Nomophobie : comprendre cette forme d’anxiété moderne

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Nomophobie : comprendre cette forme d’anxiété moderne Un instant de panique : le téléphone n’est pas là ! On fouille ses poches, son sac…on palpite… et on réalise à quel point cet objet nous est devenu indispensable. Cette sensation que l’on appelle “nomophobie” est loin d’être un cas isolé. Un nouveau mot dans le jargon de la science, un nouveau phénomène à l’étude. Dans cet article, nous tenterons d’y apporter un éclairage à travers la littérature scientifique existante. Comprendre la nomophobie La nomophobie trouve son origine en 2008 au Royaume-Uni, lorsque la UK Post Office a mené une étude pour explorer l’anxiété liée à l’absence de téléphone portable. Le terme est en réalité une contraction de « no-mobile-phone phobia », désignant la peur « irrationnelle » de ne pas avoir accès à son téléphone (Yildirim & Correia, 2015). Selon le Cambridge Dictionnary, il s’agit d’une inquiétude ou d’une angoisse à l’idée d’être séparé de son téléphone ou de ne pas pouvoir l’utiliser (Cambridge dictionary, s. d.). Depuis, le mot nomophobie est largement repris dans la littérature scientifique pour décrire cette anxiété (King et al., 2013). Les jeunes adultes seraient parmi les plus vulnérables à la nomophobie (Daei et al., 2019; Notara et al., 2021). Il faut savoir que des niveaux élevés d’utilisation des nouvelles technologies, y compris du téléphone portable, ne sont pas forcément pathologiques à moins qu’ils ne soient liés à des conséquences négatives (Charlton & Danforth, 2007). D’ailleurs, la nomophobie n’est pas encore classé comme un trouble officiel mais est largement discuté comme étant une forme d’anxiété (American Psychiatric Association, 2022; Li et al., 2025). Certains auteurs jugent même que le terme « phobie » est exagéré étant donné que le principal élément émotionnel commun aux différentes définitions semble être l’anxiété plutôt que la peur (Li et al., 2025). Les théories autour de la nomophobie Dans une récente synthèse de la littérature, Li et al. (2025) regroupent différentes théories en trois perspectives pour expliquer la nomophobie. Premièrement, la perspective négative considère la relation entre l’humain et la technologie sous un angle critique, qualifiant la technologie de « substance addictive ». Cette perspective voit la nomophobie comme une addiction au téléphone ou à Internet, ce qui aide à comprendre les cas graves, mais ne reflète pas bien le fait que, pour la plupart des gens, être souvent connectés fait simplement partie de la vie quotidienne. Ensuite, la perspective neutre explique la nomophobie comme une réaction naturelle à notre besoin constant de rester connectés : quand ce besoin d’information et de lien n’est pas comblé, il crée stress, anxiété ou habitudes de vérification excessive, sans que cela soit forcément une addiction. Elle met aussi l’accent sur l’habitude d’être «toujours en ligne», la peur de manquer quelque chose (FoMO) ou le stress numérique. Enfin, la perspective positive voit la nomophobie comme le reflet d’un lien émotionnel et identitaire avec la technologie : les téléphones ne sont plus seulement des outils, mais des objets de réconfort et des « extensions de nous-mêmes », même si cette relation reste difficile à définir précisément. Une autre théorie émerge de ces dernières où la nomophobie est expliquée à travers la « théorie de l’extension virtuelle des capacités par Internet ». Selon Li et al. (2025), Internet serait une extension immatérielle et fonctionnelle du soi, essentielle à la vie moderne : une dépendance non pathologique mais naturelle, issue de l’intégration du numérique dans notre vie quotidienne… A suivre ! Les bonnes pratiques Dans un monde où être connecté est devenu une norme, se détacher de son téléphone peut être une source d’inconfort. Afin de trouver un bon équilibre, il existe des micro-habitudes que nous pouvons intégrer avec douceur à nos routines qui pourraient aider à mieux gérer l’usage du téléphone, nous détacher de celui-ci de temps à autre et limiter l’anxiété liée à son absence. En conclusion… Le champ de la nomophobie reste encore en phase exploratoire, c’est-à-dire que les chercheurs commencent tout juste à identifier ses causes, ses manifestations et les théories qui peuvent l’expliquer. Les différentes théories qui ont été présentées offrent des visions complémentaires de ce phénomène, mais aucune ne le saisit dans sa totalité. Des recherches plus approfondies seront nécessaires pour en cerner pleinement les contours. Article écrit par Rasoamiadana Volanirina Rasolofomamonjy Références American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5-TR). American Psychiatric Association Publishing. https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425787 Cambridge dictionary. (s. d.). Nomophobia. Consulté 9 octobre 2025, à l’adresse https://dictionary.cambridge.org/fr/dictionnaire/anglais/nomophobia Charlton, J. P., & Danforth, I. D. W. (2007). Distinguishing addiction and high engagement in the context of online game playing. Computers in Human Behavior, 23(3), 1531‑1548. https://doi.org/10.1016/j.chb.2005.07.002 Daei, A., Ashrafi-rizi, H., & Soleymani, M. R. (2019). Nomophobia and Health Hazards : Smartphone Use and Addiction Among University Students. International Journal of Preventive Medicine, 10(1). https://doi.org/10.4103/ijpvm.IJPVM_184_19 King, A. L. S., Valença, A. M., Silva, A. C. O., Baczynski, T., Carvalho, M. R., & Nardi, A. E. (2013). Nomophobia : Dependency on virtual environments or social phobia? Computers in Human Behavior, 29(1), 140‑144. https://doi.org/10.1016/j.chb.2012.07.025 Li, J., Chen, W., & Liu, Z. (2025). Addiction, donut, or extended self : An interpretive analysis of nomophobia. Well-Being Sciences Review, 1(1), 31‑47. https://doi.org/10.54844/wsr.2025.0905 Notara, V., Vagka, E., Gnardellis, C., & Lagiou, A. (2021). The Emerging Phenomenon of Nomophobia in Young Adults : A Systematic Review Study. Addiction and Health, 13(2). https://doi.org/10.22122/ahj.v13i2.309 Yildirim, C., & Correia, A.-P. (2015). Exploring the dimensions of nomophobia : Development and validation of a self-reported questionnaire. Computers in Human Behavior, 49, 130‑137. https://doi.org/10.1016/j.chb.2015.02.059 Tous nos articles
Santé mentale par le numérique : les applications sont-elles efficaces ?

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Santé mentale par le numérique : les applications sont-elles efficaces ? Aujourd’hui, il existe une application (appli) pour presque tout : se divertir, apprendre une nouvelle langue, faire du sport, mieux dormir, gérer son stress, méditer … Parmi elles, les applis dédiées à la santé mentale deviennent de plus en plus populaires. Ce n’est surement pas un hasard : les troubles de santé mentale représentent un enjeu majeur de santé publique (Fan et al., 2025), et l’Organisation mondiale de la santé souligne que le bien-être mental constitue un des piliers fondamentaux de la santé globale (OMS, s. d.). Les applis de santé mentale promettent d’améliorer la santé mentale en offrant un accompagnement personnalisé et accessible. Mais derrière cette promesse, une question essentielle se pose : ces applis peuvent-elles réellement améliorer notre santé mentale ? Pour essayer de répondre à cette question, l’équipe de SBEN a fait le point sur les écrits scientifiques récents afin de vous donner une vue d’ensemble des états de connaissances actuelles sur le sujet. Sur quoi reposent les applis de santé mentale ? La plupart des applis de santé mentale reposent sur des approches reconnues comme la pleine conscience, la thérapie cognitivo-comportementale, la thérapie d’acceptation et d’engagement, et la psychologie positive. Certaines combinent ces différentes approches (Eisenstadt et al., 2021; Yin et al., 2020). Une grande variété de fonctionnalités technologiques Les applis de santé mentale offrent plusieurs fonctionnalités. Elles permettent, par exemple, de faire un suivi de l’humeur en sélectionnant une émotion dans une liste ou en décrivant par écrit ce que l’on ressent, souvent en ajoutant des précisions sur le moment et le contexte. Certaines proposent des questionnaires et des outils d’autoévaluation pour faire le point sur son bien-être et suggérer des activités adaptées. Des applications proposent des activités de méditation guidée ou des exercices de respiration pour favoriser la détente. Elles offrent aussi du contenu psychoéducatif sous forme de vidéos, de quiz ou de défis interactifs afin d’en apprendre davantage sur la santé mentale. Pour rendre l’expérience plus engageante, certaines intègrent des histoires ou des jeux assortis de récompenses virtuelles. Des notifications, comme des rappels ou des messages positifs, peuvent également aider à maintenir les efforts dans le temps. Enfin, certaines applications mettent à disposition des outils conversationnels (chatbots) capables d’échanger avec l’utilisateur·rice et de l’accompagner dans ses réflexions. Les preuves scientifiques sur leur efficacité ? Alors que de nombreuses applis de santé mentale semblent prometteuses, en particulier pour la gestion de certains symptômes anxieux, seule une petite fraction ont fait l’objet d’études scientifiques. Les études suggèrent que les applis de santé mentale auraient un effet généralement positif mais très modeste sur le bien-être, le stress, l’anxiété, et en matière de gestion émotionnelle. Leur impact sur les symptômes dépressifs reste limité (Eisenstadt et al., 2021; Gál et al., 2021; Magwood et al., 2024; Schwartz et al., 2023). Ces effets sont souvent temporaires et plus marqués lorsque les participant·e·s aux études ont peu de contact avec les chercheur·e·s (Gál et al., 2021). Bien que prometteurs, les résultats doivent être interprétés avec prudence. En effet, les résultats sont inconstants et parfois contradictoires. Plusieurs limites méthodologiques sont à considérer : la grande diversité des applications rend les comparaisons difficiles, les études reposent souvent sur de petits échantillons composés de participant·e·s très motivé·e·s et peu diversifié·e·s, et elles évaluent les impacts sur de courtes périodes seulement (Dandil & Kingston, 2025; Moore et al., 2024; Schwartz et al., 2023). L’utilisation que font les personnes de ces applications varie aussi grandement, et les mécanismes précis expliquant leur efficacité demeurent encore mal compris (Dandil & Kingston, 2025). De plus, des facteurs clés comme le stress familial, professionnel ou les différences culturelles sont rarement pris en compte (Plotkina et al., 2025). Un autre enjeu réside dans l’écart entre les applications évaluées dans les recherches et celles qui sont réellement utilisées par le grand public (Wasil et al., 2022). Les effets potentiellement négatifs ainsi que la rentabilité de ces outils n’ont presque pas été étudiés. Enfin, le biais de publication, qui favorise la diffusion des résultats démontrant des effets positifs, et les conflits d’intérêts, notamment lorsque les chercheur·e·s sont associé·e·s aux entreprises qui développent les applications, suscitent des préoccupations importantes concernant la crédibilité des données (Eisenstadt et al., 2021; Gál et al., 2021; Plotkina et al., 2025). Pas si accessibles que ça … Au-delà de leurs fonctionnalités, la question des coûts et de l’accessibilité des applications de santé mentale soulève aussi des enjeux importants. La plupart des applis de santé mentale sont gratuites ou peu coûteuses, ce qui peut réduire les barrières financières et améliorer l’accessibilité (Wasil et al., 2022 ; Yin et al., 2020). Toutefois, ces applis gratuites présentent souvent des fonctionnalités limitées, peuvent manquer d’interventions fondées sur des preuves, ou encore monétiser les données des utilisateurs (Wasil et al., 2022). En revanche, les applis payantes tendent à offrir un soutien plus complet, mais leur coût peut exclure les personnes à faible revenu, ce qui risque de renforcer les inégalités en matière de santé (Wasil et al., 2022). Malgré leur potentiel, ces applis sont rarement remboursées par les assurances ou les systèmes de santé, ce qui limite encore leur accessibilité (Powell et al., 2019). Vie privée (et sécurité) ! De nombreuses applications de santé mentale soulèvent des préoccupations importantes en matière de vie privée et de sécurité des données. Certaines demandent des autorisations sensibles, présentent des failles de codage ou transmettent des informations personnelles de manière non sécurisée, notamment des identifiants uniques pouvant être associés à une personne précise (Saini et al., 2022). Les données sensibles, comme les mots de passe ou les identifiants, sont parfois mal protégées, voire accessibles, et les politiques de confidentialité sont souvent absentes, vagues, incomplètes ou difficiles à comprendre (O’Loughlin et al., 2019; Powell et al., 2018). Dans certains cas, les applications commencent à collecter des données avant même d’en informer l’utilisateur·rice, ce qui nuit
La culture du streaming : entre divertissement et enjeu pour le bien-être

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. La culture du streaming : entre divertissement et enjeu pour le bien-être Depuis quelques années, et surtout depuis la pandémie de Covid-19, les plateformes de diffusion continue (ou communément streaming) connaissent une popularité fulgurante. Netflix en est un bon exemple avec ses 301,6 millions d’abonné·e·s payant·e·s à la fin de 2024 (Jammot, 2025). Du côté des jeux vidéo, Twitch a lui aussi vu son nombre de spectateurs bondir depuis la pandémie (SullyGnome, 2025). Résultat, la taille de marché mondial des jeux en streaming atteignait 7,9 milliards en 2023 tandis que celui des films en streaming était environ de 53,2 milliards de dollars Américains en 2024 (Wise Guy Reports, 2025a, 2025b). Au Canada, la tendance est tout aussi marquée. Les ménages dépensent en moyenne 45 $ par mois pour leurs abonnements, visionnent environ 3,5 heures de contenu chaque jour et près de 74 % des foyers comptent deux abonnements ou plus à des plateformes de streaming (Muzaffar, 2025). Derrière cette apparente simplicité et le côté ludique des plateformes de streaming, pensées pour nous divertir, se cachent pourtant des stratégies marketing redoutables, conçues pour capter notre attention et nous fidéliser. Dans cet article, on explore ensemble l’univers du streaming, ses avantages mais aussi certains enjeux. Le panorama du streaming Le streaming, c’est beaucoup plus qu’une simple façon de regarder des séries ou des films. Il s’agit d’une méthode de diffusion en ligne qui permet de lire des contenus multimédias sans avoir à les télécharger (Le Robert, s. d.). On distingue deux grandes formes : le streaming en direct, qui permet de suivre un événement au moment même où il se déroule, et le streaming en différé, où les contenus sont disponibles à la demande, quand on veut et où on veut. Et attention, le streaming ne concerne pas que nos yeux. Bien sûr, il englobe les vidéos à la demande comme sur Netflix, la télévision en ligne comme Arte.tv, ou encore les diffusions en direct sur Instagram Live. Dans le domaine du jeu, il peut s’agir d’assister à des parties diffusées en direct, de jouer en ligne sans téléchargement, ou encore de suivre des compétitions d’e-sport. Mais le streaming, c’est aussi nos oreilles : musique, balados, radios en ligne, livres audios ou même contenus de relaxation. De plus en plus, le streaming s’invite aussi dans nos corps et nos routines. Des plateformes proposent des séances de yoga, d’entraînement physique ou encore des soins à distance. On le retrouve aussi dans les retransmissions sportives, dans l’éducation (cours en ligne et conférences), dans le commerce en direct, lors de cérémonies religieuses ou même dans des systèmes de surveillance vidéo. Selon la manière dont on interagit, le streaming peut être passif (simple visionnage), interactif (avec échanges en direct), immersif (en réalité virtuelle) ou partagé entre plusieurs utilisateurs. Bref, le streaming fait désormais partie de notre quotidien sous toutes ses formes, au point de brouiller les frontières entre divertissement, apprentissage, travail et même santé. Pourquoi ces plateformes captent autant l’attention ? Plusieurs raisons expliquent pourquoi les plateformes de streaming occupent une place si importante dans nos vies numériques. D’un côté, des études montrent que la commodité, le plaisir, l’innovation personnelle et parfois même l’attrait du visionnage intensif motivent leur utilisation (Singh et al., 2021). Les motivations varient selon les besoins : on peut chercher à apprendre quelque chose de nouveau, à vivre des émotions ou simplement à se divertir. Pour plusieurs, l’aspect communautaire est aussi essentiel. Discuter ou partager autour d’un contenu renforce le plaisir et la motivation à rester connecté (Wang & Wang, 2025). De l’autre côté, l’intelligence artificielle contribue à personnaliser l’expérience. Elle ajuste les recommandations, optimise les abonnements et améliore le service client (Drumond et al., 2018; Mokoena & Obagbuwa, 2025). Netflix, par exemple, s’appuie sur des algorithmes qui influencent nos choix en proposant du contenu adapté à nos préférences. En plus des recommandations personnalisées, d’autres fonctionnalités de conception des plateformes, comme l’autoplay, les notifications, ou encore les listes de contenus populaires, sont pensées pour encourager l’engagement et réduire les efforts nécessaires pour continuer à regarder. Ces éléments, souvent invisibles à nos yeux, suivent un schéma psychologique conforme au modèle “Hooked” déjà abordé sur SBEN.ca : ils déclenchent une action, la rendent facile, récompensent de manière variable, puis nous incitent à investir temps et attention. Ce cycle peut renforcer l’habitude de regarder encore un épisode, même sans le vouloir vraiment (Flayelle et al., 2025). Les bénéfices du streaming Le streaming peut avoir plusieurs avantages. Il favorise la détente, la distraction et parfois même la créativité. Certaines plateformes créent de véritables communautés où l’on peut interagir et échanger, d’autres diffusent des contenus éducatifs comme des documentaires, des podcasts ou des tutoriels. Les services de type « Over-the-top » (OTT) comme Netflix ou Amazon Prime permettent d’accéder en tout temps à une grande variété de contenus originaux et internationaux. Cette diversité de contenu peut offrir des occasions d’entrer en résonance émotionnelle avec certaines histoires, de se sentir touché·e ou inspiré·e, et de découvrir des perspectives culturelles variées (Kumar & Verma, 2024). Participer aux discussions lors d’un stream peut aussi être associé à un meilleur bien-être psychologique, surtout lorsque ces connexions sont authentiques et induisent un sentiment de communauté (Wolff & Shen, 2024). Le streaming touche également la santé et le bien-être. Les séances de télé-yoga et de méditation en ligne ont montré des effets positifs sur le stress, la dépression et le bien-être mental (Hedbom et al., 2023; Tsubono & Mitoku, 2025; Wadhen & Cartwright, 2021). Dans certains contextes, la diffusion de cérémonies religieuses en ligne a aussi joué un rôle de soutien en période de crise (Agyekum et al., 2023). Bref, le streaming peut être un outil qui soutient la détente, l’apprentissage et même la santé, selon la manière dont il est intégré dans le quotidien. Les zones grises du streaming Comme pour d’autres outils numériques, un
Confier son cœur… et sa tête à l’intelligence artificielle : bonne ou mauvaise idée ?

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Confier son cœur… et sa tête à l’intelligence artificielle : bonne ou mauvaise idée ? « Je pense que je suis amoureux de mon IA » ; ce message envoyé sur le forum Reddit par un utilisateur en 2024 a attiré l’attention de nombreuses personnes, notamment de celles d’autres entretenant des relations avec des services de compagnons virtuels ou d’intelligence artificielle générative. Ce recours aux applications de type chatbot, capables de tenir une conversation et de simuler des échanges empathiques, est de plus en plus courant à une époque où les jeunes adultes sont touchés par ce que certains nomment « l’épidémie de solitude ». Mais que peuvent réellement offrir ces compagnons virtuels, et quels risques comportent-ils ? Les promesses des compagnons virtuels Pour beaucoup, l’attrait des chatbots réside dans leur disponibilité constante et l’espace d’expression qu’ils offrent. Contrairement aux relations humaines, ils sont accessibles à toute heure, ne jugent pas et s’adaptent aux besoins exprimés par la personne utilisatrice (Baumel et al., 2017). Comme le souligne Vanessa Destiné dans un article rédigé pour le magazine Urbania concernant ses échanges avec un chatbot: « j’ai réalisé que je pouvais parler autant que je voulais sans me sentir coupable de monopoliser la conversation en parlant uniquement de mon nombril. » Pour plusieurs, les chatbots représentent ainsi une aide rapide, toujours accessible et, en apparence, dépourvue de jugement de valeur. Les études sur le sujet montrent que les échanges avec les chatbots peuvent procurer un sentiment de réconfort et contribuer à une amélioration temporaire du bien-être émotionnel. Dans une étude réalisée auprès de personnes utilisatrices de Replika, plusieurs personnes disent se sentir moins seules et de meilleure humeur après leurs conversations avec leur compagnon virtuel (Siemon et al., 2022). Des relations artificielles, vécues comme réelles Pour certaines personnes, l’expérience va bien au-delà d’une simple conversation. Des liens affectifs forts peuvent se développer, parfois comparables à ceux vécus dans des relations humaines. Des personnes utilisatrices ont même qualifié leur chatbot de meilleur ami ou de partenaire amoureux. Quand Replika a retiré la possibilité d’interactions érotiques, plusieurs ont témoigné avoir vécu une véritable perte, assimilable à un deuil émotionnel (De Freitas et al., 2024). Ce vécu repose sur la capacité de ces outils à donner l’impression d’empathie, même si ces émotions ne sont que simulées (Indrayani et al., 2020). Fait intéressant, certaines recherches indiquent que cette expérience peut aussi jouer un rôle de tremplin vers la socialisation : après des échanges réguliers avec un compagnon virtuel, des personnes utilisatrices disent avoir retrouvé un peu de confiance pour interagir avec d’autres dans la « vraie vie » (Inkster et al., 2018). Qu’en pensent les professionnel·le·s de la santé? Du côté des professionnel·le·s de la santé mentale, les avis sont partagés. Certains reconnaissent l’intérêt de ces outils pour rejoindre des personnes qui, autrement, ne chercheraient pas d’aide. Des essais ont montré que les chatbots pouvaient fournir des informations psychoéducatives, un suivi de l’humeur ou encore des techniques simples de gestion du stress (Bendig et al., 2019). Certaines études suggèrent même que ces interactions peuvent avoir une certaine valeur thérapeutique. Par exemple, des chatbots comme Woebot ont montré des effets modestes mais positifs sur les symptômes d’anxiété et de dépression, en offrant un espace pour exprimer ses émotions et en proposant de petites stratégies de gestion (Fitzpatrick et al., 2017; Ta et al., 2020). Cependant, la plupart des spécialistes s’accordent sur une limite claire : ces applications ne peuvent en aucun cas remplacer un suivi thérapeutique ou la richesse des relations humaines. Elles trouvent plutôt leur place comme complément, un soutien parmi d’autres dans une démarche de mieux-être (Mohr et al., 2013). Les zones grises et les risques Si ces compagnons virtuels peuvent représenter une ressource ponctuelle, leur utilisation soulève plusieurs inquiétudes. La première concerne le surinvestissement: certaines personnes en viennent à accorder une place centrale au chatbot, au détriment de leurs relations humaines (Laestadius et al., 2022). Pour des personnes déjà vulnérables, cela peut renforcer l’isolement social plutôt que de l’atténuer (Liu et al., 2024). En matière de santé mentale, les personnes utilisatrices peuvent mal interpréter la nature du soutien fourni par un chatbot, croyant à tort qu’il remplace un véritable thérapeute (Khawaja & Bélisle-Pipon, 2023). Ce malentendu peut entretenir les enjeux de santé mentale et retarder un accès aux soins appropriés. Une autre limite tient au fait que, malgré des réponses parfois convaincantes, un chatbot ne ressent pas d’émotions. L’absence d’empathie véritable finit par se révéler, ce qui peut générer de la déception, voire accentuer le sentiment de solitude (Turkle, 2011). Des chercheurs soulignent que la conception même de ces IA peut intégrer des biais, renforçant des stéréotypes ou fournissant des réponses inappropriées, voire dangereuses, aux personnes en détresse (Pandya et al., 2024). Ces biais s’expliquent par le fait que les modèles sont entraînés à partir de vastes ensembles de données provenant d’Internet, qui reflètent à la fois la richesse mais aussi les angles morts et les inégalités de nos sociétés (Bender et al., 2021). À cela s’ajoutent des préoccupations éthiques et pratiques : les données partagées dans ces conversations sont souvent personnelles et sensibles, et leur gestion par les entreprises pose de sérieuses questions de confidentialité (Piispanen et al., 2024). Enfin, plusieurs auteurs alertent sur le risque d’une « marchandisation de la solitude », où la souffrance affective devient un marché lucratif (Jobin et al., 2019). En commercialisant la détresse émotionnelle via des abonnements ou des services premium, certaines entreprises exploitent une vulnérabilité humaine au lieu de la soulager (Savic, 2024). Cette dynamique crée un modèle économique où l’attachement émotionnel à des entités artificielles devient un produit à vendre. Conclusion Les compagnons virtuels s’imposent comme une réponse partielle à la montée de la solitude. Ils peuvent offrir un espace d’écoute, un soutien ponctuel et même, dans certains cas, contribuer à réduire certains symptômes psychologiques. Mais leur utilisation n’est pas sans risques. En définitive, ils ne doivent pas être vus comme
Phubbing : comment nos téléphones changent la façon d’être ensemble

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Phubbing : comment nos téléphones changent la façon d’être ensemble Aujourd’hui, difficile d’imaginer notre quotidien sans téléphone intelligent. Selon le rapport Digital 2025: Global Overview Report, près de 9 téléphones mobiles sur 10 utilisés dans le monde sont des téléphones intelligents (Kemp, 2025). Ils nous accompagnent partout et ont changé en profondeur notre façon de communiquer, d’apprendre et de travailler. Mais cette connexion constante a aussi un revers : il arrive qu’on accorde plus d’attention à notre écran qu’aux personnes qui nous entourent, que ce soit à la maison, au bureau ou entre ami·e·s. Ce réflexe, devenu presque ordinaire, porte même un nom : le phubbing. L’origine du « Phubbing » Au cours des dernières années, les chercheurs ont porté une attention croissante aux effets négatifs de l’utilisation du téléphone intelligent pendant les interactions sociales, notamment en contexte de conversation (Roberts et David, 2016). Un concept émergent, connu sous le terme « phubbing », a tout d’abord été introduit en 2012 par l’agence McCann Australia dans le cadre d’une campagne de sensibilisation aux impacts de l’usage excessif du téléphone sur les relations interpersonnelles. Ce mot-valise, formé à partir des termes phone (téléphone) et snubbing (snober ou ignorer), réfère au fait d’ignorer une personne physiquement présente en consultant son téléphone (Baranova et al., 2023; Karadağ et al., 2016; Lynchy, 2013; Vanden Abeele et al., 2019). Ce phénomène a, depuis, progressivement gagné en légitimité dans le champ de la recherche, où il est désormais reconnu comme un sujet d’étude pertinent. Des exemples concrets de la vie quotidienne Le phubbing se manifeste dans des situations quotidiennes : par exemple, lorsqu’une personne consulte ses messages pendant un repas en famille, ou lorsqu’un collègue interrompt une conversation pour répondre à une notification. Bien que souvent perçu comme banal ou inoffensif, ce comportement peut altérer la qualité des échanges, générer un sentiment de rejet chez l’interlocuteur, et compromettre la construction de liens sociaux authentiques. Les constats de la littérature scientifique Des synthèses de la littérature scientifique existante ont permit de mieux cerner ce phénomène. Le phubbing a été associé à des comportements d’exclusion sociale (l’autre se sent mis à l’écart), de négligence interpersonnelle (manque d’attention ou d’écoute), et de rupture de communication (interruption ou appauvrissement des échanges) (Capilla Garrido et al., 2021). Récemment, l’équipe de la Chaire de recherche sur les dépendances comportementales a mené une revue de la portée sur le sujet afin de mieux comprendre les expériences vécues par les personnes qui pratiquent le phubbing (phubbers) et celles qui en sont témoins (phubbees) (Deschamps et al., 2025). Plusieurs thèmes sont ressortis de leur consultation des écrits scientifiques : Les motivations derrière le phubbing Pourquoi se tourne-t-on vers son téléphone intelligent même lorsqu’on est entouré·e d’autres personnes ? Les raisons sont nombreuses. Parfois, c’est pour fuir des émotions désagréables comme l’ennui, la solitude, le stress, l’anxiété sociale ou encore la peur de manquer quelque chose (FoMO – Fear of Missing Out). D’autres fois, on cherche simplement à se stimuler : regarder une vidéo, jouer, magasiner en ligne, lire un article ou apprendre quelque chose de nouveau. Le téléphone peut aussi répondre à des besoins très concrets, comme gérer ses tâches, travailler ou avancer ses études. Il permet de rester en lien avec nos proches, de partager sur les réseaux sociaux ou de maintenir une présence dans nos cercles virtuels. Enfin, certains facteurs plus profonds entrent en jeu : une dépendance numérique, un manque de contrôle de soi, une faible estime personnelle, des difficultés de santé mentale ou le besoin de créer une distance avec les autres pour préserver son espace personnel. Les effets du phubbing Le phubbing peut avoir un impact sur plusieurs aspects de la vie quotidienne. Sur le plan émotionnel, il provoque souvent chez la personne ignorée (le phubbee) un sentiment de frustration, de solitude, voire de rejet. Celle ou celui qui phubbe est quant à elle ou lui perçu·e comme impoli·e, distant·e ou peu engagé·e dans l’échange. Sur la santé mentale, les effets peuvent être tout aussi marqués : anxiété accrue, isolement, baisse de satisfaction de vie ou même épuisement professionnel. Ce comportement favorise aussi la dépendance au téléphone, gruge le temps personnel et peut fragiliser le respect mutuel. Dans les relations, il nuit à la qualité des échanges, alimente les conflits et peut mener à l’isolement social. Dans le milieu professionnel ou scolaire, il réduit la concentration, la performance et la cohésion d’équipe. Il existe toutefois des aspects perçus comme positifs, mais seulement par les personnes qui phubbent. Certaines évoquent un accès plus rapide à l’information, des pauses détente, un renforcement des liens sociaux grâce aux échanges en ligne, un sentiment d’appartenance accru ou encore de nouvelles opportunités d’apprentissage. Réduire le phubbing au quotidien Quand on sait à quel point le phubbing peut gruger nos relations et notre bien-être, il peut être tentant, voire bénéfique de chercher à réduire le phubbing au quotidien. Pour limiter l’usage excessif du téléphone en présence des autres, quelques stratégies peuvent être utiles. On peut, par exemple, instaurer des moments ou des espaces sans téléphone par exemple pendant les repas, dans la chambre ou lors des moments en famille. Clarifier les frontières entre le travail et la vie personnelle aide aussi à mieux décrocher et éviter la tentation de se tourner vers son écran. Dans les relations, favoriser la communication sincère et expliciter ses besoins peut réduire les tensions. Enfin, montrer l’exemple en utilisant son téléphone de manière responsable reste l’un des moyens les plus efficaces pour inspirer les autres à en faire autant. Retirer ses œillères Le phubbing n’est pas seulement un geste lié à la technologie : il reflète parfois la place que prennent nos écrans dans nos moments partagés. Sans même s’en rendre compte, on peut se laisser absorber par ce qui se passe en ligne et manquer une partie de ce qui se vit autour de nous. Repenser notre rapport
« J’ai googlé les symptômes… » : ce mal moderne qu’est la cyberchondrie

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. « J’ai googlé les symptômes… » : ce mal moderne qu’est la cyberchondrie La cyberchondrie est-elle l’hypochondrie des temps modernes ? La démocratisation d’Internet a bouleversé notre manière de nous informer sur la santé. Il n’a jamais été aussi facile d’accéder à une montagne d’informations. Selon un sondage canadien, en 2020, près de 69 % des adultes ont déjà cherché en ligne des informations médicales pour eux-mêmes ou leurs proches (Canadian Internet Use Survey, Statistique Canada, 2021). Cette facilité d’accès à l’information favorise l’autonomie, mais peut rapidement devenir anxiogène lorsqu’on interprète chaque symptôme bénin comme le signe d’une maladie grave (Starcevic, 2017). Ainsi, un simple mal de tête peut se transformer en tumeur cérébrale, une fatigue passagère en leucémie. Ce phénomène porte un nom : la cyberchondrie. Bien que le terme « cyberchondrie » ait été introduit en 2001 sur un ton humoristique par Richard Woods, chroniqueur pour le magazine britannique The Independent, il a depuis attiré l’attention des chercheurs. Ceux-ci le décrivent désormais comme un comportement de recherche excessive et difficiles à contrôler, qui augmentent l’anxiété et peuvent nuire à la vie sociale, professionnelle et à la santé mentale (Starcevic & Berle, 2013 ; Starcevic, 2017 ; White & Horvitz, 2009). La cyberchondrie est ainsi une manifestation comportementale de l’anxiété de santé et de l’hypocondrie (Starcevic et al., 2015) N’étant pas encore un diagnostic officiel, il est difficile d’estimer la prévalence globale de la cyberchondrie mais la littérature scientifique suggère que les jeunes adultes constituent une population plus à risque de cyberchondrie (Bahadir et Dundar, 2024; Gergin et al., 2025; Tyrer et al., 2019) La différence avec l’hypochondrie L’hypochondrie, aujourd’hui appelée « trouble anxieux lié à la santé », se caractérise par une peur excessive d’être gravement malade sans preuve médicale, entraînant des consultations répétées ou un évitement des soins (American Psychiatric Association, 2013). La cyberchondrie, quant à elle, est spécifiquement liée à l’utilisation d’Internet : la personne se rassure rarement en recherchant en ligne, car chaque nouvelle recherche augmente l’anxiété. Elle est associée à l’anxiété liée à la santé, l’utilisation problématique d’Internet et les symptômes du trouble obsessionnel compulsif, avec des implications pour la santé publique concernant une altération fonctionnelle et une utilisation modifiée des soins de santé (Arenakis et al., 2021 ; Starcevic et al., 2020). Les conséquences ? La cyberchondrie entraîne des effets négatifs comme une utilisation excessive d’Internet, des troubles mentaux, plus de consultations médicales, un fonctionnement quotidien altéré et une qualité de vie réduite. Elle peut aussi provoquer un soulagement temporaire, par exemple en consultant un médecin, mais favorise souvent des recherches et consultations répétées, une insatisfaction médicale et des modifications de comportements en matière de santé, comme changer de médecin ou acheter des traitements en ligne (Zheng et al., 2021). Ce qui se cache derrière la cyberchondrie La littérature scientifique a mis en évidence deux principaux facteurs susceptibles de prédisposer à la cyberchondrie (Menon et al., 2020 ; Norr et al., 2015 ; Rashid et al., 2022). Le premier est la sensibilité à l’anxiété, c’est-à-dire la tendance à interpréter les sensations physiques liées à l’anxiété comme des signes de danger ou de menace imminente (Reiss & McNally, 1985). Le second est l’intolérance à l’incertitude, un biais cognitif qui pousse certaines personnes à percevoir comme inacceptable et menaçante la simple possibilité qu’un événement négatif survienne, même si sa probabilité est faible (Carleton et al., 2007). D’autres facteurs comme des traits de personnalité et une métacognition dysfonctionnelle, c’est-à-dire des croyances inadaptées sur ses propres pensées, peuvent également prédisposer à une cyberchondrie. Dans certains cas, la cyberchondrie peut-être aussi liée à une maladie sous-jacente (Menon et al., 2020). Outre ces facteurs prédisposants, des déclencheurs possibles comme les pensées ou images intrusives à propos d’une maladie – ou les stimuli environnementaux, comme une conversation sur un problème de santé ou la lecture d’un article alarmant ont été également identifiés (Menon et al., 2020). Enfin, certains facteurs de maintien contribuent à entretenir le cercle vicieux des recherches excessives et de l’anxiété. Parmi eux : la préoccupation constante pour la maladie, utilisée comme une fausse stratégie de réassurance ; l’intolérance persistante à l’incertitude, qui alimente le besoin de tout savoir sur les symptômes ; les croyances sur l’utilité des recherches répétées ; ou encore des « règles d’arrêt » irréalistes, comme l’idée qu’il faut continuer à chercher tant qu’aucune explication parfaitement rassurante n’a été trouvée (Menon et al., 2020). Prévenir la cyberchondrie Si la tentation de chercher ses symptômes en ligne est devenue un réflexe courant, elle peut parfois nourrir l’anxiété au lieu de la calmer. Heureusement, il existe des moyens concrets pour éviter de tomber dans ce piège numérique. Des experts (Menon et al., 2020 ; Starcevic, 2017) proposent plusieurs pistes de prévention, qui agissent à différents niveaux : mieux gérer notre usage d’Internet, améliorer les comportements face à l’incertitude et renforcer la relation avec les professionnels de santé. Voici quelques stratégies clés. Apprendre à reconnaître les informations fiables. Utiliser des sources de santé sérieuses. Limiter l’accès aux fausses informations grâce à des règles ou des outils (p.ex. Obliger les moteurs de recherche à afficher en priorité les sources validées scientifiquement). Utiliser Internet de manière modérée (p.ex. limiter son temps de connexion). Apprendre à mieux accepter l’incertitude et la complexité des infos médicales. Repérer et corriger les fausses croyances sur ses pensées et la santé. La gestion de l’anxiété et l’adoption de techniques de relaxation peuvent également atténuer l’anxiété liée à la santé, laquelle constitue fréquemment un facteur déclenchant de recherches médicales excessives en ligne. (Menon et al., 2020). Peut-on sortir de la cyberchondrie ? Bonne nouvelle : oui, c’est possible de s’en sortir ! L’objectif n’est pas d’arrêter complètement d’utiliser Internet pour sa santé, mais d’apprendre à le faire sans que ça devienne une source d’angoisse. Il s’agit aussi de réduire petit à petit le temps passé à chercher des infos
Désinformation numérique : comprendre ses effets et ses mécanismes

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Désinformation numérique : comprendre ses effets et ses mécanismes Pourquoi c’est important ? Les fausses informations en ligne, particulièrement sur les réseaux sociaux, sont parfois difficiles à repérer. Titres accrocheurs, récits émotionnels, informations choc… Il devient ardu de distinguer le vrai du faux. Pourtant, la désinformation et la mésinformation peuvent avoir de réels effets sur notre santé mentale et nos décisions. Mais de quoi parle-t-on exactement ? La désinformation désigne des contenus faux ou trompeurs diffusés intentionnellement, dans le but de manipuler ou d’induire en erreur. La mésinformation, quant à elle, correspond à des contenus également faux ou trompeurs, mais partagés sans intention malveillante, souvent par des personnes convaincues de leur véracité. Une étude récente publiée dans le Journal of Medical Internet Research (Hudon et al., 2025) s’est intéressée au contenu de vidéos portant sur la santé mentale diffusées sur la plateforme TikTok. Cette étude observationnelle a analysé 1 000 vidéos publiques en français, anglais et espagnol, couvrant 26 thématiques en santé mentale. Leur analyse a révélé que plus d’une vidéo sur trois (36,9 %) contenait de la désinformation ou de la mésinformation. Ces contenus étaient particulièrement fréquents dans les vidéos abordant les troubles neurodéveloppementaux, comme le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou le trouble du spectre de l’autisme (TSA), ainsi que les troubles de la personnalité, notamment les troubles de la personnalité narcissique ou borderline. Ces résultats sont préoccupants, car ils montrent à quel point les réseaux sociaux peuvent devenir des vecteurs puissants de confusion et de stigmatisation. Il est important de souligner que la désinformation et la mésinformation ne se limitent pas à la santé mentale. Elles touchent également des domaines cruciaux comme la politique, les enjeux environnementaux et la santé physique. Par exemple, des campagnes de désinformation ont été documentées autour des élections, du changement climatique ou encore des vaccins, avec des conséquences réelles sur la confiance du public, les comportements et les politiques publiques (OMS, 2024). Quels sont les effets des fausses informations sur la santé mentale ? Des études ont démontré que la désinformation et la mésinformation sont liées à une augmentation de l’anxiété, du stress, de la détresse psychologique et de la dépression. L’impact des informations consultées sur les réseaux sociaux a d’ailleurs été documenté dans une enquête menée par Recherche en santé mentale Canada. Selon les données obtenues auprès de plus de 3000 Canadien.ne,s, deux personnes sur cinq (39 %) déclarent que les actualités consultées sur les réseaux sociaux ont un impact négatif sur leur santé mentale (RSMC, 2024). Parmi les éléments affectant la santé mentale en lien avec la consultation d’informations en ligne, notons la présence des fausses informations qui sont largement relayées sur les plateformes de réseaux sociaux. L’exposition répétée à de fausses informations peut entraîner une surcharge émotionnelle importante. Ce type de contenu joue souvent sur la peur, le doute et la confusion, plongeant les personnes dans un état d’alerte constant. Plusieurs études ont démontré que ce bombardement d’informations anxiogènes peut mener à une augmentation marquée de l’anxiété et du stress (Rocha et al., 2021 ; Verma et al., 2022). L’exposition à des messages contradictoires ou trompeurs alimente un sentiment d’incertitude et de perte de contrôle sur la réalité, deux éléments reconnus comme facteurs de stress importants (Rocha et al., 2021 ; Sijariya et al., 2022). Le fait même de partager involontairement de la fausse information est aussi associé à une élévation du niveau d’anxiété, possiblement en raison de la culpabilité ou de l’inquiétude d’avoir contribué à la propagation d’un contenu potentiellement nuisible (Verma et al., 2022). Sur le plan de la santé mentale, cette surcharge informationnelle et émotionnelle peut avoir des conséquences lourdes. Lorsqu’on ne sait plus à qui ou à quoi se fier, un sentiment d’impuissance peut s’installer. Ce manque de repères fiables contribue à l’émergence du sentiment de solitude ainsi qu’à de l’insécurité, deux facteurs associés à la présence de dépression (Mollo-Torrico, 2023 ; Ikbal, 2023). Des chercheurs notent également que lorsqu’une personne réalise qu’elle a été trompée par de fausses informations, cela peut engendrer une perte de confiance en soi et de la détresse psychologique (Sijariya et al., 2022). Enfin, la désinformation et la mésinformation peuvent avoir un impact direct sur la qualité des décisions que l’on prend, surtout lorsqu’il s’agit de décisions liées à la santé ou à la politique. Se méfier d’un professionnel de la santé mentale à cause de fausses rumeurs, croire qu’un traitement éprouvé est dangereux ou encore refuser de voter à cause de théories du complot sur la fraude électorale sont des exemples concrets de décisions influencées par une information erronée. Ces choix peuvent avoir des conséquences réelles pour les individus… mais aussi pour la société dans son ensemble (Hudon et al., 2025 ; Nela & Parruca, 2023; OMS, 2024). Au-delà des impacts individuels, la désinformation peut aussi entraîner une désaffiliation sociale, notamment lorsqu’elle favorise la radicalisation politique (Smith et al., 2025). En s’immergeant dans des contenus polarisants — souvent nourris par des récits de complots, du discours haineux ou une méfiance extrême envers les institutions — certaines personnes en viennent à se couper progressivement de leur entourage et à rejeter les points de vue divergents. Cette spirale peut mener à l’isolement, à une perte de repères communs, et dans certains cas, à la radicalisation. À long terme, cette fragmentation du tissu social nuit à la démocratie et à la cohésion collective (Smith et al., 2025). Les tactiques cognitives utilisées dans la désinformation Il arrive que des informations fausses soient partagées de bonne foi, sans volonté de nuire. Toutefois, dans d’autres cas, les messages sont délibérément formulés pour tromper l’opinion publique, influencer les croyances ou manipuler les comportements : c’est le domaine de la désinformation. Cette dernière repose souvent sur des stratégies bien rodées. Les études sur la désinformation en ligne révèlent qu’un certain nombre de tactiques cognitives
Les jeux de hasard et d’argent en ligne et solitude : une association préoccupante

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Jeux de hasard et d’argent en ligne et solitude : une association préoccupante Une pratique en hausse … et pas sans conséquences Les jeux de hasard et d’argent en ligne (JHAL) connaissent une popularité croissante au Québec. Bien que les JHAL sont une activité qui demeurent sans conséquence pour la majorité des personnes qui s’y adonnent, ils sont identifiés comme l’une des formes les plus préjudiciables de jeu, en raison des méfaits qu’ils causent aux personnes joueuses, à leur entourage et à leur communauté (Kairouz, 2022; Papineau et al., 2018). Parmi les méfaits associés à la pratique des jeux de hasard et plus spécifiquement des JHAL, on retrouve la présence du sentiment de solitude. La solitude chez les personnes qui jouent Le sentiment de solitude, défini comme un écart de satisfaction entre les liens sociaux perçus et souhaités (en terme quantité et de qualité), est reconnu comme un problème de santé publique majeur (Gouvernement du Royaume-Uni, 2018; Lisitsa et al., 2020; Nordmyr & Forsman, 2020; Organisation mondiale de la santé, 2015; Papineau et al., 2018). Les personnes qui jouent aux JHAL semblent être plus nombreuses à ressentir de la solitude que celles qui pratiquent les jeux de hasard et d’argent hors ligne, c’est-à-dire dans les endroits dédiés à ces jeux (Nordmyr & Forsman, 2020; Papineau et al., 2018). Durant la pandémie de COVID-19, la solitude liée aux mesures sanitaires a poussé certaines personnes à se tourner vers les JHAL pour interagir avec d’autres personnes joueuses (Aslan & Kilincel, 2021; Kovačić Petrović et al., 2022). D’autres, cependant, ont ressenti une solitude plus marquée en jouant seuls à domicile (Cardinal et al., 2022). Certaines formes de JHAL, comme le poker en ligne, favorisent davantage les interactions sociales, tandis que d’autres, comme la loterie, sont associées à moins d’échanges (Cardinal et al., 2022). Ensemble, le JHAL et la solitude peuvent amplifier la détresse des personnes et nuire à leur qualité de vie (Gouvernement du Royaume-Uni, 2018; Holt-Lunstad et al., 2015; Organisation mondiale de la santé, 2015). Cependant, la nature et la direction de l’association entre la participation aux JHAL et la solitude est difficile à cerner. C’est pour cette raison que l’Équipe de recherche sur la santé et le bien-être numérique, dans le cadre d’un projet financé par les Fonds de recherche du Québec, s’est lancé dans la réalisation d’un examen systématique de la documentation scientifique portant sur la relation unissant la solitude et les JHAL. Un lien documenté unissant le JHAL et la solitude En dépit du nombre limité de données disponibles dans la littérature existante, les résultats suggèrent que la solitude est fréquemment associée à la participation aux jeux de hasard et d’argent en ligne voire au développement du trouble du jeu de hasard et d’argent en ligne (TJHAL) (Olatunji et al., 2020; Suomi et al., 2024). Le TJHAL est une pratique persistante des JHA, accompagnée d’un sentiment de perte de contrôle sur ses habitudes de jeu, et entraîne des conséquences sur diverses sphères de la vie de la personne affectée, ainsi que sur ses proches (Kairouz et al., 2012). Dans la population générale, le sentiment de solitude est caractérisé comme un prédicteur de la participation aux JHAL (Karaibrahimoglu et al., 2023; Olatunji et al., 2020; Suomi et al., 2024). Autrement dit, les personnes qui se sentent seules seraient plus à risque de se tourner vers ces jeux. Chez les personnes étudiantes, les personnes qui se sentent seules et qui participent aux JHAL sont plus à risque de présenter un TJHAL. Chez les personnes qui jouent régulièrement aux JHAL, la solitude est associée à un risque accru de développer un TJHAL, notamment pour celles jouant seules et utilisant les JHAL pour faire face à des émotions désagréables (Hing et al., 2015; Khazaal et al., 2017; McCormack et al., 2013; Sauvaget et al., 2015). Quels sont les éléments contribuant à cette association ? Du point de vue sociodémographique, les connaissances restent limitées, mais il semblerait que les hommes éprouvent plus de solitude que les femmes, même si cette différence n’est pas statistiquement significative (Karaibrahimoglu et al., 2023). En ce qui concerne les préférences en matière de JHAL, des associations existent mais aucune conclusion robuste ne peut être émise. Les personnes seules quant à elles semblent préférer jouer contre l’ordinateur, sans utiliser les options de clavardage (Khazaal et al., 2017). Les personnes qui jouent seules aux JHAL, c-à-d sans interaction sociale, courent un risque plus élevé de développer un TJHAL (McCormack et al., 2013). Toujours selon les résultats de l’examen systématique de la documentation scientifique, les personnes qui ont peu ou pas d’activités sociales, ou qui sont isolées en raison d’événements de vie difficiles (p.ex. la perte d’un être cher), une situation d’handicap et des problèmes de santé mentale ont aussi été identifiées comme plus sujettes à vivre de la solitude et de se tourner vers les JHAL pour pallier cette solitude. Ces personnes sont également plus à risque de développer un TJHAL (Hing et al., 2015; Karaibrahimoglu et al., 2023; Sauvaget et al., 2015). Que retenir ? Ainsi, sur la base de l’examen systématique de la documentation scientifique disponible à ce jour, il semble que : La solitude est identifiée comme un prédicteur du JHAL voire du TJHAL. Des facteurs de vulnérabilité semblent renforcer la relation entre la solitude et le JHAL. Cette relation mérite d’être étudiée davantage considérant le peu de données disponibles Dernière réflexion Les résultats de cet examen systématique soulignent que la solitude peut jouer un rôle important dans le recours aux JHAL. Mieux comprendre le lien entre solitude et JHAL, c’est une façon de mieux prévenir les risques et d’ouvrir la discussion sur des solutions plus saines pour briser l’isolement. En savoir plus Les résultats de ce projet s’inscrivent dans la lignée des initiatives Connexion de l’Équipe SBEN. Ces projets visent à mieux comprendre la relation complexe entre les activités en ligne et le sentiment de solitude accru
Le FoMO : comprendre l’anxiété de ratage et ses effets sur le bien-être

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Le FoMO : comprendre l’anxiété de ratage et ses effets sur le bien-être Le Fear of Missing Out (FoMO), ou « anxiété de ratage » en français, est un phénomène psychologique de plus en plus courant en raison de notre utilisation du numérique. Le FoMO se manifeste par une peur ou un stress à l’idée que d’autres vivent des expériences enrichissantes dont on serait exclu·e. Ce sentiment, souvent amplifié par l’usage des réseaux sociaux, peut avoir des répercussions importantes sur la santé mentale, les relations sociales et la satisfaction de vie. Des impacts bien réels sur la santé psychologique Les études récentes démontrent que le FoMO affecte négativement le bien-être psychologique et social des jeunes adultes. Plus une personne ressent du FoMO, plus elle est susceptible d’éprouver de l’anxiété, du stress ou encore des symptômes dépressifs (Semarajana et al., 2024). Le FoMO est également lié à une diminution de l’estime de soi et du bien-être subjectif. Selon la science, ce phénomène est particulièrement marqué chez les membres de la génération Z, fortement engagés sur les réseaux sociaux (Chakrabarti, 2024). Sur le plan social, le FoMO affecterait négativement le sentiment d’appartenance sociale et la satisfaction de vie. Il est associé à des sentiments d’exclusion et à l’impression de ne pas être à la hauteur, notamment chez les personnes ayant tendance à comparer leurs expériences à celles mises en scène par autrui sur les plateformes numériques (Littman‐Ovadia & Russo‐Netzer, 2024). Ce mécanisme de comparaison sociale contribue à une baisse du bien-être général, comme le montre une corrélation négative entre FoMO et satisfaction de vie chez les jeunes adultes (Prabowo & Dewi, 2021). La connectivité constante accentue ce sentiment de manque, car les utilisateur·trice·s sont continuellement exposé·e·s aux expériences des autres (Vemuri, 2024). Comment éviter que le FoMO nous affecte ? Pour réduire le FoMO, plusieurs pistes d’action sont envisageables, tant au niveau individuel que dans notre rapport aux contenus que nous consommons en ligne. Il ne s’agit pas nécessairement de diminuer le temps passé sur les réseaux, mais surtout d’agir sur notre manière d’y être présent·e. Voici quelques stratégies concrètes : Développer la patience et l’autocontrôle Ces compétences aident à mieux gérer les pensées et émotions liées à l’usage des réseaux sociaux. Une étude a montré que le fait de travailler sur le développement de la patience peut réduire significativement le FoMO chez les utilisateur·trice·s d’Instagram (Pratiwi & Supriatna, 2024). Cela peut passer par des pratiques comme la pleine conscience, la respiration consciente ou encore l’entraînement à différer les gratifications (ex. : retarder volontairement la consultation d’une notification ou l’ouverture d’une application). Pratiquer la déconnexion numérique Intégrer des pauses régulières loin des écrans et restructurer ses habitudes peut apaiser le besoin de rester connecté·e constamment. Cela permet de prendre du recul et de retrouver un sentiment d’autonomie face à notre utilisation du numérique (Yıldırımer & Yentür, 2024). Renforcer le soutien social Travailler son réseau et s’entourer de relations significatives contribue à satisfaire nos besoins psychologiques fondamentaux. Les personnes qui tendent à entretenir leur cercle social et qui maintiennent des relations authentiques sont moins susceptibles de ressentir du FoMO (Dou et al., 2021). Prendre conscience des comparaisons sociales Observer les moments où l’on se compare aux autres en ligne peut être un point de départ pour réfléchir aux actions à poser vis-à-vis de ce contenu. Des pistes concrètes peuvent inclure : désactiver les notifications de certaines applications, suivre des comptes qui valorisent l’authenticité, ou encore prioriser du contenu qui fait du bien et qui n’engage pas la comparaison. Ces changements, bien que simples, peuvent avoir un impact significatif sur le bien-être numérique. Les plateformes comme catalyseurs de FoMO Les plateformes de réseaux sociaux jouent un rôle central dans notre expérience du FoMO. Conçues pour capter et retenir notre attention, elles exploitent des mécanismes psychologiques — dont le FoMO — pour nous inciter à rester connectés le plus longtemps possible. Elles favorisent la connexion constante et exposent les utilisateur·trice·s à des contenus soigneusement sélectionnés, ce qui encourage la comparaison sociale et alimente un sentiment d’inadéquation (Yıldırımer & Yentür, 2024 ; Chakrabarti, 2024). Ces plateformes alimentent également le besoin de maintenir une présence en ligne et de ne rien manquer, ce qui peut nous pousser à les consulter plus fréquemment qu’on ne le souhaiterait réellement, par crainte de passer à côté de quelque chose (Bekman, 2022). Cette architecture persuasive invite donc à la vigilance : il devient essentiel d’adopter une utilisation consciente des réseaux sociaux, en portant attention aux émotions et aux pensées qui émergent lorsque nous faisons défiler les contenus. En prenant conscience de ces dynamiques, il devient possible de poser des choix plus éclairés : modérer son temps d’écran, ajuster ses paramètres d’algorithme ou encore suivre des comptes qui valorisent l’authenticité et réduisent la pression sociale. Une telle posture permet de transformer notre rapport aux réseaux sociaux pour en faire un espace plus sain, aligné avec notre bien-être. Vers un usage plus conscient des réseaux sociaux Plutôt que de viser une déconnexion totale des réseaux sociaux, ou de culpabiliser leur usage, il s’agit de mieux comprendre les mécanismes qui influencent nos comportements numériques. Le FoMO est une réaction humaine et compréhensible dans un monde ultra-connecté. En adoptant une approche bienveillante et informée, chacun·e peut explorer des moyens de se réapproprier son expérience en ligne, de cultiver une relation plus équilibrée aux écrans et de favoriser son bien-être numérique, un pas à la fois. Références Alutaybi, A., Al-Thani, D., McAlaney, J., & Ali, R. (2020). Combating Fear of Missing Out (FoMO) on Social Media: The FoMO-R Method.International Journal of Environmental Research and Public Health. https://doi.org/10.3390/IJERPH17176128 Alutaybi, A., McAlaney, J., Stefanidis, A., Phalp, K., & Ali, R. (2018).Designing social networks to combat fear of missing out.https://doi.org/10.14236/EWIC/HCI2018.80 Basiroen, V. J., & Hapsari, A. (2018). Creating an Awareness Campaign Against the Fomo Phenomenon in Young Adults’ Social Media Usage.Humaniora.
Plus connectés, plus isolés ? Le paradoxe unissant les réseaux sociaux au sentiment de solitude

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Plus connectés, plus isolés ? Le paradoxe unissant les réseaux sociaux au sentiment de solitude Les jeunes adultes sont considérés comme la génération la plus connectée, avec une utilisation des réseaux sociaux qui a explosé au cours de la dernière décennie. Ces plateformes offrent des opportunités inédites pour rester en contact, échanger et élargir ses cercles sociaux. Pourtant, un paradoxe inquiétant émerge : malgré ces possibilités accrues de connexion, les jeunes adultes sont également au cœur de ce que plusieurs appellent l’épidémie de solitude. Selon des études récentes, les jeunes adultes rapportent des niveaux de solitude significativement plus élevés que les autres groupes d’âge (Barreto et al., 2021). Comment expliquer que des outils conçus pour rapprocher les individus puissent coexister avec un sentiment croissant de solitude ? Peut-on réellement établir un lien direct entre l’utilisation des réseaux sociaux et cette solitude ? Ces questions complexes sont explorées par l’équipe de recherche sur la Santé et le Bien-Être numérique dans le cadre des initiatives Connexion. Nous vous présentons ici le fruit d’une récente recension de la documentation scientifique portant directement sur la relation unissant l’utilisation des réseaux sociaux et le sentiment de solitude chez les jeunes adultes (Légaré et Caron, 2025). Comprendre la solitude : bien plus qu’être seul.e La solitude est bien plus qu’une absence de contacts physiques ou sociaux. Elle se définit comme un décalage entre la connexion sociale perçue et celle que l’on désire, que ce soit en quantité ou en qualité (Lisitsa et al., 2020). Autrement dit, même au milieu d’une foule ou en ligne, on peut ressentir un vide social. Ce sentiment peut être ponctuel, mais lorsqu’il persiste, il devient un facteur de risque pour la santé mentale et physique, augmentant les risques de dépression, d’anxiété, et même de maladies cardiovasculaires (Hawkley & Cacioppo, 2010). L’effet des réseaux sociaux sur la solitude : un paradoxe à double tranchant Les réseaux sociaux, qui promettent de rapprocher les gens, n’ont pas toujours les effets attendus. Notre revue de la documentation scientifique révèle que la fréquence et l’intensité de leur utilisation jouent un rôle central dans l’expérience de la solitude. Les comportements passifs, comme le défilement incessant des fils d’actualité ou l’observation des publications d’autrui sans interaction, sont particulièrement associés à une augmentation du sentiment de solitude. Ces comportements encouragent souvent la comparaison sociale, qui peut creuser le fossé entre la vie idéale perçue des autres et sa propre réalité. À l’inverse, un usage actif des réseaux sociaux, comme interagir avec des ami.e.s proches ou partager des contenus authentiques, peut atténuer ce sentiment. Cependant, même les comportements actifs ne garantissent pas toujours des résultats positifs, surtout si les interactions en ligne manquent de profondeur ou ne mènent pas à des relations significatives hors ligne. L’importance des comportements en ligne : tout est dans la manière La façon dont on interagit sur les réseaux sociaux influence profondément le lien avec la solitude. Les comportements passifs amplifient souvent les sentiments de vide, tandis que les comportements actifs peuvent aider à créer des connexions plus authentiques. Cela dit, toutes les interactions actives ne se valent pas. Par exemple, commenter des publications ou partager du contenu peut parfois sembler engageant, mais si ces échanges ne reçoivent pas de réponses significatives ou sincères, ils risquent de laisser une impression de déconnexion. De plus, les intentions derrière l’utilisation des réseaux sociaux comptent tout autant que les comportements eux-mêmes. Utiliser ces plateformes pour valider son image ou chercher l’approbation des autres peut accentuer indirectement le sentiment de solitude. À l’inverse, un usage intentionnel et orienté vers des interactions de qualité peut aider à maintenir un équilibre émotionnel, et prévenir de l’apparition du sentiment de solitude. Le rôle des plateformes : quand la structure accentue la solitude Au-delà des comportements individuels, la structure même des réseaux sociaux influence l’expérience des utilisateur.trice.s. Les algorithmes, conçus pour maximiser le temps passé en ligne, favorisent souvent des comportements passifs comme le défilement infini (doom scrolling) ou la consommation de contenu suggéré. Ces mécanismes n’encouragent pas toujours des connexions sociales significatives. De plus, la valorisation des contenus populaires, souvent mesurée en « likes » ou en partages, renforce une culture de la comparaison sociale. Ces dynamiques peuvent exacerber les sentiments de solitude, particulièrement chez les jeunes adultes qui sont dans une phase de vie où l’appartenance et les relations sociales jouent un rôle crucial dans le développement personnel (Danneel et al., 2020). Vers une utilisation intentionnelle des réseaux sociaux Les réseaux sociaux ne sont pas intrinsèquement négatifs, mais leurs effets dépendent fortement de la manière dont ils sont utilisés. Pour contrer l’épidémie de solitude chez les jeunes adultes, il est essentiel d’encourager un usage intentionnel, actif et axé sur des interactions de qualité. Cela implique également de repenser la structure des plateformes elles-mêmes, en plaidant pour des designs qui favorisent les connexions authentiques plutôt que les simples clics et le temps passé. En savoir plus Les résultats de ce projet s’inscrivent dans la lignée des initiatives Connexion de l’Équipe SBEN. Ces projets visent à mieux comprendre la relation complexe entre les activités en ligne et le sentiment de solitude accru chez les jeunes adultes. En plus d’explorer les dynamiques à l’œuvre, les initiatives Connexion ont pour objectif de dégager des pistes de solution concrètes pour favoriser un usage numérique plus équilibré et promouvoir un meilleur bien-être social et émotionnel. Pour en savoir davantage sur nos travaux et découvrir nos recommandations, suivez-nous sur nos différentes plateformes et restez à l’affut des nouvelles parutions sur SBEN.ca! Références Barreto, M., Victor, C., Hammond, C., Eccles, A., Richins, M. T., & Qualter, P. (2021). Loneliness around the world: Age, gender, and cultural differences in loneliness. Personality and Individual Differences, 169, 110066. https://doi.org/10.1016/j.paid.2020.110066 Danneel, S., Geukens, F., Maes, M., Bastin, M., Bijttebier, P., Colpin, H., Verschueren, K., & Goossens, L. (2020). Loneliness, social anxiety symptoms, and depressive symptoms in adolescence: Longitudinal
