique (Arfan Maulana Hafizh et al., 2024; Canonigo et al., 2025; Chan et al., 2022; Diandono et al., 2025; Hayran & Anik, 2021; Li & Han, 2025; Rautela & Sharma, 2022).  Que retenir ? Le JOMO renvoie à l’expérience positive associée à une déconnexion choisie et autonome. Il est généralement associé à un meilleur bienêtre psychologique, bien que ses effets puissent varier selon les motivations de la déconnexion.  Article écrit par Rasoamiadana Volanirina Rasolofomamonjy Références    Aitamurto, T., Won, A. S., Sakshuwong, S., Kim, B., Sadeghi, Y., Stein, K., Royal, P. G., & Kircos, C. L. (2021). From FOMO to JOMO : Examining the Fear and Joy of Missing Out and Presence in a 360° Video Viewing Experience. Proceedings of the 2021 CHI Conference on Human Factors in Computing Systems, 1‑14. https://doi.org/10.1145/3411764.3445183    Arfan Maulana Hafizh, Fajar Hidayat, & Amril Suansyah. (2024). Fomo Vs Jomo : Understanding The Psychology Behind Social Media Consumption Behavior And Its Impact On Mental Well-Being With A Communication Psychology Approach. World Journal of Islamic Learning and Teaching, 1(2), 10‑18. https://doi.org/10.61132/wjilt.v1i2.37 

Ce que nous voyons sur les médias sociaux n’est pas aléatoire 

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Ce que nous voyons sur les médias sociaux n’est pas aléatoire Chaque fois que nous ouvrons un média social comme Instagram, TikTok, YouTube ou Reddit, nous sommes exposé·e·s à une sélection très précise de contenus. Certaines publications apparaissent en haut de notre fil, d’autres n’y apparaîtront jamais. Ce processus peut sembler naturel. Pourtant, il ne doit rien au hasard.  Ce que nous voyons résulte de systèmes de recommandation conçus pour sélectionner, classer et prioriser les contenus en fonction de nombreux signaux, incluant nos interactions, nos visionnements et nos habitudes d’utilisation (Covington et al., 2016; Gillespie, 2014). Leur objectif est de prédire quels contenus retiendront le plus notre attention, dans un environnement où celle-ci constitue une ressource centrale (Sutton & Barto, 2018; Zuboff, 2019). Autrement dit, notre fil n’est pas seulement personnalisé. Il est optimisé pour capter notre attention et orienter notre expérience.  Les algorithmes apprennent à partir de nos comportements Les systèmes de recommandation analysent en continu nos interactions: les contenus que nous aimons, regardons ou partageons. Ces informations sont utilisées pour prédire ce que nous serons susceptibles de trouver intéressant par la suite (Covington et al., 2016; Ricci et al., 2015).    Ces systèmes combinent différentes approches, comme l’identification d’utilisateurs ayant des comportements similaires ou l’analyse des caractéristiques des contenus. Ils peuvent aussi intégrer des signaux liés à nos réactions émotionnelles afin d’anticiper ce qui générera le plus d’engagement (Ricci et al., 2015; Zhang et al., 2019).   Ces mécanismes influencent concrètement notre utilisation des plateformes. Après l’implantation de systèmes de recommandation, certaines études ont observé des augmentations de plus de 120 % de l’engagement et un nombre d’utilisateurs revenant sur la plateforme presque trois fois plus élevé (Chaney et al., 2018).    Le recours aux algorithmes conduit à plusieurs phénomènes souvent qui sont parfois dans notre angle mort: ils concentrent notre attention sur certains contenus, réduisent la diversité de ce que nous voyons et influencent progressivement nos comportements et nos perceptions. Les algorithmes concentrent notre attention Les systèmes de recommandation ne se contentent pas de proposer du contenu, ils déterminent aussi ce qui devient visible. En pratique, cela signifie qu’une part importante de notre attention est dirigée vers un nombre relativement restreint de publications.    Par exemple, une analyse du réseau de recommandations de YouTube a montré qu’environ 23 % des vidéos concentraient plus de 80 % des visionnements (Faddoul et al., 2020). La majorité des contenus restent donc peu visibles, tandis qu’un plus petit groupe bénéficie d’une exposition disproportionnée.    Ce phénomène, parfois appelé effet « rich-get-richer », reflète le fait que les contenus déjà populaires ont davantage de chances d’être recommandés, ce qui renforce encore leur visibilité (Salganik et al., 2006). Ainsi, les algorithmes orientent activement notre attention vers certains contenus plutôt que d’autres. Les algorithmes peuvent réduire la diversité de ce que nous voyons Les systèmes de recommandation apprennent à partir de nos comportements. Lorsqu’on interagit fréquemment avec un type de contenu, ils tendent à nous en proposer davantage. Ce mécanisme, appelé « amplification des préférences », peut progressivement réduire la diversité des contenus auxquels nous sommes exposé·e·s (Chaney et al., 2018).    Avec le temps, cela peut créer des environnements informationnels plus homogènes, parfois appelés chambres d’écho, où nous sommes exposé·e·s de manière répétée à des contenus similaires (Pariser, 2011).    Dans ce contexte, des contenus moins crédibles peuvent aussi être amplifiés lorsqu’ils génèrent un fort engagement, ce qui contribue à leur diffusion (Vosoughi et al., 2018).  Les algorithmes influencent nos croyances et nos comportements Les systèmes de recommandation ne font pas que refléter nos intérêts, ils contribuent aussi à les orienter. En rendant certains contenus plus visibles que d’autres, ils influencent ce que nous regardons, les comptes que nous suivons et les contenus avec lesquels nous interagissons (Chaney et al., 2018).    Des recherches montrent que cette influence peut dépasser les comportements en ligne. Par exemple, une étude expérimentale récente a montré que l’exposition à un fil algorithmique sur la plateforme X a modifié les attitudes politiques des utilisateurs et les comptes qu’ils choisissaient de suivre. En pratique, certains contenus et certains comptes devenaient plus visibles, ce qui augmentait la probabilité que les utilisateurs y soient exposés et y interagissent, contribuant à influencer progressivement leurs croyances et leurs positions politiques (Gauthier et al., 2026).    D’autres travaux ont montré que les algorithmes peuvent aussi influencer directement des comportements hors ligne. Une étude menée auprès de plus de 60 millions d’utilisateurs Facebook a démontré que l’exposition à certains contenus politiques dans le fil d’actualité augmentait la probabilité que les utilisateurs participent à une élection. Le simple fait de voir que d’autres personnes avaient voté a contribué à augmenter la participation électorale mesurablement, illustrant la capacité des plateformes à influencer des comportements à grande échelle (Bond et al., 2012).     Les systèmes de recommandation jouent également un rôle dans les comportements de consommation. En priorisant certains produits, ils influencent les décisions d’achat et la visibilité des biens disponibles. Des recherches ont montré que les recommandations personnalisées peuvent significativement augmenter la probabilité qu’un utilisateur choisisse un produit particulier, en orientant son attention et en réduisant l’exposition à des alternatives (Smith & Linden, 2017; Ricci et al., 2015).    Ainsi, les algorithmes ne font pas qu’organiser l’information. Ils influencent l’environnement dans lequel nos décisions se construisent.  Comprendre les algorithmes pour développer un rapport plus conscient aux médias sociaux Comprendre que ce que nous voyons n’est pas aléatoire est une première étape importante. Chaque interaction contribue à entraîner l’algorithme et à façonner progressivement le contenu proposé.    Cela signifie que nous pouvons, dans une certaine mesure, influencer ce que nous voyons. Diversifier les contenus que nous consultons, suivre des sources variées ou explorer des perspectives différentes peut contribuer à élargir ce qui nous est présenté.    Cependant, la responsabilité ne repose pas uniquement sur les personnes qui utilisent les médias sociaux. Ces systèmes sont conçus par des plateformes dont les

Quand les réseaux sociaux exposent à la violence: quels impacts sur la santé mentale? 

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Quand les réseaux sociaux exposent à la violence: quels impacts sur la santé mentale? Dans notre quotidien numérique, nous sommes souvent exposé·e·s à un flot continu de vidéos, d’images et de récits choquants sur les réseaux sociaux. Ces contenus deviennent viraux parce qu’ils suscitent de fortes réactions émotionnelles, attirent l’attention et sont ensuite amplifiés par des algorithmes conçus pour maximiser l’engagement. Ainsi, même sans les rechercher, il est facile de tomber sur des scènes de violence, de catastrophe ou de crise en quelques clics.    Ces dernières semaines, ce phénomène s’est illustré de manière frappante à travers plusieurs événements très médiatisés. Aux États Unis, les vidéos montrant la mort par balles de deux personnes tuées dans le cadre d’opération du service de l’immigration (ICE) à Minneapolis, ont circulé largement et suscité une vive émotion ainsi que de nombreux débats publics sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels. En parallèle, des images troublantes de l’incendie majeur survenu dans une boîte de nuit en Suisse ont été massivement partagées et commentées, exposant des milliers de personnes à des scènes d’urgence et de traumatisme en temps réel. Ces exemples montrent à quel point les réseaux sociaux peuvent diffuser rapidement des images très fortes et comment il devient difficile d’y échapper.    Une question se pose alors: que sait-on, scientifiquement, des effets de l’exposition répétée à ce type de contenu sur la santé mentale?  Ce que la recherche montre De nombreuses études montrent que l’exposition à des contenus violents ou très anxiogènes sur les réseaux sociaux est associée à une augmentation de la détresse psychologique, même chez les personnes qui ne sont pas directement touchées par les événements.    Lors de périodes de crise, une utilisation plus fréquente des réseaux sociaux est liée à une hausse des symptômes d’anxiété et de dépression. Les émotions négatives provoquées par ces contenus, comme la peur, la tristesse ou l’impuissance, jouent un rôle clé dans ce lien entre exposition et détresse (Zhao et Zhou, 2020). Ces effets ont notamment été observés pendant la pandémie de COVID 19, où une consommation quotidienne de contenus anxiogènes était associée à davantage de symptômes de dépression, d’anxiété et de stress (Price et al., 2021; Lamba et al., 2023).    Chez les adolescent·e·s et les jeunes adultes, l’exposition répétée à des images violentes ou perturbantes peut aussi être liée à des symptômes de stress post traumatique, même sans avoir vécu directement les événements. Le visionnement d’images de guerre, de catastrophes ou de violence en ligne peut provoquer des réactions émotionnelles et physiques semblables à celles observées après un traumatisme direct. L’exposition répétée à la douleur des autres peut entraîner des symptômes comme des images intrusives, de l’hypervigilance, de l’évitement ou une détresse émotionnelle, comme l’a montré une étude menée auprès d’utilisateur·rice·s de réseaux sociaux (Mancini, 2019). Cela s’explique par la force des images et par le sentiment d’immersion qu’elles créent. Les événements représentés peuvent alors être perçus comme une menace pour soi.  Des impacts à court et à plus long terme Les impacts peuvent apparaître rapidement. Après quelques jours seulement d’exposition intensive, on observe souvent plus de stress, davantage d’émotions négatives, des images qui reviennent en tête et des troubles du sommeil (Price et al., 2021; Lamba et al., 2023).    Des effets plus durables ont aussi été observés. Des symptômes de stress post traumatique peuvent persister plusieurs mois chez des personnes indirectement exposées à des événements violents par les réseaux sociaux (Yamin et al., 2023).    Cela dit, les études actuelles comportent encore des limites. La plupart portent sur de courtes périodes, ce qui rend difficile de savoir comment ces effets évoluent à long terme pour l’ensemble des personnes exposées.  Pourquoi ces images nous affectent autant? Plusieurs facteurs expliquent pourquoi ces contenus peuvent avoir un impact important sur la santé mentale.    D’abord, ils provoquent des émotions très fortes. La peur, la colère et la tristesse augmentent la vulnérabilité à l’anxiété et aux symptômes dépressifs (Zhao et Zhou, 2020).    Ensuite, la répétition joue un rôle majeur. Revoir souvent des images similaires, en partie parce que les algorithmes les mettent de l’avant, peut maintenir un état de stress et rendre le retour au calme plus difficile. Ce phénomène, souvent associé au doomscrolling, est lié à une augmentation du stress traumatique secondaire et à une diminution du bien être psychologique (Taskin et al., 2024; Ang, 2025).    Avec le temps, certaines personnes peuvent aussi développer une vision plus négative ou plus insécurisante du monde, ce qui contribue à la détresse psychologique (Ang, 2025; Kennedy, 2023).  Comment se protéger? La recherche met en évidence deux grandes catégories de pistes pour se protéger des effets négatifs liés au visionnement de contenus violents en ligne. Certaines visent à prévenir en réduisant l’exposition à ces contenus, tandis que d’autres cherchent à mieux répondre au stress vécu lorsque l’exposition a déjà eu lieu, en favorisant le retour à un état de régulation émotionnelle et physiologique.    Sur le plan de la prévention, un premier ensemble de stratégies consiste à agir sur la quantité et la répétition de l’exposition. Réduire le temps passé sur les réseaux sociaux, éviter de visionner à répétition des vidéos choquantes et prendre volontairement des pauses numériques permet de limiter l’accumulation de contenus anxiogènes, particulièrement en période d’actualité intense (Zhao & Zhou, 2020; Price et al., 2021). L’utilisation des paramètres de contrôle du contenu, la désactivation de certaines recommandations algorithmiques et la diversification des sources d’information constituent également des leviers concrets pour diminuer l’exposition involontaire à des images violentes ou perturbantes.    Un second axe, complémentaire, concerne la manière de répondre au stress généré par le visionnement de ces contenus. Les vidéos violentes peuvent activer une réponse de stress sans offrir de possibilité réelle d’action, laissant l’organisme dans un état d’alerte prolongé. Dans cette perspective, plusieurs travaux suggèrent l’importance d’achever la réponse de stress, c’est-à-dire d’aider le corps à revenir à un état

Multitâche numérique : Sommes-nous réellement efficaces ou juste distraits ?

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Multitâche numérique : Sommes-nous réellement efficaces ou juste distraits ? Imaginez la scène : vous êtes dans votre cuisine en train de faire le souper. En arrière-plan, votre série préférée à la télévision. Vous suivez la recette de votre plat sur votre tablette qui est posée sur le comptoir et répondez à des courriels professionnels sur votre téléphone, sans oublier quelques minutes de scroll sur Instagram. Rien d’extraordinaire, n’est-ce pas ? C’est peut-être même une scène assez familière. Selon eMarketer (2018), les jeunes adultes ont tendance à combiner davantage l’utilisation de la télévision, des smartphones et des ordinateurs que les générations plus âgées.    Dans un monde qui est toujours plus saturé et qui file à toute vitesse, on cherche à accomplir mille choses à la fois. La multiplicité d’appareils et de plateforme nous permettent d’entrer en période de multitâche, et cela peut même nous donner l’impression d’être plus productifs. Mais quand on jongle avec tout à la fois, quelle qualité d’attention conserve-t-on ? Sommes-nous réellement efficaces ?  C’est quoi le multitâche numérique ? Depuis la première étude sur le comportement de multitâche médiatique publiée par Armstrong & Greenberg (1990), la recherche sur la pratique du multitâche numérique s’est largement développée. La définition scientifique la plus citée par les chercheur.e.s provient des travaux d’Ophir et al. (2009). Le multitâche numérique y est défini comme la consommation simultanée de deux médias ou plus. Il désigne aujourd’hui le fait de réaliser en même temps, ou en alternance rapide, deux tâches ou plus, dont au moins une implique un média numérique (Jeong & Hwang, 2012; Lang & Chrzan, 2015; Van Der Schuur et al., 2015). Cela peut aller du simple fait de s’engager dans une activité tout en en consultant une autre (Bowman et al., 2015; Wood & Zivcakova, 2015) à faire plusieurs choses en parallèle ou à basculer fréquemment d’une tâche à l’autre (Lin & Bigenho, 2015).     Deux points sont à souligner dans cette pratique : Tout d’abord, le multitâche numérique ne se limite pas à faire deux tâches en même temps (p.ex. Lire et manger). Il inclut des médias qui servent à se divertir (ex. écouter de la musique) ou à interagir socialement (ex. réseaux sociaux). Ensuite, contrairement à certaines tâches imposées (p.ex. suivre une réunion et prendre des notes), le multitâche numérique repose sur un choix libre : on décide soi-même d’ouvrir une appli ou de regarder une série, à tout moment. Ce caractère volontaire rend le comportement plus flexible (non imposé) et dynamique (qui change rapidement) (Drody et al., 2025).  Multitâche numérique, capacité d’attention et performance De plus en plus d’études s’intéressent au lien entre la pratique du multitâche numérique, les capacités cognitives (capacité à traiter, comprendre, raisonner avec les informations et se souvenir des informations (Dilchert, 2018)) et la performance. Parmi les capacités qu’ont notre cerveau, l’attention joue un rôle central. En effet, elle permet de sélectionner les informations importantes et d’ignorer les distractions, ce qui est essentiel pour que les autres fonctions cognitives (comme la mémoire, le raisonnement ou la prise de décision) puissent s’effectuer efficacement. Même si notre cerveau est capable de diriger volontairement notre attention vers une tâche spécifique, cette attention peut aussi être involontairement captée par d’autres éléments qui attirent l’œil, entraînant des distractions (Anderson, 2021; Wolfe et al., 1989). La documentation scientifique suggère d’ailleurs que des niveaux plus élevés de multitâche numérique sont associés à une baisse de l’attention et de la performance (Chen et al., 2025; Lopez & Orr, 2022; Luo et al., 2024; Sun & Chao, 2024; Zhong et al., 2025).    Par exemple, une étude expérimentale menée par Lopez & Orr (2022) a cherché à comprendre comment le fait de « multitâcher » avec les outils numériques influence les fonctions cognitives et savoir si les personnes qui font souvent du multitâche numérique sont plus facilement distraites et moins efficaces lorsqu’elles doivent gérer plusieurs tâches. Dans cette étude, les chercheurs ont créé un test qui ressemble à une situation réelle. Pendant que les participant.e.s faisaient une tâche principale (vérifier des équations), un popup apparaissait parfois à l’écran. Les participant.e.s pouvaient choisir de basculer vers la tâche affichée sur le popup ou non. Si la personne cliquaitsur la notification, elle était amenée à réaliser une petite tâche secondaire (compléter un début de mot), et donc, à s’adonner au multitâche. Si elle ignorait la notification, elle continuait la tâche principale. Les chercheurs regardaient ensuite qui parmi les participant.e.s cliquait, à quelle vitesse, et comment cela affectait la performance à la tâche principale. Les résultats ont montré que les personnes qui aimaient multitâcher mettaient plus de temps à revenir à leur tâche principale lorsqu’elles basculent vers la tâche secondaire ou mettaient plus de temps à réaliser la tâche principale, même sans distraction. Ces personnes étaient aussi plus sensibles aux distractions et avaient de la difficulté à les filtrer, c’est-à-dire qu’elles mettaient plus de temps à répondre à la tâche principale, même si elles ne changeaient pas de tâche lorsque le popup apparaissait.     Alors pourquoi adoptons-nous cette pratique ? Selon Drody et al. (2025), cinq grands facteurs favoriseraient le multitâche numérique. D’abord, les différences individuelles en matière de fonctions cognitives (dont l’attention) jouent un rôle important car les personnes qui ont du mal à rester concentrées ou qui sont facilement distraites sont plus susceptibles de “multitâcher”. Ensuite, certains traits de la personnalité sont associés aux comportements de multitâche ; la tendance à l’ennui, la recherche de sensation fortes et l’impulsivité seraient rattaché au comportement de multitâche, parfois pour réduire le stress ou améliorer l’humeur. À cela s’ajoute la perception de ses propres capacités à “multitâcher”, puisque les personnes qui se croient en mesure de gérer plusieurs tâches simultanément, même à tort, ont tendance à le faire davantage. Le jugement sur la valeur des tâches est également déterminant : si la tâche principale paraît ennuyeuse, on se tourne vers des activités plus gratifiantes comme la musique

Jeux gratuits, données payantes : comprendre le vrai coût du free-to-play 

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Jeux gratuits, données payantes : comprendre le vrai coût du free-to-play Derrière l’apparente gratuité des jeux mobiles se cache souvent un coût moins visible, où nos comportements et habitudes de jeu deviennent une véritable monnaie d’échange. Au cours des dernières semaines, le Collectif de recherche sur la communication, l’information et la vie privée (CRC-Jeu) a mis en lumière les risques liés à la collecte de données personnelles dans les jeux mobiles, notamment pour les enfants. Ce rapport souligne la normalisation d’un modèle économique qui, sous couvert de gratuité, transforme les activités de loisirs des jeunes en sources de données exploitables à des fins commerciales.    Mais les constats du CRC-Jeu ne touchent pas que les enfants. Les personnes adultes qui jouent à des jeux de type free-to-play (F2P) y sont exposées elles aussi, souvent sans en être pleinement conscientes.    Alors, à quoi nous exposons-nous réellement quand nous appuyons sur « Jouer gratuitement » ?  Le modèle free-to-play : quand gratuité rime avec collecte de données Les jeux F2P reposent sur une logique simple : attirer un large public grâce à un accès gratuit, puis rentabiliser les données recueillies auprès des personnes joueuses. Une étude portant sur plus de 6 700 jeux Android montre que près de 9 jeux gratuits sur 10 contiennent au moins un traqueur de données, contre 65 pour cent des jeux payants (Laperdrix et al., 2022). Ces traqueurs enregistrent les clics, la localisation et parfois les interactions sociales.    La transparence en matière de collecte de données reste limitée. Les politiques de confidentialité, souvent longues et techniques, semblent surtout répondre aux obligations légales plutôt qu’informer les utilisateur·trices de manière accessible (Qayyum et Ikram, 2025). Résultat : il devient difficile de comprendre quelles données sont collectées, comment elles sont utilisées et dans quel but.  Le paradoxe de la vie privée Beaucoup de personnes savent que leurs données sont recueillies, mais continuent de jouer. Ce paradoxe de la vie privée, marqué par la tension entre la conscience du risque et le plaisir du jeu, est bien documenté. Par exemple, une étude sur Pokémon Go montre que la majorité des joueur·euses se disent préoccupé·es par la collecte de données tout en acceptant les conditions d’utilisation sans les lire (Harborth et Pape, 2017). On observe donc un décalage clair entre les préoccupations exprimées et les comportements réels.    Certaines personnes sous-estiment aussi ce qui est effectivement recueilli. Plusieurs croient partager uniquement des données de base, alors que les jeux collectent la durée des sessions, la localisation et les interactions sociales (Bourdoucen, Nurgalieva et Lindqvist, 2023). Peu à peu, la surveillance devient un élément intégré, presque attendu, de l’expérience F2P.  Les risques derrière la transmission de nos données personnelles Les risques dépassent la simple publicité ciblée. Les données amassées permettent d’élaborer des profils comportementaux détaillés : habitudes de jeu, réactions émotionnelles, tolérance à la frustration ou propension à dépenser. Ces profils peuvent ensuite servir à personnaliser les offres, ajuster les prix ou déterminer le moment le plus efficace pour proposer un achat (Numminen, Viljanenet Pahikkala, 2022; Sulyma, 2025).    Certaines études évoquent aussi un risque d’exploitation psychologique lorsque les algorithmes repèrent les personnes les plus susceptibles de réagir à un stimulus particulier, par exemple après une série d’échecs. Cette personnalisation algorithmique, déjà bien implantée dans les réseaux sociaux et les jeux de hasard et d’argent, reproduit des dynamiques de renforcement comportemental (Reynolds, 2019; King et Delfabbro, 2018; Rehbein et al., 2024), brouillant la frontière entre divertissement, analyse comportementale et influence subtile.  Un modèle d’affaires accrocheur Le design des F2P est construit pour maximiser l’engagement. Des modèles prédictifs repèrent les moments où une personne risque de décrocher et déclenchent des incitations personnalisées (Numminen, Viljanen et Pahikkala, 2022).    Cette approche, inspirée du data-driven game design, crée une boucle d’influence entre la personne joueuse et le jeu (El-Nasr et Kleinman, 2020). On y retrouve les mêmes principes que ceux présentés sur SBEN.ca dans le modèle Hooked : déclencheur, action, récompense variable et engagement. En combinant notifications, récompenses imprévisibles et progression continue, les jeux gratuits offrent une expérience plaisante, mais difficile à quitter.    Ces stratégies visent à enrichir l’expérience, mais soulèvent des questions sur la frontière entre plaisir, habitude et perte de contrôle.  L’éthique en question : jouer, oui, mais à quel prix ? L’industrie du jeu vidéo fait face à un dilemme : comment innover sans franchir la limite où l’expérience devient contrainte ? Plusieurs chercheur·euses évoquent une crise éthique liée au recours à des mécaniques persuasives dans les F2P (Hyrynsalmi, Kimppa et Smed, 2020).    La rentabilité de ces jeux repose souvent sur une faible proportion de personnes très dépensières. Environ 2% des joueur·euses génèrent 20% des revenus des F2P (Sužnjević, Miklec et Postic, 2023). Cette réalité pousse certains studios à développer des stratégies d’accrochage spécifiquement destinées à cette petite fraction du public (Goncharova, 2017).    Un courant de design éthique émerge néanmoins. Il valorise la transparence, la clarté des coûts et le respect du temps des joueur·euses (Bergström et Söderström, 2024). Ce mouvement reste minoritaire, mais il reflète une évolution importante : dans un contexte où les données et le temps d’écran sont devenus des ressources économiques, la confiance risque de devenir un atout plus durable que la captation de l’attention.  Reprendre le contrôle : quelques pistes pour les personnes joueuses Il n’est pas nécessaire de renoncer aux jeux F2P pour se protéger, mais il est important d’en comprendre les mécanismes. Ces jeux reposent sur la collecte de données et la monétisation du temps d’écran : mieux vaut donc savoir à quoi on consent.    Avant d’installer un jeu gratuit :    Vérifiez les autorisations demandées. Si le jeu réclame l’accès à vos contacts, à votre micro ou à votre géolocalisation sans raison évidente, refusez.    Consultez les paramètres de confidentialité. Plusieurs jeux offrent la possibilité de désactiver certaines formes de suivi publicitaire ou de partage de données.    Favorisez

Outils numériques : comprendre les nuances entre un usage fonctionnel, usage intensif et usage problématique 

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Outils numériques : comprendre les nuances entre un usage fonctionnel, usage intensif et usage problématique Dans les transports publics, les cafés ou même dans nos lits, difficile d’échapper à la lumière bleue des écrans. Téléphones, ordinateurs, tablettes, montres, télévision : le numérique s’est tissé dans notre quotidien. Pour beaucoup, il s’agit d’un outil indispensable. Mais quand l’habitude devient un automatisme, et que cet automatisme prend de plus en plus de place, il est possible de se questionner sur la nature de cet usage.    Pour certaines personnes, il ne s’agit que d’un réflexe moderne, une habitude parmi d’autres. Pour d’autres, cet automatisme suscite des inquiétudes ou soulève des questions quant à un possible glissement vers un usage problématique.   Il est toutefois important de se rappeler que la grande majorité des comportements numériques du quotidien ne relèvent pas d’une pathologie. Comme le soulignent Billieux et ses collègues (2015), il faut éviter de transformer des habitudes courantes en symptômes, sauf lorsqu’elles entraînent une détresse ou une altération réelle de la qualité de vie. De même, tout usage des outils numériques n’est pas en soi indicateurd’une problématique (Charlton & Danforth, 2007).     À travers la littérature scientifique, cet article propose de mieux comprendre les différentes facettes de l’usage du numérique en mettant en lumière un continuum qui s’étend d’un usage fonctionnel et maîtrisé jusqu’à un usage susceptible d’affecter le bien-être.  Un usage « fonctionnel » des outils numériques L’usage des outils numériques est généralement considéré comme « fonctionnel » ou “équilibré” lorsque l‘outil utilisé répond à des besoins spécifiques (information, communication, apprentissage, tâches, divertissements, etc.) ; que son usage est contrôlé et n’entraine pas d’impact négatif significatif sur le bien-être. Certains chercheur.e.s parlent d’un usage volontaire et orienté vers la productivité, qui aide à atteindre ses objectifs personnels et professionnels (Linden et al., 2021; Nawaz, 2023, 2024). Dans cette perspective, un usage est dit « équilibré » lorsqu’il allie utilité fonctionnelle et bien-être psychologique : il s’agit d’un usage perçu comme plaisant, utile et maîtrisé, favorisant la satisfaction sans générer de stress ni d’anxiété liés à la surcharge numérique (Li et al., 2025). Ce type d’usage, centré sur des besoins précis et contrôlé par la personne utilisatrice, s’inscrit donc dans une démarche de bien-être numérique.  De l’usage équilibré à l’usage intensif Le degré d’usage des outils numériques varie fortement d’une personne à l’autre. Certaines les utilisent de manière particulièrement intensive, notamment en raison du temps qu’elles y consacrent. Plusieurs études définissent l’usage intensif, et parfois l’usage problématique, par une utilisation prolongée d’un appareil numérique : plus de 4 heures par jour ou 30 heures par semaine, parfois pour faire plusieurs tâches en même temps. D’autres parlent de temps prolongé et perte de la notion du temps (time distortion), où l’utilisateur reste connecté bien plus longtemps que prévu (Basel et al., 2020).     A partir d’ici, la frontière entre usage intensif et usage problématique semble floue. Le temps passé en ligne constitue un indicateur utile, mais insuffisante pour qualifier un usage problématique. En effet, un temps d’écran élevé n’est pas nécessairement synonyme de dépendance ou de problématique tant que cet usage reste maîtrisé (Buda & Kovács, 2024). Par exemple, passer plusieurs heures sur les réseaux sociaux ou en télétravail peut relever d’un usage intensif, mais non problématique si les activités restent fonctionnelles et planifiées. En revanche, si 2 heures de jeux vidéo en ligne entraînent des retards, une baisse de performance et des conflits avec son entourage, on peut considérer que cet usage se qualifie de problématique.   La frontière entre usage intensif et problématique commence à se dessiner Le concept d’usage problématique des outils numérique suscite encore de vifs débats dans la communauté scientifique, et les frontières entre les différents niveaux d’usages (fonctionnel à problématique) ne sont pas tout à fait définies. À ce jour, seul le trouble du jeu vidéo sur Internet est officiellement reconnu comme un trouble de santé mentale dans la Classification Internationale des maladies (CIM-11) (OMS, 2022). Les autres formes d’utilisation des outils numérique, comme les réseaux sociaux ou le visionnement en continue (streaming) sont encore à l’étude.    Selon la documentation scientifique, en plus du temps important passé sur les outils numériques, l’usage problématique se caractérise par un usage excessif (beaucoup « trop »)  et compulsif (envie irrésistible, difficile à contrôler) des appareils. Cet usage est souvent accompagné d’une perte de contrôle malgré les conséquences négatives qui sont connues de la personne utilisatrice. Un phénomène d’envahissement mental est rapporté, à savoir des préoccupations liées à l’absence de l’outil ou le fait de ne pas pouvoir l’utiliser. Certains auteurs rapportent également la présence de symptômes comme la tolérance (besoin d’augmenter le temps d’utilisation) et de sevrage (irritabilité, anxiété), symptômes typiques de la dépendance, lorsque la personne n’a pas accès à ses outils numériques. Sur le plan des conséquences associées, la documentation scientifique rapporte des problèmes sociaux (isolement, conflits), scolaires ou professionnels (baisse de performance) et émotionnels (stress, anxiété, dépression) (Basel et al., 2020).     Ainsi, l’usage problématique des outils numériques ne peut être réduit à une simple question de temps d’écran. Il renvoie plutôt à un ensemble de dynamiques complexes où l’usage du numérique devient envahissant, prend une place excessive dans la vie quotidienne et finit par déséquilibrer la relation entre besoins, plaisir et contrôle. Autrement dit, un usage intensif, souvent mesuré par le nombre d’heures passées en ligne, peut susciter des inquiétudes, mais ne constitue pas en soi un signe de trouble. C’est plutôt la qualité de la relation à l’outil, son impact sur le bien-être, les performances et les relations sociales qui déterminent le caractère problématique de l’usage.     Devant la difficulté à savoir quand l’usage du numérique devient préoccupant, il est légitime de chercher des repères. L’article « Utilisation des écrans : quand se poser des questions ? » soulève justement ces interrogations et offre des éléments concrets pour évaluer son propre équilibre numérique.   Que retenir ? Chaque usage numérique doit être interprété à

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