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Nomophobie : comprendre cette forme d’anxiété moderne

Un instant de panique : le téléphone n’est pas là ! On fouille ses poches, son sac…on palpite… et on réalise à quel point cet objet nous est devenu indispensable. Cette sensation que l’on appelle “nomophobie” est loin d’être un cas isolé. Un nouveau mot dans le jargon de la science, un nouveau phénomène à l’étude. Dans cet article, nous tenterons d’y apporter un éclairage à travers la littérature scientifique existante. 

Comprendre la nomophobie

La nomophobie trouve son origine en 2008 au Royaume-Uni, lorsque la UK Post Office a mené une étude pour explorer l’anxiété liée à l’absence de téléphone portable. Le terme est en réalité une contraction de « no-mobile-phone phobia », désignant la peur « irrationnelle » de ne pas avoir accès à son téléphone (Yildirim & Correia, 2015). Selon le Cambridge Dictionnary, il s’agit d’une inquiétude ou d’une angoisse à l’idée d’être séparé de son téléphone ou de ne pas pouvoir l’utiliser (Cambridge dictionary, s. d.). Depuis, le mot nomophobie est largement repris dans la littérature scientifique pour décrire cette anxiété (King et al., 2013). Les jeunes adultes seraient parmi les plus vulnérables à la nomophobie (Daei et al., 2019; Notara et al., 2021).  

 

Il faut savoir que des niveaux élevés d’utilisation des nouvelles technologies, y compris du téléphone portable, ne sont pas forcément pathologiques à moins qu’ils ne soient liés à des conséquences négatives (Charlton & Danforth, 2007). D’ailleurs, la nomophobie n’est pas encore classé comme un trouble officiel mais est largement discuté comme étant une forme d’anxiété (American Psychiatric Association, 2022; Li et al., 2025). Certains auteurs jugent même que le terme « phobie » est exagéré étant donné que le principal élément émotionnel commun aux différentes définitions semble être l’anxiété plutôt que la peur (Li et al., 2025).  

Les théories autour de la nomophobie

Dans une récente synthèse de la littérature, Li et al. (2025) regroupent différentes théories en trois perspectives pour expliquer la nomophobie. Premièrement, la perspective négative considère la relation entre l’humain et la technologie sous un angle critique, qualifiant la technologie de « substance addictive ». Cette perspective voit la nomophobie comme une addiction au téléphone ou à Internet, ce qui aide à comprendre les cas graves, mais ne reflète pas bien le fait que, pour la plupart des gens, être souvent connectés fait simplement partie de la vie quotidienne. 

 

Ensuite, la perspective neutre explique la nomophobie comme une réaction naturelle à notre besoin constant de rester connectés : quand ce besoin d’information et de lien n’est pas comblé, il crée stress, anxiété ou habitudes de vérification excessive, sans que cela soit forcément une addiction. Elle met aussi l’accent sur l’habitude d’être «toujours en ligne», la peur de manquer quelque chose (FoMO) ou le stress numérique. 

 

Enfin, la perspective positive voit la nomophobie comme le reflet d’un lien émotionnel et identitaire avec la technologie : les téléphones ne sont plus seulement des outils, mais des objets de réconfort et des « extensions de nous-mêmes », même si cette relation reste difficile à définir précisément. 

 

Une autre théorie émerge de ces dernières où la nomophobie est expliquée à travers la « théorie de l’extension virtuelle des capacités par Internet ». Selon Li et al. (2025), Internet serait une extension immatérielle et fonctionnelle du soi, essentielle à la vie moderne : une dépendance non pathologique mais naturelle, issue de l’intégration du numérique dans notre vie quotidienne… A suivre ! 

Les bonnes pratiques

Dans un monde où être connecté est devenu une norme, se détacher de son téléphone peut être une source d’inconfort. Afin de trouver un bon équilibre, il existe des micro-habitudes que nous pouvons intégrer avec douceur à nos routines qui pourraient aider à mieux gérer l’usage du téléphone, nous détacher de celui-ci de temps à autre et limiter l’anxiété liée à son absence. 

En conclusion…

Le champ de la nomophobie reste encore en phase exploratoire, c’est-à-dire que les chercheurs commencent tout juste à identifier ses causes, ses manifestations et les théories qui peuvent l’expliquer. Les différentes théories qui ont été présentées offrent des visions complémentaires de ce phénomène, mais aucune ne le saisit dans sa totalité. Des recherches plus approfondies seront nécessaires pour en cerner pleinement les contours.  

Article écrit par Rasoamiadana Volanirina Rasolofomamonjy

Références 

 

American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5-TR). American Psychiatric Association Publishing. https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425787 

 

Cambridge dictionary. (s. d.). Nomophobia. Consulté 9 octobre 2025, à l’adresse https://dictionary.cambridge.org/fr/dictionnaire/anglais/nomophobia 

 

Charlton, J. P., & Danforth, I. D. W. (2007). Distinguishing addiction and high engagement in the context of online game playing. Computers in Human Behavior, 23(3), 1531‑1548. https://doi.org/10.1016/j.chb.2005.07.002 

 

Daei, A., Ashrafi-rizi, H., & Soleymani, M. R. (2019). Nomophobia and Health Hazards : Smartphone Use and Addiction Among University Students. International Journal of Preventive Medicine, 10(1). https://doi.org/10.4103/ijpvm.IJPVM_184_19 

 

King, A. L. S., Valença, A. M., Silva, A. C. O., Baczynski, T., Carvalho, M. R., & Nardi, A. E. (2013). Nomophobia : Dependency on virtual environments or social phobia? Computers in Human Behavior, 29(1), 140‑144. https://doi.org/10.1016/j.chb.2012.07.025 

 

Li, J., Chen, W., & Liu, Z. (2025). Addiction, donut, or extended self : An interpretive analysis of nomophobia. Well-Being Sciences Review, 1(1), 31‑47. https://doi.org/10.54844/wsr.2025.0905 

 

Notara, V., Vagka, E., Gnardellis, C., & Lagiou, A. (2021). The Emerging Phenomenon of Nomophobia in Young Adults : A Systematic Review Study. Addiction and Health, 13(2). https://doi.org/10.22122/ahj.v13i2.309 

 

Yildirim, C., & Correia, A.-P. (2015). Exploring the dimensions of nomophobia : Development and validation of a self-reported questionnaire. Computers in Human Behavior, 49, 130‑137. https://doi.org/10.1016/j.chb.2015.02.059 

 

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