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Outils numériques : comprendre les nuances entre un usage fonctionnel, usage intensif et usage problématique

Dans les transports publics, les cafés ou même dans nos lits, difficile d’échapper à la lumière bleue des écrans. Téléphones, ordinateurs, tablettes, montres, télévision : le numérique s’est tissé dans notre quotidien. Pour beaucoup, il s’agit d’un outil indispensable. Mais quand l’habitude devient un automatisme, et que cet automatisme prend de plus en plus de place, il est possible de se questionner sur la nature de cet usage. 

 

Pour certaines personnes, il ne s’agit que d’un réflexe moderne, une habitude parmi d’autres. Pour d’autres, cet automatisme suscite des inquiétudes ou soulève des questions quant à un possible glissement vers un usage problématique. 
 

Il est toutefois important de se rappeler que la grande majorité des comportements numériques du quotidien ne relèvent pas d’une pathologie. Comme le soulignent Billieux et ses collègues (2015), il faut éviter de transformer des habitudes courantes en symptômes, sauf lorsqu’elles entraînent une détresse ou une altération réelle de la qualité de vie. De même, tout usage des outils numériques n’est pas en soi indicateurd’une problématique (Charlton & Danforth, 2007) 

 

À travers la littérature scientifique, cet article propose de mieux comprendre les différentes facettes de l’usage du numérique en mettant en lumière un continuum qui s’étend d’un usage fonctionnel et maîtrisé jusqu’à un usage susceptible d’affecter le bien-être. 

Un usage « fonctionnel » des outils numériques

L’usage des outils numériques est généralement considéré comme « fonctionnel » ou “équilibré” lorsque l‘outil utilisé répond à des besoins spécifiques (information, communication, apprentissage, tâches, divertissements, etc.) ; que son usage est contrôlé et n’entraine pas d’impact négatif significatif sur le bien-être. Certains chercheur.e.s parlent d’un usage volontaire et orienté vers la productivité, qui aide à atteindre ses objectifs personnels et professionnels (Linden et al., 2021; Nawaz, 2023, 2024). Dans cette perspective, un usage est dit « équilibré » lorsqu’il allie utilité fonctionnelle et bien-être psychologique : il s’agit d’un usage perçu comme plaisant, utile et maîtrisé, favorisant la satisfaction sans générer de stress ni d’anxiété liés à la surcharge numérique (Li et al., 2025). Ce type d’usage, centré sur des besoins précis et contrôlé par la personne utilisatrice, s’inscrit donc dans une démarche de bien-être numérique. 

De l’usage équilibré à l’usage intensif

Le degré d’usage des outils numériques varie fortement d’une personne à l’autre. Certaines les utilisent de manière particulièrement intensive, notamment en raison du temps qu’elles y consacrent. Plusieurs études définissent l’usage intensif, et parfois l’usage problématique, par une utilisation prolongée d’un appareil numérique : plus de 4 heures par jour ou 30 heures par semaine, parfois pour faire plusieurs tâches en même temps. D’autres parlent de temps prolongé et perte de la notion du temps (time distortion), où l’utilisateur reste connecté bien plus longtemps que prévu (Basel et al., 2020) 

 

A partir d’ici, la frontière entre usage intensif et usage problématique semble floue. Le temps passé en ligne constitue un indicateur utile, mais insuffisante pour qualifier un usage problématique. En effet, un temps d’écran élevé n’est pas nécessairement synonyme de dépendance ou de problématique tant que cet usage reste maîtrisé (Buda & Kovács, 2024). Par exemple, passer plusieurs heures sur les réseaux sociaux ou en télétravail peut relever d’un usage intensif, mais non problématique si les activités restent fonctionnelles et planifiées. En revanche, si 2 heures de jeux vidéo en ligne entraînent des retards, une baisse de performance et des conflits avec son entourage, on peut considérer que cet usage se qualifie de problématique.  

La frontière entre usage intensif et problématique commence à se dessiner

Le concept d’usage problématique des outils numérique suscite encore de vifs débats dans la communauté scientifique, et les frontières entre les différents niveaux d’usages (fonctionnel à problématique) ne sont pas tout à fait définies. À ce jour, seul le trouble du jeu vidéo sur Internet est officiellement reconnu comme un trouble de santé mentale dans la Classification Internationale des maladies (CIM-11) (OMS, 2022). Les autres formes d’utilisation des outils numérique, comme les réseaux sociaux ou le visionnement en continue (streaming) sont encore à l’étude. 

 

Selon la documentation scientifique, en plus du temps important passé sur les outils numériques, l’usage problématique se caractérise par un usage excessif (beaucoup « trop »)  et compulsif (envie irrésistible, difficile à contrôler) des appareils. Cet usage est souvent accompagné d’une perte de contrôle malgré les conséquences négatives qui sont connues de la personne utilisatrice. Un phénomène d’envahissement mental est rapporté, à savoir des préoccupations liées à l’absence de l’outil ou le fait de ne pas pouvoir l’utiliser. Certains auteurs rapportent également la présence de symptômes comme la tolérance (besoin d’augmenter le temps d’utilisation) et de sevrage (irritabilité, anxiété), symptômes typiques de la dépendance, lorsque la personne n’a pas accès à ses outils numériques. Sur le plan des conséquences associées, la documentation scientifique rapporte des problèmes sociaux (isolement, conflits), scolaires ou professionnels (baisse de performance) et émotionnels (stress, anxiété, dépression) (Basel et al., 2020) 

 

Ainsi, l’usage problématique des outils numériques ne peut être réduit à une simple question de temps d’écran. Il renvoie plutôt à un ensemble de dynamiques complexes où l’usage du numérique devient envahissant, prend une place excessive dans la vie quotidienne et finit par déséquilibrer la relation entre besoins, plaisir et contrôle. Autrement dit, un usage intensif, souvent mesuré par le nombre d’heures passées en ligne, peut susciter des inquiétudes, mais ne constitue pas en soi un signe de trouble. C’est plutôt la qualité de la relation à l’outil, son impact sur le bien-être, les performances et les relations sociales qui déterminent le caractère problématique de l’usage.  

 

Devant la difficulté à savoir quand l’usage du numérique devient préoccupant, il est légitime de chercher des repères. L’article « Utilisation des écrans : quand se poser des questions ? » soulève justement ces interrogations et offre des éléments concrets pour évaluer son propre équilibre numérique 

Que retenir ?

Chaque usage numérique doit être interprété à la lumière de son contexte, de ses motivations et de ses effets sur la vie quotidienne. Il ne s’agit ni de banaliser des comportements susceptibles de devenir problématiques, ni de pathologiser des pratiques ordinaires et parfois nécessaires à la vie personnelle, sociale ou professionnelle. Ce qui importe, c’est d’observer la place que prend le numérique dans la vie de la personne : lorsqu’il reste un outil au service des besoins et du bien-être, il demeure fonctionnel ; lorsqu’il commence à s’imposer au détriment d’autres sphères de vie, il devient source de déséquilibre. 

 

En cas de doute, des ressources existent pour accompagner et favoriser un bien-être numérique. De simples gestes intégrés au quotidien peuvent aider à garder un équilibre dans notre relation avec ces outils qui sont à notre disposition pour faciliter notre quotidien. 

Article écrit par Rasoamiadana Volanirina Rasolofomamonjy

Références 

 

Basel, A., McAlaney, J., Skinner, T., Pleva, M., & Ali, R. (2020). Defining digital addiction : Key features from the literature. Psihologija, 53(3), 237‑253. https://doi.org/10.2298/PSI191029017A 

 

Buda, A., & Kovács, K. (2024). The digital aspects of the wellbeing of university teachers. Frontiers in Education, 9, 1406141. https://doi.org/10.3389/feduc.2024.1406141 

 

Charlton, J. P., & Danforth, I. D. W. (2007). Distinguishing addiction and high engagement in the context of online game playing. Computers in Human Behavior, 23(3), 1531‑1548. https://doi.org/10.1016/j.chb.2005.07.002 

 

Li, J., Jin, M., & Chen, X. (2025). Understanding continued use of smart learning platforms : Psychological wellbeing in an extended TAM-ISCM model. Frontiers in Psychology, 16, 1521174. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2025.1521174 

 

Linden, T., Nawaz, S., & Mitchell, M. (2021). Adults’ perspectives on smartphone usage and dependency in Australia. Computers in Human Behavior Reports, 3, 100060. https://doi.org/10.1016/j.chbr.2021.100060 

 

Nawaz, S. (2023). Rethinking classifications and metrics for problematic smartphone use and dependence : Addressing the call for reassessment. Computers in Human Behavior Reports, 12, 100327. https://doi.org/10.1016/j.chbr.2023.100327 

 

Nawaz, S. (2024). Distinguishing between effectual, ineffectual, and problematic smartphone use : A comprehensive review and conceptual pathways model for future research. Computers in Human Behavior Reports, 14, 100424. https://doi.org/10.1016/j.chbr.2024.100424 

 

OMS. (2022). ICD-11 for Mortality and Morbidity Statistics. https://icd.who.int/browse/2025-01/mms/en#877352786 

 

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