Parier sur le quotidien : ce que révèle la popularité des marchés prédictifs

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Parier sur le quotidien : ce que révèle la popularité des marchés prédictifs Quelle température fera-t-il demain? Est-ce qu’un.e artiste sortira un album cette année? Qui remportera les prochaines élections fédérales? Ces questions banales sont désormais des occasions de miser de l’argent réel sur des plateformes comme Polymarket ou WealthSimple (via le partenariat avec Kalshi). Ces marchés prédictifs connaissent une croissance rapide chez les jeunes adultes, et la littérature scientifique commence tout juste à documenter les effets de cette nouvelle forme d’activité numérique sur les personnes qui s’y adonnent. Comment ça fonctionne Un marché prédictif s’organise selon une logique proche de la bourse. Plutôt que d’acheter des actions d’entreprises, la personne achète des contrats liés à l’issue d’un événement, en misant sur un « oui » ou un « non ». Un contrat gagnant rapporte un montant. Un contrat perdant ne rapporte rien. Les sujets couverts sont pratiquement illimités : élections et conflits internationaux résultats sportifs conditions météorologiques actualité culturelle et tendances sur les réseaux sociaux Les fondateur.trice.s de ces plateformes présentent leur produit comme du divertissement et comme un outil de prévision plus fiable que les sondages traditionnels. L’argument n’est pas sans fondement : les données tirées de Polymarket ont surpassé en précision les sondages traditionnels lors de l’élection présidentielle américaine de 2024, ce qui illustre une réelle capacité de prédiction (Laurie et Hiba, 2025). Cette nouvelle forme de divertissement est néanmoins sujette à des critiques. Andrade et Newall (2025) ainsi que Rabinovitz et Packin (2025) avancent que les marchés prédictifs et les contrats basés sur des événements représentent une nouvelle forme de gamblification, soit une présentation de produits de jeu de hasard et d’argent sous une apparence d’outil d’analyse ou d’investissement. Un détail vient appuyer ce doute : une partie des transactions s’effectue en cryptomonnaie, ce qui permet aux utilisateur.trice.s de conserver un large anonymat, une caractéristique plus près des plateformes de jeu que des outils d’investissement traditionnels. Autrement dit, selon ces auteur.e.s, Polymarket et Kalshi seraient d’abord et avant tout une nouvelle forme de pari en ligne. Ce débat sur la nature réelle des plateformes n’a pas freiné leur adoption. Les jeunes adultes, en particulier la génération Z, semblent plus familier.ère.s avec ces plateformes que les générations plus âgées, dans un contexte plus large où le pari sportif en ligne gagne en popularité, porté par l’accès facilité via le téléphone intelligent et la multiplication des plateformes de paris (Daniel et al., 2024). Cette adoption rapide devance toutefois la recherche : la littérature portant spécifiquement sur les effets psychosociaux des marchés prédictifs chez les jeunes adultes demeure ténue. La documentation plus abondante sur les paris sportifs en ligne offre néanmoins un point de comparaison utile, étant donné les similitudes de fonctionnement entre les deux types de plateformes. Des impacts sur plusieurs sphères de vie Les données scientifiques sur les effets psychologiques du pari sportif et des marchés prédictifs chez les jeunes adultes demeurent hétérogènes selon les formats et l’intensité de la participation. Des travaux qualitatifs et cliniques associent la participation à ces activités à une détresse psychologique accrue, alors que certaines études de cohorte de grande envergure rapportent des associations plus mitigées. Ce que la recherche montre jusqu’à maintenant : Une recension fait état de liens possibles entre l’intensité de l’investissement dans les paris en ligne chez les jeunes et la présence de symptômes dépressifs, pouvant aller jusqu’à des idées suicidaires (Daniel et al., 2024). Les formats de pari en direct et les paris combinés, tout comme l’accès instantané offert par les applications mobiles, semblent amplifier le phénomène en encourageant les mises rapides et élevées (Leuker, 2025; Hing et al., 2022). Les incitatifs promotionnels, comme les bonis à l’inscription ou les mises gratuites, augmentent la propension à parier et à s’engager dans un jeu à risque plus élevé chez les 18 à 24 ans (Di Censo et al., 2023). Les jeunes adultes qui parient fréquemment en ligne présentent environ deux fois plus de risques de vivre des difficultés financières que ceux qui parient rarement (Mohan, 2025). Une fréquence de pari plus élevée, une plus grande diversité des activités de jeu et le pari en direct sont associés à une augmentation des problèmes liés au jeu et des dépenses chez les jeunes parieur.se.s (Hing et al., 2016). Ce constat inquiète plusieurs chercheur.se.s : les marchés prédictifs reproduisent des mécanismes incitatifs similaires aux paris sportifs, avec le potentiel d’élargir l’exposition des jeunes adultes au risque financier et aux conséquences psychologiques des jeux de hasard et d’argent (Andrade et Newall, 2025; Rabinovitz et Packin, 2025). Une participation influencée Des enjeux de transparence Au-delà des risques individuels, les marchés prédictifs soulèvent des enjeux de transparence propres à leur conception. Sur le plan financier, les gains importants restent concentrés chez des personnes spécialisées en arbitrage, soit celles et ceux qui ont les moyens techniques de détecter et d’exploiter des écarts de prix de certains paris similaires, plutôt que chez les personnes qui misent occasionnellement selon leur intuition (Saguillo et al., 2025). Ainsi, les gains se concentrent chez un petit noyau d’initiés aptes à utiliser les failles de ces plateformes. La confiance accordée à ces marchés dépend aussi de l’absence perçue de manipulation. Des travaux expérimentaux montrent que la simple présence de personnes soupçonnées de manipuler un marché prédictif suffit à éroder la confiance des décideur.se.s envers l’information qu’il produit, même en l’absence de manipulation réelle (Choo et al., 2022). Par ailleurs, la vulnérabilité de ces plateformes à la manipulation n’est pas que théorique: Lors de l’élection présidentielle américaine de 2024, Polymarket a fait l’objet d’accusations de wash trading, soit le rachat et la revente répétés de contrats par une même entité pour gonfler artificiellement les volumes et l’activité apparente du marché, ainsi que d’un possible trucage lié à des paiements élevés retracés vers une même personne opérant plusieurs comptes (Laurie
Image corporelle : quand les réseaux sociaux prennent la place du miroir

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Image corporelle : quand les réseaux sociaux prennent la place du miroir Prendre soin de soi s’inscrit souvent dans une optique de bien-être. Avec l’essor des réseaux sociaux nous sommes, chaque jour, exposés à une multitude d’images mettant en scène des corps, des visages et des modes de vie soigneusement sélectionnés. Dans cet environnement où l’apparence est continuellement mise en valeur, comparée et évaluée, l’image corporelle peut devenir une source importante de préoccupations. Mieux comprendre l’influence de cette culture de l’optimisation de l’apparence permet non seulement de prendre du recul face aux pressions esthétiques, mais aussi de développer une relation plus sereine, authentique et bienveillante avec soi-même. Les préoccupations par rapport à l’image corporelle L’image corporelle fait référence aux pensées, sentiments et comportements d’un individu liés à sa propre apparence physique (Cash, 2004). Elle ne concerne pas seulement le fait d’aimer ou non son apparence mais renvoie également à l’importance que l’on accorde à son apparence, dans la façon dont on se définit et s’évalue comme personne (Jarry et al., 2019). C’est une expérience entièrement subjective: deux personnes ayant des caractéristiques physiques similaires peuvent développer des perceptions très différentes d’elles-mêmes. La manière dont nous percevons notre corps est façonnée, en partie, par ce que notre environnement considère comme beau, attrayant ou désirable (Liu et al., 2025; Mills et al., 2022). Si autrefois le miroir constituait l’un des principaux moyens de se refléter, aujourd’hui, les réseaux sociaux nous exposent à une multitude de reflets idéalisés qui influencent la manière dont nous nous percevons (Mironica et al., 2024; Saiphoo & Vahedi, 2019; Sarda et al., 2025; Velkoska & Şabani, 2024). Tout un mécanisme … Les réseaux sociaux encouragent souvent les personnes à surveiller, améliorer et mettre en valeur leur apparence physique. Les plateformes comme Instagram, TikTok ou Snapchat privilégient les contenus visuels et encouragent une présentation très travaillée de soi. Les images qui y circulent sont sélectionnées, filtrées, retouchées ou produites selon des codes précis, ce qui tend à faire passer pour “communs” des visages et des corps qui sont en réalité idéalisés. Cette valorisation de l’apparence se manifeste également par l’essor des routines de beauté et de soins, l’utilisation de filtres et d’applications de retouche, ainsi que par un intérêt grandissant pour la médecine et la chirurgie esthétiques (Doh et al., 2024; Mironica et al., 2024; Rahman et al., 2024; Stefana & Damiani, 2026). Le looksmaxxing (Halpin et al., 2025 ; Muntaner Vives et al., 2026) et la cosmeticorexia (Stefana & Damiani, 2026) illustrent particulièrement cette volonté d’optimisation. Le premier, terme issu des communautés incel (Corbin & Boursier, 2026), vise à maximiser l’attractivité physique par diverses stratégies d’amélioration de l’apparence. La seconde désigne une préoccupation excessive pour les produits, traitements et interventions esthétiques. La culture de l’optimisation de l’apparence s’exprime aussi par la recherche de validation sociale à travers les « J’aime », les commentaires et le nombre d’abonnés. L’apparence devient alors non seulement un moyen de se présenter aux autres, mais aussi une source de reconnaissance et d’évaluation sociale (Liu et al., 2025; Merino et al., 2024). Derrière cette culture de l’optimisation de l’apparence se trouvent aussi des mécanismes psychologiques bien identifiés. L’un des plus importants est l’auto-objectification, c’est-à-dire la tendance à se percevoir d’abord comme un objet regardé et évalué par les autres (Liu et al., 2025; Wollast et al., 2026), un processus renforcé par la comparaison sociale, particulièrement lorsqu’on est exposé à des images filtrées ou idéalisées (Castellanos Silva & Steins, 2023; Liu et al., 2025; Pedalino & Camerini, 2022). Plus le regard porté sur soi devient extérieur, évaluatif et perfectionniste, plus le risque d’insatisfaction corporelle et de détresse psychologique augmente. Certaines personnes seraient plus vulnérables à ces pressions que d’autres : lorsqu’une personne tire peu de sa valeur de ses relations, de ses compétences ou de ses valeurs personnelles, elle est davantage susceptible de se comparer aux autres sur le plan de l’apparence et de vouloir correspondre aux standards de beauté valorisés par la société (Liu et al., 2025; Vartanian & Nicholls, 2024). Dans un environnement saturé de représentations « parfaites », la beauté risque alors de devenir une mesure trompeuse de la valeur personnelle. Les impacts des réseaux sociaux sur l’image de soi et le bien-être psychologique Bien que les réseaux sociaux puissent favoriser l’expression de soi et le partage d’expériences positives, une exposition fréquente à des contenus centrés sur l’apparence est associée à plusieurs effets négatifs sur l’image corporelle et la santé psychologique. L’une des conséquences les plus documentées est l’insatisfaction corporelle (Castellanos Silva & Steins, 2023; Merino et al., 2024; Pedalino & Camerini, 2022). À force d’être exposées à des images idéalisées de corps et de visages, certaines personnes développent une perception plus critique de leur propre apparence. Par exemple, l’usage passif d’Instagram (consultation de contenus sans interaction avec les autres utilisateurs) est associé à une baisse de l’appréciation corporelle, en grande partie parce que les utilisateurs se comparent aux influenceurs et aux figures esthétiques dites « dominantes » (Pedalino & Camerini, 2022). La recherche montre, d’ailleurs, que l’exposition répétée à ce type d’images favorise l’insatisfaction corporelle, surtout lorsqu’elle s’accompagne de comparaisons ascendantes, c’est-à-dire de comparaisons avec des personnes perçues comme plus attirantes, avec pour conséquence une diminution de la satisfaction corporelle, d’une anxiété, d’une baisse de l’estime de soi et de symptômes dépressifs (Castellanos Silva & Steins, 2023; Liu et al., 2025; Merino et al., 2024; Pedalino & Camerini, 2022). La littérature scientifique associe aussi l’exposition intensive aux réseaux sociaux à davantage de symptômes dysmorphiques (préoccupation excessive à l’égard de défauts physiques réels ou perçus) (Gupta et al., 2023). Il a étéégalement observé que certaines personnes souhaitent de plus en plus ressembler à une version filtrée ou retouchée d’elles-mêmes (Snapchat dysmorphia) (Mancin et al., 2026). Les réseaux sociaux peuvent renforcer l’idée que l’apparence doit constamment être améliorée, ce qui contribue à normaliser le recours à diverses procédures esthétiques, parfois très invasives (Mironica et al., 2024; Rahman et al., 2024).
Seul.e par choix : ce que les solo-influenceurs révèlent de notre rapport à la solitude

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Seul.e par choix : ce que les solo-influenceurs révèlent de notre rapport à la solitude Imaginez une créatrice de contenu qui filme ses vendredis soirs seule à la maison et qui attire 200 000 abonné.e.s. C’est la réalité de Lana Isa, créatrice de contenu de Toronto devenue le visage d’une tendance en pleine croissance : les solo-influenceur.euse.s (Hill, 2026). Ses vidéos la montrent cuisiner, magasiner et relaxer en solo, avec des légendes comme « POV : tu es célibataire, tu n’as pas d’ami.e.s, tu vis seule, et voici à quoi ressemble ta vie ». Et plutôt que de la plaindre, sa communauté commente, s’identifie et en redemande. Dans la même mouvance, le « solo-maxxing » transforme le célibat choisi en projet de vie : vivre seul.e, sans partenaire, parfois sans cercle d’ami.e.s proche, et l’assumer pleinement, caméra à l’appui. Ce phénomène détonne à une époque où on nous répète que la solitude est une épidémie (US Surgeon General, 2023). Comment expliquer les nuances dans ces manières de présenter et vivre la solitude? Être seul.e, savourer sa solitude, se sentir seul.e : trois choses différentes La langue anglaise distingue des réalités que le français écrase sous un seul mot. En effet, le terme solitude en français peut référer à deux construits distincts en anglais, soit « solitude » et « loneliness ». Ce que l’anglais nommesolitude se définiti comme un sentiment de quiétude associé au fait d’être seul.e. On la choisit délibérément, pour le calme, la liberté ou le ressourcement qu’elle apporte (Thomas et Azmitia, 2019). En ce qui concerne le terme « loneliness », ou encore le sentiment de solitude en français, il réfère à un écart de satisfaction entre les relations qu’on souhaite avoir et celles qu’on a vraiment, en quantité ou en qualité (Perlman et Peplau, 1981). Le sentiment de solitude est associé à des sentiments désagréables ou à une souffrance émotionnelle. Finalement, il convient aussi de distinguer ces concepts de l’isolement social, soit d’être physiquement seul.e et d’avoir peu contacts sociaux. C’est un fait objectif qui ne dit rien de ce que la personne ressent. L’isolement social et la solitude ne sont pas nécessairement source d’émotions désagréables et de conséquences sur le plan de la santé mentale. En effet, une étude menée auprès de plus de 11 000 personnes a montré que le lien entre le temps passé seul.e et le sentiment de solitude est faible (Coyle et Dugan, 2012). Autrement dit, on peut passer des heures seul.e sans en souffrir. D’ailleurs, les adultes nord-américains passent entre 30 et 65 % de leurs heures d’éveil seuls (Larson, 1990; Danvers et al., 2023), et environ 85 % de ce temps seul est choisi volontairement (Lay et al., 2020). Pourquoi rechercher la solitude? Tout dépend de la raison qui nous pousse vers le temps seul.e. La recherche distingue la préférence pour la solitude, c’est-à-dire le goût d’être seul.e et le plaisir qu’on en retire, de l’anxiété sociale, qui pousse plutôt à fuir les autres par peur du jugement (Bansal, 2024). La différence est majeure : la solitude choisie pour soi est associée à des bienfaits, alors que la solitude subie ou liée à l’évitement est associée à la détresse (Thomas et Azmitia, 2019). Une étude récente auprès de jeunes adultes (Bansal, 2024) rappelle ce que la solitude choisie peut offrir : un meilleur contrôle de ses émotions, de l’introspection, de la créativité et un sentiment de liberté dans le choix de ses activités. Bref, une pause des pressions sociales et de la connectivité constante. À l’opposé, la solitude qui découle d’un retrait non désiré s’accompagne plus souvent d’un sentiment de solitude et de symptômes dépressifs. Les solo-influenceur.euse.s mettent en scène la première forme : une solitude revendiquée et présentée comme une source de paix. Le solo-maxxing brouille toutefois la frontière. Si l’isolement devient une esthétique à imiter, certaines personnes pourraient maquiller en choix un retrait qu’elles subissent (Hill, 2026). Une question demeure : ces images de solitude heureuse qui défilent dans nos fils changent-elles quelque chose à ce que nous vivons quand nous sommes réellement seul.e.s? Vos croyances changent la donne La science suggère que oui, parce que les contenus que nous consommons façonnent nos croyances, et que nos croyances façonnent notre expérience. Une étude publiée dans Nature Communications (Rodriguez et al., 2025) en fait la démonstration. Les chercheur.euse.s ont d’abord analysé les grands journaux américains : les manchettes présentaient le fait d’être seul.e comme néfaste dix fois plus souvent que comme bénéfique. Et il suffisait de lire un seul article du genre pour que les croyances des participant.e.s sur le temps seul deviennent plus négatives. L’équipe a ensuite suivi 161 jeunes adultes pendant deux semaines afin d’évaluer l’impact de leur perception de la solitude sur leur vécu de celle-ci. Chez les personnes convaincues qu’être seul.e est mauvais, le sentiment de solitude grimpait de 53 % après une longue période en solo. Chez celles qui voyaient le temps seul positivement, le même temps passé seul.e s’accompagnait d’une baisse de 13 % du sentiment de solitude, en plus d’une diminution du stress et de l’ennui. Et ce résultat a été reproduit dans neuf pays sur six continents (Rodriguez et al., 2025). La façon dont vous pensez votre temps seul.e détermine donc en partie ce qu’il vous fait vivre. Vu sous cet angle, les solo-influenceur.euse.s pourraient même avoir un effet protecteur, en offrant un contrepoids aux discours alarmistes des médias traditionnels. Un enjeu de santé publique, oui, mais sous conditions Attention, cette nuance n’efface pas les données déjà récoltées sur l’impact du sentiment de solitude. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, une personne sur six dans le monde se sent seule, et la proportion est encore plus élevée chez les adolescent.e.s et les jeunes adultes (OMS, 2025). Entre 2014 et 2019, plus de 871 000 décès par année ont été associés au sentiment de solitude et à l’isolement, qui augmente les
Joy of missing out : se donner le droit de « rater »

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Joy of missing out : se donner le droit de « rater » Les plateformes de réseaux sociaux promettent visibilité, proximité et accès continu à l’information. Sur les réseaux sociaux, des personnes publient des moments soigneusement choisis et présentés sous leur meilleur jour. Devant notre écran, nous consommons continuellement ces “moments” au point où on peut parfois se retrouver à alimenter une peur que d’autres vivent des expériences enrichissantes sans nous (Fear of Missing Out ou FOMO), une comparaison sociale constante due à une utilisation importante des réseaux sociaux qui pourrait mener à un épuisement mental voire de la fatigue (Chakrabarti, 2024; Lee et al., 2016; Yildirimer et al., 2024). Et si au final, rater ce qui se passe sur les réseaux sociaux de temps à autre nous faisait le plus grand bien. Vaincre le FOMO par le Joy of missing out Depuis quelques années, une tendance à la déconnexion nommée Joy of missing out (JOMO), émerge comme un contre-mouvement du FOMO. Dans les médias, elle est même présentée comme une « cure » au FOMO. L’Urban Dictionary propose une définition plus simple : « savourer ce que l’on fait ici et maintenant, au lieu de passer son temps sur les réseaux sociaux à regarder ce que font les autres » (Urban Dictionary, s. d.). Il faut savoir que dans la littérature scientifique, la définition du JOMO n’est pas encore bien établie. Il est plutôt décrit comme un concept encore en construction, qui peut être compris à plusieurs niveaux. D’abord, le JOMO peut être compris comme une expérience émotionnelle positive associée au fait de choisir volontairement de ne pas participer à certaines activités sur les réseaux sociaux, en ressentant de la satisfaction, du calme ou du plaisir plutôt que de l’anxiété ou un sentiment d’exclusion (Aitamurto et al., 2021; Diandono et al., 2025; Jacobsen, 2021). Il est souvent présenté en contraste avec le FOMO (Caesarina et al., 2023; Rautela & Sharma, 2022). Le JOMO implique aussi une déconnexion intentionnelle, accompagnée d’un sentiment d’autonomie et d’acceptation de sa situation présente, sans se comparer excessivement aux autres (Aitamurto et al., 2021; Jacobsen, 2021; Putra, 2019). Plusieurs définitions associent également le JOMO à des pratiques issues de la culture du bien-être (la pleine conscience, à l’appréciation de la solitude et aux pratiques de soin de soi), incluant la réduction de l’usage des réseaux sociaux et de la comparaison sociale (Kantar et al., 2025; Ranjbar et al., 2025; Rautela & Sharma, 2022). Enfin, le JOMO est parfois décrit comme un mode de vie, dans lequel les personnes cherchent à limiter les engagements perçus comme peu significatifs afin de se concentrer sur des activités jugées plus bénéfiques pour leur bien-être et leur santé mentale (Caesarina et al., 2023; Diandono et al., 2025; Kantar et al., 2025; Rautela & Sharma, 2022). Différencier le JOMO des personnalités introverties Le JOMO renvoie généralement à une expérience de vie et une motivation, mais peut également jouer un rôle de stratégie d’adaptation, selon les contextes, plutôt que comme un trait de personnalité. Il ne se confond donc pas avec un simple retrait social ni avec l’introversion. D’ailleurs, les personnes qui présentent du JOMO profitent davantage de la déconnexion lorsqu’elles disposent déjà de liens sociaux satisfaisants hors ligne (Barry et al., 2023). Pour certains, le JOMO témoigne d’une perception de soi positive et d’un bien‑être ; pour d’autres, il peut coexister avec de l’anxiété sociale ou un retrait défensif (Barry et al., 2023; Eitan & Gazit, 2024). D’où l’intérêt de le distinguer de l’introversion, un trait de personnalité caractérisé par une préférence pour la solitude, la réflexion et le travail indépendant ; plutôt que les rencontres fréquentes en grand groupe, qui peuvent parfois être une source de stress (Wan, 2023). Cependant, les personnes dites introverties peuvent préférer la solitude sans nécessairement l’apprécier (Nguyen et al., 2022). À l’inverse, le JOMO met l’accent sur le plaisir éprouvé et sur le choix conscient. JOMO et bien-être Dans l’ensemble, les recherches suggèrent que le JOMO est généralement associé à un meilleur bien-être psychologique, notamment parce qu’il s’accompagne d’un usage moins important des réseaux sociaux, de moins de solitude ressentie et de moins de détresse psychologique (Barry et al., 2023; Kantar et al., 2025). Aussi, les personnes ayant un JOMO plus élevé rapportent davantage de satisfaction de vie et de pleine conscience, ainsi qu’un usage plus limité des réseaux sociaux, malgré que certaines personnes puissent présenter plus d’anxiété sociale selon leurs motivations à se déconnecter (Barry et al., 2023). D’autres travaux indiquent que le JOMO joue un rôle intermédiaire entre l’autocompassion et le bien-être : les personnes plus bienveillantes envers elles-mêmes tendent à mieux vivre la déconnexion, ce qui contribue à leur santé mentale (Kaya et al., 2026). Des théories émergent donc sur le fait que le JOMO puisse être une stratégie adaptative, voire un mode de vie, qui favoriserait l’équilibre et la réduction de la fatigue psychologique par la limitation des engagements sociaux perçus comme peu significatifs et de la pression numérique (Arfan Maulana Hafizh et al., 2024; Canonigo et al., 2025; Chan et al., 2022; Diandono et al., 2025; Hayran & Anik, 2021; Li & Han, 2025; Rautela & Sharma, 2022). Que retenir ? Le JOMO renvoie à l’expérience positive associée à une déconnexion choisie et autonome. Il est généralement associé à un meilleur bienêtre psychologique, bien que ses effets puissent varier selon les motivations de la déconnexion. Article écrit par Rasoamiadana Volanirina Rasolofomamonjy Références Aitamurto, T., Won, A. S., Sakshuwong, S., Kim, B., Sadeghi, Y., Stein, K., Royal, P. G., & Kircos, C. L. (2021). From FOMO to JOMO : Examining the Fear and Joy of Missing Out and Presence in a 360° Video Viewing Experience. Proceedings of the 2021 CHI Conference on Human Factors in Computing Systems, 1‑14. https://doi.org/10.1145/3411764.3445183 Arfan Maulana Hafizh, Fajar Hidayat, & Amril Suansyah. (2024). Fomo Vs Jomo : Understanding The Psychology Behind Social Media Consumption Behavior And Its Impact On Mental Well-Being With A Communication Psychology Approach. World Journal of Islamic Learning and Teaching, 1(2), 10‑18. https://doi.org/10.61132/wjilt.v1i2.37
Ce que nous voyons sur les médias sociaux n’est pas aléatoire

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Ce que nous voyons sur les médias sociaux n’est pas aléatoire Chaque fois que nous ouvrons un média social comme Instagram, TikTok, YouTube ou Reddit, nous sommes exposé·e·s à une sélection très précise de contenus. Certaines publications apparaissent en haut de notre fil, d’autres n’y apparaîtront jamais. Ce processus peut sembler naturel. Pourtant, il ne doit rien au hasard. Ce que nous voyons résulte de systèmes de recommandation conçus pour sélectionner, classer et prioriser les contenus en fonction de nombreux signaux, incluant nos interactions, nos visionnements et nos habitudes d’utilisation (Covington et al., 2016; Gillespie, 2014). Leur objectif est de prédire quels contenus retiendront le plus notre attention, dans un environnement où celle-ci constitue une ressource centrale (Sutton & Barto, 2018; Zuboff, 2019). Autrement dit, notre fil n’est pas seulement personnalisé. Il est optimisé pour capter notre attention et orienter notre expérience. Les algorithmes apprennent à partir de nos comportements Les systèmes de recommandation analysent en continu nos interactions: les contenus que nous aimons, regardons ou partageons. Ces informations sont utilisées pour prédire ce que nous serons susceptibles de trouver intéressant par la suite (Covington et al., 2016; Ricci et al., 2015). Ces systèmes combinent différentes approches, comme l’identification d’utilisateurs ayant des comportements similaires ou l’analyse des caractéristiques des contenus. Ils peuvent aussi intégrer des signaux liés à nos réactions émotionnelles afin d’anticiper ce qui générera le plus d’engagement (Ricci et al., 2015; Zhang et al., 2019). Ces mécanismes influencent concrètement notre utilisation des plateformes. Après l’implantation de systèmes de recommandation, certaines études ont observé des augmentations de plus de 120 % de l’engagement et un nombre d’utilisateurs revenant sur la plateforme presque trois fois plus élevé (Chaney et al., 2018). Le recours aux algorithmes conduit à plusieurs phénomènes souvent qui sont parfois dans notre angle mort: ils concentrent notre attention sur certains contenus, réduisent la diversité de ce que nous voyons et influencent progressivement nos comportements et nos perceptions. Les algorithmes concentrent notre attention Les systèmes de recommandation ne se contentent pas de proposer du contenu, ils déterminent aussi ce qui devient visible. En pratique, cela signifie qu’une part importante de notre attention est dirigée vers un nombre relativement restreint de publications. Par exemple, une analyse du réseau de recommandations de YouTube a montré qu’environ 23 % des vidéos concentraient plus de 80 % des visionnements (Faddoul et al., 2020). La majorité des contenus restent donc peu visibles, tandis qu’un plus petit groupe bénéficie d’une exposition disproportionnée. Ce phénomène, parfois appelé effet « rich-get-richer », reflète le fait que les contenus déjà populaires ont davantage de chances d’être recommandés, ce qui renforce encore leur visibilité (Salganik et al., 2006). Ainsi, les algorithmes orientent activement notre attention vers certains contenus plutôt que d’autres. Les algorithmes peuvent réduire la diversité de ce que nous voyons Les systèmes de recommandation apprennent à partir de nos comportements. Lorsqu’on interagit fréquemment avec un type de contenu, ils tendent à nous en proposer davantage. Ce mécanisme, appelé « amplification des préférences », peut progressivement réduire la diversité des contenus auxquels nous sommes exposé·e·s (Chaney et al., 2018). Avec le temps, cela peut créer des environnements informationnels plus homogènes, parfois appelés chambres d’écho, où nous sommes exposé·e·s de manière répétée à des contenus similaires (Pariser, 2011). Dans ce contexte, des contenus moins crédibles peuvent aussi être amplifiés lorsqu’ils génèrent un fort engagement, ce qui contribue à leur diffusion (Vosoughi et al., 2018). Les algorithmes influencent nos croyances et nos comportements Les systèmes de recommandation ne font pas que refléter nos intérêts, ils contribuent aussi à les orienter. En rendant certains contenus plus visibles que d’autres, ils influencent ce que nous regardons, les comptes que nous suivons et les contenus avec lesquels nous interagissons (Chaney et al., 2018). Des recherches montrent que cette influence peut dépasser les comportements en ligne. Par exemple, une étude expérimentale récente a montré que l’exposition à un fil algorithmique sur la plateforme X a modifié les attitudes politiques des utilisateurs et les comptes qu’ils choisissaient de suivre. En pratique, certains contenus et certains comptes devenaient plus visibles, ce qui augmentait la probabilité que les utilisateurs y soient exposés et y interagissent, contribuant à influencer progressivement leurs croyances et leurs positions politiques (Gauthier et al., 2026). D’autres travaux ont montré que les algorithmes peuvent aussi influencer directement des comportements hors ligne. Une étude menée auprès de plus de 60 millions d’utilisateurs Facebook a démontré que l’exposition à certains contenus politiques dans le fil d’actualité augmentait la probabilité que les utilisateurs participent à une élection. Le simple fait de voir que d’autres personnes avaient voté a contribué à augmenter la participation électorale mesurablement, illustrant la capacité des plateformes à influencer des comportements à grande échelle (Bond et al., 2012). Les systèmes de recommandation jouent également un rôle dans les comportements de consommation. En priorisant certains produits, ils influencent les décisions d’achat et la visibilité des biens disponibles. Des recherches ont montré que les recommandations personnalisées peuvent significativement augmenter la probabilité qu’un utilisateur choisisse un produit particulier, en orientant son attention et en réduisant l’exposition à des alternatives (Smith & Linden, 2017; Ricci et al., 2015). Ainsi, les algorithmes ne font pas qu’organiser l’information. Ils influencent l’environnement dans lequel nos décisions se construisent. Comprendre les algorithmes pour développer un rapport plus conscient aux médias sociaux Comprendre que ce que nous voyons n’est pas aléatoire est une première étape importante. Chaque interaction contribue à entraîner l’algorithme et à façonner progressivement le contenu proposé. Cela signifie que nous pouvons, dans une certaine mesure, influencer ce que nous voyons. Diversifier les contenus que nous consultons, suivre des sources variées ou explorer des perspectives différentes peut contribuer à élargir ce qui nous est présenté. Cependant, la responsabilité ne repose pas uniquement sur les personnes qui utilisent les médias sociaux. Ces systèmes sont conçus par des plateformes dont les
Quand les réseaux sociaux exposent à la violence: quels impacts sur la santé mentale?

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Quand les réseaux sociaux exposent à la violence: quels impacts sur la santé mentale? Dans notre quotidien numérique, nous sommes souvent exposé·e·s à un flot continu de vidéos, d’images et de récits choquants sur les réseaux sociaux. Ces contenus deviennent viraux parce qu’ils suscitent de fortes réactions émotionnelles, attirent l’attention et sont ensuite amplifiés par des algorithmes conçus pour maximiser l’engagement. Ainsi, même sans les rechercher, il est facile de tomber sur des scènes de violence, de catastrophe ou de crise en quelques clics. Ces dernières semaines, ce phénomène s’est illustré de manière frappante à travers plusieurs événements très médiatisés. Aux États Unis, les vidéos montrant la mort par balles de deux personnes tuées dans le cadre d’opération du service de l’immigration (ICE) à Minneapolis, ont circulé largement et suscité une vive émotion ainsi que de nombreux débats publics sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels. En parallèle, des images troublantes de l’incendie majeur survenu dans une boîte de nuit en Suisse ont été massivement partagées et commentées, exposant des milliers de personnes à des scènes d’urgence et de traumatisme en temps réel. Ces exemples montrent à quel point les réseaux sociaux peuvent diffuser rapidement des images très fortes et comment il devient difficile d’y échapper. Une question se pose alors: que sait-on, scientifiquement, des effets de l’exposition répétée à ce type de contenu sur la santé mentale? Ce que la recherche montre De nombreuses études montrent que l’exposition à des contenus violents ou très anxiogènes sur les réseaux sociaux est associée à une augmentation de la détresse psychologique, même chez les personnes qui ne sont pas directement touchées par les événements. Lors de périodes de crise, une utilisation plus fréquente des réseaux sociaux est liée à une hausse des symptômes d’anxiété et de dépression. Les émotions négatives provoquées par ces contenus, comme la peur, la tristesse ou l’impuissance, jouent un rôle clé dans ce lien entre exposition et détresse (Zhao et Zhou, 2020). Ces effets ont notamment été observés pendant la pandémie de COVID 19, où une consommation quotidienne de contenus anxiogènes était associée à davantage de symptômes de dépression, d’anxiété et de stress (Price et al., 2021; Lamba et al., 2023). Chez les adolescent·e·s et les jeunes adultes, l’exposition répétée à des images violentes ou perturbantes peut aussi être liée à des symptômes de stress post traumatique, même sans avoir vécu directement les événements. Le visionnement d’images de guerre, de catastrophes ou de violence en ligne peut provoquer des réactions émotionnelles et physiques semblables à celles observées après un traumatisme direct. L’exposition répétée à la douleur des autres peut entraîner des symptômes comme des images intrusives, de l’hypervigilance, de l’évitement ou une détresse émotionnelle, comme l’a montré une étude menée auprès d’utilisateur·rice·s de réseaux sociaux (Mancini, 2019). Cela s’explique par la force des images et par le sentiment d’immersion qu’elles créent. Les événements représentés peuvent alors être perçus comme une menace pour soi. Des impacts à court et à plus long terme Les impacts peuvent apparaître rapidement. Après quelques jours seulement d’exposition intensive, on observe souvent plus de stress, davantage d’émotions négatives, des images qui reviennent en tête et des troubles du sommeil (Price et al., 2021; Lamba et al., 2023). Des effets plus durables ont aussi été observés. Des symptômes de stress post traumatique peuvent persister plusieurs mois chez des personnes indirectement exposées à des événements violents par les réseaux sociaux (Yamin et al., 2023). Cela dit, les études actuelles comportent encore des limites. La plupart portent sur de courtes périodes, ce qui rend difficile de savoir comment ces effets évoluent à long terme pour l’ensemble des personnes exposées. Pourquoi ces images nous affectent autant? Plusieurs facteurs expliquent pourquoi ces contenus peuvent avoir un impact important sur la santé mentale. D’abord, ils provoquent des émotions très fortes. La peur, la colère et la tristesse augmentent la vulnérabilité à l’anxiété et aux symptômes dépressifs (Zhao et Zhou, 2020). Ensuite, la répétition joue un rôle majeur. Revoir souvent des images similaires, en partie parce que les algorithmes les mettent de l’avant, peut maintenir un état de stress et rendre le retour au calme plus difficile. Ce phénomène, souvent associé au doomscrolling, est lié à une augmentation du stress traumatique secondaire et à une diminution du bien être psychologique (Taskin et al., 2024; Ang, 2025). Avec le temps, certaines personnes peuvent aussi développer une vision plus négative ou plus insécurisante du monde, ce qui contribue à la détresse psychologique (Ang, 2025; Kennedy, 2023). Comment se protéger? La recherche met en évidence deux grandes catégories de pistes pour se protéger des effets négatifs liés au visionnement de contenus violents en ligne. Certaines visent à prévenir en réduisant l’exposition à ces contenus, tandis que d’autres cherchent à mieux répondre au stress vécu lorsque l’exposition a déjà eu lieu, en favorisant le retour à un état de régulation émotionnelle et physiologique. Sur le plan de la prévention, un premier ensemble de stratégies consiste à agir sur la quantité et la répétition de l’exposition. Réduire le temps passé sur les réseaux sociaux, éviter de visionner à répétition des vidéos choquantes et prendre volontairement des pauses numériques permet de limiter l’accumulation de contenus anxiogènes, particulièrement en période d’actualité intense (Zhao & Zhou, 2020; Price et al., 2021). L’utilisation des paramètres de contrôle du contenu, la désactivation de certaines recommandations algorithmiques et la diversification des sources d’information constituent également des leviers concrets pour diminuer l’exposition involontaire à des images violentes ou perturbantes. Un second axe, complémentaire, concerne la manière de répondre au stress généré par le visionnement de ces contenus. Les vidéos violentes peuvent activer une réponse de stress sans offrir de possibilité réelle d’action, laissant l’organisme dans un état d’alerte prolongé. Dans cette perspective, plusieurs travaux suggèrent l’importance d’achever la réponse de stress, c’est-à-dire d’aider le corps à revenir à un état
Nomophobie : comprendre cette forme d’anxiété moderne

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Nomophobie : comprendre cette forme d’anxiété moderne Un instant de panique : le téléphone n’est pas là ! On fouille ses poches, son sac…on palpite… et on réalise à quel point cet objet nous est devenu indispensable. Cette sensation que l’on appelle “nomophobie” est loin d’être un cas isolé. Un nouveau mot dans le jargon de la science, un nouveau phénomène à l’étude. Dans cet article, nous tenterons d’y apporter un éclairage à travers la littérature scientifique existante. Comprendre la nomophobie La nomophobie trouve son origine en 2008 au Royaume-Uni, lorsque la UK Post Office a mené une étude pour explorer l’anxiété liée à l’absence de téléphone portable. Le terme est en réalité une contraction de « no-mobile-phone phobia », désignant la peur « irrationnelle » de ne pas avoir accès à son téléphone (Yildirim & Correia, 2015). Selon le Cambridge Dictionnary, il s’agit d’une inquiétude ou d’une angoisse à l’idée d’être séparé de son téléphone ou de ne pas pouvoir l’utiliser (Cambridge dictionary, s. d.). Depuis, le mot nomophobie est largement repris dans la littérature scientifique pour décrire cette anxiété (King et al., 2013). Les jeunes adultes seraient parmi les plus vulnérables à la nomophobie (Daei et al., 2019; Notara et al., 2021). Il faut savoir que des niveaux élevés d’utilisation des nouvelles technologies, y compris du téléphone portable, ne sont pas forcément pathologiques à moins qu’ils ne soient liés à des conséquences négatives (Charlton & Danforth, 2007). D’ailleurs, la nomophobie n’est pas encore classé comme un trouble officiel mais est largement discuté comme étant une forme d’anxiété (American Psychiatric Association, 2022; Li et al., 2025). Certains auteurs jugent même que le terme « phobie » est exagéré étant donné que le principal élément émotionnel commun aux différentes définitions semble être l’anxiété plutôt que la peur (Li et al., 2025). Les théories autour de la nomophobie Dans une récente synthèse de la littérature, Li et al. (2025) regroupent différentes théories en trois perspectives pour expliquer la nomophobie. Premièrement, la perspective négative considère la relation entre l’humain et la technologie sous un angle critique, qualifiant la technologie de « substance addictive ». Cette perspective voit la nomophobie comme une addiction au téléphone ou à Internet, ce qui aide à comprendre les cas graves, mais ne reflète pas bien le fait que, pour la plupart des gens, être souvent connectés fait simplement partie de la vie quotidienne. Ensuite, la perspective neutre explique la nomophobie comme une réaction naturelle à notre besoin constant de rester connectés : quand ce besoin d’information et de lien n’est pas comblé, il crée stress, anxiété ou habitudes de vérification excessive, sans que cela soit forcément une addiction. Elle met aussi l’accent sur l’habitude d’être «toujours en ligne», la peur de manquer quelque chose (FoMO) ou le stress numérique. Enfin, la perspective positive voit la nomophobie comme le reflet d’un lien émotionnel et identitaire avec la technologie : les téléphones ne sont plus seulement des outils, mais des objets de réconfort et des « extensions de nous-mêmes », même si cette relation reste difficile à définir précisément. Une autre théorie émerge de ces dernières où la nomophobie est expliquée à travers la « théorie de l’extension virtuelle des capacités par Internet ». Selon Li et al. (2025), Internet serait une extension immatérielle et fonctionnelle du soi, essentielle à la vie moderne : une dépendance non pathologique mais naturelle, issue de l’intégration du numérique dans notre vie quotidienne… A suivre ! Les bonnes pratiques Dans un monde où être connecté est devenu une norme, se détacher de son téléphone peut être une source d’inconfort. Afin de trouver un bon équilibre, il existe des micro-habitudes que nous pouvons intégrer avec douceur à nos routines qui pourraient aider à mieux gérer l’usage du téléphone, nous détacher de celui-ci de temps à autre et limiter l’anxiété liée à son absence. En conclusion… Le champ de la nomophobie reste encore en phase exploratoire, c’est-à-dire que les chercheurs commencent tout juste à identifier ses causes, ses manifestations et les théories qui peuvent l’expliquer. Les différentes théories qui ont été présentées offrent des visions complémentaires de ce phénomène, mais aucune ne le saisit dans sa totalité. Des recherches plus approfondies seront nécessaires pour en cerner pleinement les contours. Article écrit par Rasoamiadana Volanirina Rasolofomamonjy Références American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5-TR). American Psychiatric Association Publishing. https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425787 Cambridge dictionary. (s. d.). Nomophobia. Consulté 9 octobre 2025, à l’adresse https://dictionary.cambridge.org/fr/dictionnaire/anglais/nomophobia Charlton, J. P., & Danforth, I. D. W. (2007). Distinguishing addiction and high engagement in the context of online game playing. Computers in Human Behavior, 23(3), 1531‑1548. https://doi.org/10.1016/j.chb.2005.07.002 Daei, A., Ashrafi-rizi, H., & Soleymani, M. R. (2019). Nomophobia and Health Hazards : Smartphone Use and Addiction Among University Students. International Journal of Preventive Medicine, 10(1). https://doi.org/10.4103/ijpvm.IJPVM_184_19 King, A. L. S., Valença, A. M., Silva, A. C. O., Baczynski, T., Carvalho, M. R., & Nardi, A. E. (2013). Nomophobia : Dependency on virtual environments or social phobia? Computers in Human Behavior, 29(1), 140‑144. https://doi.org/10.1016/j.chb.2012.07.025 Li, J., Chen, W., & Liu, Z. (2025). Addiction, donut, or extended self : An interpretive analysis of nomophobia. Well-Being Sciences Review, 1(1), 31‑47. https://doi.org/10.54844/wsr.2025.0905 Notara, V., Vagka, E., Gnardellis, C., & Lagiou, A. (2021). The Emerging Phenomenon of Nomophobia in Young Adults : A Systematic Review Study. Addiction and Health, 13(2). https://doi.org/10.22122/ahj.v13i2.309 Yildirim, C., & Correia, A.-P. (2015). Exploring the dimensions of nomophobia : Development and validation of a self-reported questionnaire. Computers in Human Behavior, 49, 130‑137. https://doi.org/10.1016/j.chb.2015.02.059 Tous nos articles
Santé mentale par le numérique : les applications sont-elles efficaces ?

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Santé mentale par le numérique : les applications sont-elles efficaces ? Aujourd’hui, il existe une application (appli) pour presque tout : se divertir, apprendre une nouvelle langue, faire du sport, mieux dormir, gérer son stress, méditer … Parmi elles, les applis dédiées à la santé mentale deviennent de plus en plus populaires. Ce n’est surement pas un hasard : les troubles de santé mentale représentent un enjeu majeur de santé publique (Fan et al., 2025), et l’Organisation mondiale de la santé souligne que le bien-être mental constitue un des piliers fondamentaux de la santé globale (OMS, s. d.). Les applis de santé mentale promettent d’améliorer la santé mentale en offrant un accompagnement personnalisé et accessible. Mais derrière cette promesse, une question essentielle se pose : ces applis peuvent-elles réellement améliorer notre santé mentale ? Pour essayer de répondre à cette question, l’équipe de SBEN a fait le point sur les écrits scientifiques récents afin de vous donner une vue d’ensemble des états de connaissances actuelles sur le sujet. Sur quoi reposent les applis de santé mentale ? La plupart des applis de santé mentale reposent sur des approches reconnues comme la pleine conscience, la thérapie cognitivo-comportementale, la thérapie d’acceptation et d’engagement, et la psychologie positive. Certaines combinent ces différentes approches (Eisenstadt et al., 2021; Yin et al., 2020). Une grande variété de fonctionnalités technologiques Les applis de santé mentale offrent plusieurs fonctionnalités. Elles permettent, par exemple, de faire un suivi de l’humeur en sélectionnant une émotion dans une liste ou en décrivant par écrit ce que l’on ressent, souvent en ajoutant des précisions sur le moment et le contexte. Certaines proposent des questionnaires et des outils d’autoévaluation pour faire le point sur son bien-être et suggérer des activités adaptées. Des applications proposent des activités de méditation guidée ou des exercices de respiration pour favoriser la détente. Elles offrent aussi du contenu psychoéducatif sous forme de vidéos, de quiz ou de défis interactifs afin d’en apprendre davantage sur la santé mentale. Pour rendre l’expérience plus engageante, certaines intègrent des histoires ou des jeux assortis de récompenses virtuelles. Des notifications, comme des rappels ou des messages positifs, peuvent également aider à maintenir les efforts dans le temps. Enfin, certaines applications mettent à disposition des outils conversationnels (chatbots) capables d’échanger avec l’utilisateur·rice et de l’accompagner dans ses réflexions. Les preuves scientifiques sur leur efficacité ? Alors que de nombreuses applis de santé mentale semblent prometteuses, en particulier pour la gestion de certains symptômes anxieux, seule une petite fraction ont fait l’objet d’études scientifiques. Les études suggèrent que les applis de santé mentale auraient un effet généralement positif mais très modeste sur le bien-être, le stress, l’anxiété, et en matière de gestion émotionnelle. Leur impact sur les symptômes dépressifs reste limité (Eisenstadt et al., 2021; Gál et al., 2021; Magwood et al., 2024; Schwartz et al., 2023). Ces effets sont souvent temporaires et plus marqués lorsque les participant·e·s aux études ont peu de contact avec les chercheur·e·s (Gál et al., 2021). Bien que prometteurs, les résultats doivent être interprétés avec prudence. En effet, les résultats sont inconstants et parfois contradictoires. Plusieurs limites méthodologiques sont à considérer : la grande diversité des applications rend les comparaisons difficiles, les études reposent souvent sur de petits échantillons composés de participant·e·s très motivé·e·s et peu diversifié·e·s, et elles évaluent les impacts sur de courtes périodes seulement (Dandil & Kingston, 2025; Moore et al., 2024; Schwartz et al., 2023). L’utilisation que font les personnes de ces applications varie aussi grandement, et les mécanismes précis expliquant leur efficacité demeurent encore mal compris (Dandil & Kingston, 2025). De plus, des facteurs clés comme le stress familial, professionnel ou les différences culturelles sont rarement pris en compte (Plotkina et al., 2025). Un autre enjeu réside dans l’écart entre les applications évaluées dans les recherches et celles qui sont réellement utilisées par le grand public (Wasil et al., 2022). Les effets potentiellement négatifs ainsi que la rentabilité de ces outils n’ont presque pas été étudiés. Enfin, le biais de publication, qui favorise la diffusion des résultats démontrant des effets positifs, et les conflits d’intérêts, notamment lorsque les chercheur·e·s sont associé·e·s aux entreprises qui développent les applications, suscitent des préoccupations importantes concernant la crédibilité des données (Eisenstadt et al., 2021; Gál et al., 2021; Plotkina et al., 2025). Pas si accessibles que ça … Au-delà de leurs fonctionnalités, la question des coûts et de l’accessibilité des applications de santé mentale soulève aussi des enjeux importants. La plupart des applis de santé mentale sont gratuites ou peu coûteuses, ce qui peut réduire les barrières financières et améliorer l’accessibilité (Wasil et al., 2022 ; Yin et al., 2020). Toutefois, ces applis gratuites présentent souvent des fonctionnalités limitées, peuvent manquer d’interventions fondées sur des preuves, ou encore monétiser les données des utilisateurs (Wasil et al., 2022). En revanche, les applis payantes tendent à offrir un soutien plus complet, mais leur coût peut exclure les personnes à faible revenu, ce qui risque de renforcer les inégalités en matière de santé (Wasil et al., 2022). Malgré leur potentiel, ces applis sont rarement remboursées par les assurances ou les systèmes de santé, ce qui limite encore leur accessibilité (Powell et al., 2019). Vie privée (et sécurité) ! De nombreuses applications de santé mentale soulèvent des préoccupations importantes en matière de vie privée et de sécurité des données. Certaines demandent des autorisations sensibles, présentent des failles de codage ou transmettent des informations personnelles de manière non sécurisée, notamment des identifiants uniques pouvant être associés à une personne précise (Saini et al., 2022). Les données sensibles, comme les mots de passe ou les identifiants, sont parfois mal protégées, voire accessibles, et les politiques de confidentialité sont souvent absentes, vagues, incomplètes ou difficiles à comprendre (O’Loughlin et al., 2019; Powell et al., 2018). Dans certains cas, les applications commencent à collecter des données avant même d’en informer l’utilisateur·rice, ce qui nuit
La culture du streaming : entre divertissement et enjeu pour le bien-être

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. La culture du streaming : entre divertissement et enjeu pour le bien-être Depuis quelques années, et surtout depuis la pandémie de Covid-19, les plateformes de diffusion continue (ou communément streaming) connaissent une popularité fulgurante. Netflix en est un bon exemple avec ses 301,6 millions d’abonné·e·s payant·e·s à la fin de 2024 (Jammot, 2025). Du côté des jeux vidéo, Twitch a lui aussi vu son nombre de spectateurs bondir depuis la pandémie (SullyGnome, 2025). Résultat, la taille de marché mondial des jeux en streaming atteignait 7,9 milliards en 2023 tandis que celui des films en streaming était environ de 53,2 milliards de dollars Américains en 2024 (Wise Guy Reports, 2025a, 2025b). Au Canada, la tendance est tout aussi marquée. Les ménages dépensent en moyenne 45 $ par mois pour leurs abonnements, visionnent environ 3,5 heures de contenu chaque jour et près de 74 % des foyers comptent deux abonnements ou plus à des plateformes de streaming (Muzaffar, 2025). Derrière cette apparente simplicité et le côté ludique des plateformes de streaming, pensées pour nous divertir, se cachent pourtant des stratégies marketing redoutables, conçues pour capter notre attention et nous fidéliser. Dans cet article, on explore ensemble l’univers du streaming, ses avantages mais aussi certains enjeux. Le panorama du streaming Le streaming, c’est beaucoup plus qu’une simple façon de regarder des séries ou des films. Il s’agit d’une méthode de diffusion en ligne qui permet de lire des contenus multimédias sans avoir à les télécharger (Le Robert, s. d.). On distingue deux grandes formes : le streaming en direct, qui permet de suivre un événement au moment même où il se déroule, et le streaming en différé, où les contenus sont disponibles à la demande, quand on veut et où on veut. Et attention, le streaming ne concerne pas que nos yeux. Bien sûr, il englobe les vidéos à la demande comme sur Netflix, la télévision en ligne comme Arte.tv, ou encore les diffusions en direct sur Instagram Live. Dans le domaine du jeu, il peut s’agir d’assister à des parties diffusées en direct, de jouer en ligne sans téléchargement, ou encore de suivre des compétitions d’e-sport. Mais le streaming, c’est aussi nos oreilles : musique, balados, radios en ligne, livres audios ou même contenus de relaxation. De plus en plus, le streaming s’invite aussi dans nos corps et nos routines. Des plateformes proposent des séances de yoga, d’entraînement physique ou encore des soins à distance. On le retrouve aussi dans les retransmissions sportives, dans l’éducation (cours en ligne et conférences), dans le commerce en direct, lors de cérémonies religieuses ou même dans des systèmes de surveillance vidéo. Selon la manière dont on interagit, le streaming peut être passif (simple visionnage), interactif (avec échanges en direct), immersif (en réalité virtuelle) ou partagé entre plusieurs utilisateurs. Bref, le streaming fait désormais partie de notre quotidien sous toutes ses formes, au point de brouiller les frontières entre divertissement, apprentissage, travail et même santé. Pourquoi ces plateformes captent autant l’attention ? Plusieurs raisons expliquent pourquoi les plateformes de streaming occupent une place si importante dans nos vies numériques. D’un côté, des études montrent que la commodité, le plaisir, l’innovation personnelle et parfois même l’attrait du visionnage intensif motivent leur utilisation (Singh et al., 2021). Les motivations varient selon les besoins : on peut chercher à apprendre quelque chose de nouveau, à vivre des émotions ou simplement à se divertir. Pour plusieurs, l’aspect communautaire est aussi essentiel. Discuter ou partager autour d’un contenu renforce le plaisir et la motivation à rester connecté (Wang & Wang, 2025). De l’autre côté, l’intelligence artificielle contribue à personnaliser l’expérience. Elle ajuste les recommandations, optimise les abonnements et améliore le service client (Drumond et al., 2018; Mokoena & Obagbuwa, 2025). Netflix, par exemple, s’appuie sur des algorithmes qui influencent nos choix en proposant du contenu adapté à nos préférences. En plus des recommandations personnalisées, d’autres fonctionnalités de conception des plateformes, comme l’autoplay, les notifications, ou encore les listes de contenus populaires, sont pensées pour encourager l’engagement et réduire les efforts nécessaires pour continuer à regarder. Ces éléments, souvent invisibles à nos yeux, suivent un schéma psychologique conforme au modèle “Hooked” déjà abordé sur SBEN.ca : ils déclenchent une action, la rendent facile, récompensent de manière variable, puis nous incitent à investir temps et attention. Ce cycle peut renforcer l’habitude de regarder encore un épisode, même sans le vouloir vraiment (Flayelle et al., 2025). Les bénéfices du streaming Le streaming peut avoir plusieurs avantages. Il favorise la détente, la distraction et parfois même la créativité. Certaines plateformes créent de véritables communautés où l’on peut interagir et échanger, d’autres diffusent des contenus éducatifs comme des documentaires, des podcasts ou des tutoriels. Les services de type « Over-the-top » (OTT) comme Netflix ou Amazon Prime permettent d’accéder en tout temps à une grande variété de contenus originaux et internationaux. Cette diversité de contenu peut offrir des occasions d’entrer en résonance émotionnelle avec certaines histoires, de se sentir touché·e ou inspiré·e, et de découvrir des perspectives culturelles variées (Kumar & Verma, 2024). Participer aux discussions lors d’un stream peut aussi être associé à un meilleur bien-être psychologique, surtout lorsque ces connexions sont authentiques et induisent un sentiment de communauté (Wolff & Shen, 2024). Le streaming touche également la santé et le bien-être. Les séances de télé-yoga et de méditation en ligne ont montré des effets positifs sur le stress, la dépression et le bien-être mental (Hedbom et al., 2023; Tsubono & Mitoku, 2025; Wadhen & Cartwright, 2021). Dans certains contextes, la diffusion de cérémonies religieuses en ligne a aussi joué un rôle de soutien en période de crise (Agyekum et al., 2023). Bref, le streaming peut être un outil qui soutient la détente, l’apprentissage et même la santé, selon la manière dont il est intégré dans le quotidien. Les zones grises du streaming Comme pour d’autres outils numériques, un
Confier son cœur… et sa tête à l’intelligence artificielle : bonne ou mauvaise idée ?

SBEN.ca, votre allié pour comprendre les effets du numérique sur votre santé mentale et vous accompagner vers un équilibre. Confier son cœur… et sa tête à l’intelligence artificielle : bonne ou mauvaise idée ? « Je pense que je suis amoureux de mon IA » ; ce message envoyé sur le forum Reddit par un utilisateur en 2024 a attiré l’attention de nombreuses personnes, notamment de celles d’autres entretenant des relations avec des services de compagnons virtuels ou d’intelligence artificielle générative. Ce recours aux applications de type chatbot, capables de tenir une conversation et de simuler des échanges empathiques, est de plus en plus courant à une époque où les jeunes adultes sont touchés par ce que certains nomment « l’épidémie de solitude ». Mais que peuvent réellement offrir ces compagnons virtuels, et quels risques comportent-ils ? Les promesses des compagnons virtuels Pour beaucoup, l’attrait des chatbots réside dans leur disponibilité constante et l’espace d’expression qu’ils offrent. Contrairement aux relations humaines, ils sont accessibles à toute heure, ne jugent pas et s’adaptent aux besoins exprimés par la personne utilisatrice (Baumel et al., 2017). Comme le souligne Vanessa Destiné dans un article rédigé pour le magazine Urbania concernant ses échanges avec un chatbot: « j’ai réalisé que je pouvais parler autant que je voulais sans me sentir coupable de monopoliser la conversation en parlant uniquement de mon nombril. » Pour plusieurs, les chatbots représentent ainsi une aide rapide, toujours accessible et, en apparence, dépourvue de jugement de valeur. Les études sur le sujet montrent que les échanges avec les chatbots peuvent procurer un sentiment de réconfort et contribuer à une amélioration temporaire du bien-être émotionnel. Dans une étude réalisée auprès de personnes utilisatrices de Replika, plusieurs personnes disent se sentir moins seules et de meilleure humeur après leurs conversations avec leur compagnon virtuel (Siemon et al., 2022). Des relations artificielles, vécues comme réelles Pour certaines personnes, l’expérience va bien au-delà d’une simple conversation. Des liens affectifs forts peuvent se développer, parfois comparables à ceux vécus dans des relations humaines. Des personnes utilisatrices ont même qualifié leur chatbot de meilleur ami ou de partenaire amoureux. Quand Replika a retiré la possibilité d’interactions érotiques, plusieurs ont témoigné avoir vécu une véritable perte, assimilable à un deuil émotionnel (De Freitas et al., 2024). Ce vécu repose sur la capacité de ces outils à donner l’impression d’empathie, même si ces émotions ne sont que simulées (Indrayani et al., 2020). Fait intéressant, certaines recherches indiquent que cette expérience peut aussi jouer un rôle de tremplin vers la socialisation : après des échanges réguliers avec un compagnon virtuel, des personnes utilisatrices disent avoir retrouvé un peu de confiance pour interagir avec d’autres dans la « vraie vie » (Inkster et al., 2018). Qu’en pensent les professionnel·le·s de la santé? Du côté des professionnel·le·s de la santé mentale, les avis sont partagés. Certains reconnaissent l’intérêt de ces outils pour rejoindre des personnes qui, autrement, ne chercheraient pas d’aide. Des essais ont montré que les chatbots pouvaient fournir des informations psychoéducatives, un suivi de l’humeur ou encore des techniques simples de gestion du stress (Bendig et al., 2019). Certaines études suggèrent même que ces interactions peuvent avoir une certaine valeur thérapeutique. Par exemple, des chatbots comme Woebot ont montré des effets modestes mais positifs sur les symptômes d’anxiété et de dépression, en offrant un espace pour exprimer ses émotions et en proposant de petites stratégies de gestion (Fitzpatrick et al., 2017; Ta et al., 2020). Cependant, la plupart des spécialistes s’accordent sur une limite claire : ces applications ne peuvent en aucun cas remplacer un suivi thérapeutique ou la richesse des relations humaines. Elles trouvent plutôt leur place comme complément, un soutien parmi d’autres dans une démarche de mieux-être (Mohr et al., 2013). Les zones grises et les risques Si ces compagnons virtuels peuvent représenter une ressource ponctuelle, leur utilisation soulève plusieurs inquiétudes. La première concerne le surinvestissement: certaines personnes en viennent à accorder une place centrale au chatbot, au détriment de leurs relations humaines (Laestadius et al., 2022). Pour des personnes déjà vulnérables, cela peut renforcer l’isolement social plutôt que de l’atténuer (Liu et al., 2024). En matière de santé mentale, les personnes utilisatrices peuvent mal interpréter la nature du soutien fourni par un chatbot, croyant à tort qu’il remplace un véritable thérapeute (Khawaja & Bélisle-Pipon, 2023). Ce malentendu peut entretenir les enjeux de santé mentale et retarder un accès aux soins appropriés. Une autre limite tient au fait que, malgré des réponses parfois convaincantes, un chatbot ne ressent pas d’émotions. L’absence d’empathie véritable finit par se révéler, ce qui peut générer de la déception, voire accentuer le sentiment de solitude (Turkle, 2011). Des chercheurs soulignent que la conception même de ces IA peut intégrer des biais, renforçant des stéréotypes ou fournissant des réponses inappropriées, voire dangereuses, aux personnes en détresse (Pandya et al., 2024). Ces biais s’expliquent par le fait que les modèles sont entraînés à partir de vastes ensembles de données provenant d’Internet, qui reflètent à la fois la richesse mais aussi les angles morts et les inégalités de nos sociétés (Bender et al., 2021). À cela s’ajoutent des préoccupations éthiques et pratiques : les données partagées dans ces conversations sont souvent personnelles et sensibles, et leur gestion par les entreprises pose de sérieuses questions de confidentialité (Piispanen et al., 2024). Enfin, plusieurs auteurs alertent sur le risque d’une « marchandisation de la solitude », où la souffrance affective devient un marché lucratif (Jobin et al., 2019). En commercialisant la détresse émotionnelle via des abonnements ou des services premium, certaines entreprises exploitent une vulnérabilité humaine au lieu de la soulager (Savic, 2024). Cette dynamique crée un modèle économique où l’attachement émotionnel à des entités artificielles devient un produit à vendre. Conclusion Les compagnons virtuels s’imposent comme une réponse partielle à la montée de la solitude. Ils peuvent offrir un espace d’écoute, un soutien ponctuel et même, dans certains cas, contribuer à réduire certains symptômes psychologiques. Mais leur utilisation n’est pas sans risques. En définitive, ils ne doivent pas être vus comme
