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Phubbing : comment nos téléphones changent la façon d’être ensemble

Aujourd’hui, difficile d’imaginer notre quotidien sans téléphone intelligent. Selon le rapport Digital 2025: Global Overview Report, près de 9 téléphones mobiles sur 10 utilisés dans le monde sont des téléphones intelligents (Kemp, 2025). Ils nous accompagnent partout et ont changé en profondeur notre façon de communiquer, d’apprendre et de travailler. Mais cette connexion constante a aussi un revers : il arrive qu’on accorde plus d’attention à notre écran qu’aux personnes qui nous entourent, que ce soit à la maison, au bureau ou entre ami·e·s. Ce réflexe, devenu presque ordinaire, porte même un nom : le phubbing.  

L’origine du « Phubbing »

Au cours des dernières années, les chercheurs ont porté une attention croissante aux effets négatifs de l’utilisation du téléphone intelligent pendant les interactions sociales, notamment en contexte de conversation (Roberts et David, 2016). Un concept émergent, connu sous le terme « phubbing », a tout d’abord été introduit en 2012 par l’agence McCann Australia dans le cadre d’une campagne de sensibilisation aux impacts de l’usage excessif du téléphone sur les relations interpersonnelles. Ce mot-valise, formé à partir des termes phone (téléphone) et snubbing (snober ou ignorer), réfère au fait d’ignorer une personne physiquement présente en consultant son téléphone (Baranova et al., 2023; Karadağ et al., 2016; Lynchy, 2013; Vanden Abeele et al., 2019). Ce phénomène a, depuis, progressivement gagné en légitimité dans le champ de la recherche, où il est désormais reconnu comme un sujet d’étude pertinent. 

Des exemples concrets de la vie quotidienne

Le phubbing se manifeste dans des situations quotidiennes : par exemple, lorsqu’une personne consulte ses messages pendant un repas en famille, ou lorsqu’un collègue interrompt une conversation pour répondre à une notification. Bien que souvent perçu comme banal ou inoffensif, ce comportement peut altérer la qualité des échanges, générer un sentiment de rejet chez l’interlocuteur, et compromettre la construction de liens sociaux authentiques. 

Les constats de la littérature scientifique

Des synthèses de la littérature scientifique existante ont permit de mieux cerner ce phénomène. Le phubbing a été associé à des comportements d’exclusion sociale (l’autre se sent mis à l’écart), de négligence interpersonnelle (manque d’attention ou d’écoute), et de rupture de communication (interruption ou appauvrissement des échanges) (Capilla Garrido et al., 2021). Récemment, l’équipe de la Chaire de recherche sur les dépendances comportementales a mené une revue de la portée sur le sujet afin de mieux comprendre les expériences vécues par les personnes qui pratiquent le phubbing (phubbers) et celles qui en sont témoins (phubbees) (Deschamps et al., 2025). Plusieurs thèmes sont ressortis de leur consultation des écrits scientifiques : 

Les motivations derrière le phubbing

Pourquoi se tourne-t-on vers son téléphone intelligent même lorsqu’on est entouré·e d’autres personnes ? Les raisons sont nombreuses. Parfois, c’est pour fuir des émotions désagréables comme l’ennui, la solitude, le stress, l’anxiété sociale ou encore la peur de manquer quelque chose (FoMO – Fear of Missing Out). D’autres fois, on cherche simplement à se stimuler : regarder une vidéo, jouer, magasiner en ligne, lire un article ou apprendre quelque chose de nouveau. 

 

Le téléphone peut aussi répondre à des besoins très concrets, comme gérer ses tâches, travailler ou avancer ses études. Il permet de rester en lien avec nos proches, de partager sur les réseaux sociaux ou de maintenir une présence dans nos cercles virtuels. Enfin, certains facteurs plus profonds entrent en jeu : une dépendance numérique, un manque de contrôle de soi, une faible estime personnelle, des difficultés de santé mentale ou le besoin de créer une distance avec les autres pour préserver son espace personnel.

Les effets du phubbing

Le phubbing peut avoir un impact sur plusieurs aspects de la vie quotidienne. Sur le plan émotionnel, il provoque souvent chez la personne ignorée (le phubbee) un sentiment de frustration, de solitude, voire de rejet. Celle ou celui qui phubbe est quant à elle ou lui perçu·e comme impoli·e, distant·e ou peu engagé·e dans l’échange. 

Sur la santé mentale, les effets peuvent être tout aussi marqués : anxiété accrue, isolement, baisse de satisfaction de vie ou même épuisement professionnel. Ce comportement favorise aussi la dépendance au téléphone, gruge le temps personnel et peut fragiliser le respect mutuel. Dans les relations, il nuit à la qualité des échanges, alimente les conflits et peut mener à l’isolement social. Dans le milieu professionnel ou scolaire, il réduit la concentration, la performance et la cohésion d’équipe. 

 

Il existe toutefois des aspects perçus comme positifs, mais seulement par les personnes qui phubbent. Certaines évoquent un accès plus rapide à l’information, des pauses détente, un renforcement des liens sociaux grâce aux échanges en ligne, un sentiment d’appartenance accru ou encore de nouvelles opportunités d’apprentissage. 

Réduire le phubbing au quotidien

Quand on sait à quel point le phubbing peut gruger nos relations et notre bien-être, il peut être tentant, voire bénéfique de chercher à réduire le phubbing au quotidien. Pour limiter l’usage excessif du téléphone en présence des autres, quelques stratégies peuvent être utiles. On peut, par exemple, instaurer des moments ou des espaces sans téléphone par exemple pendant les repas, dans la chambre ou lors des moments en famille. Clarifier les frontières entre le travail et la vie personnelle aide aussi à mieux décrocher et éviter la tentation de se tourner vers son écran. Dans les relations, favoriser la communication sincère et expliciter ses besoins peut réduire les tensions. Enfin, montrer l’exemple en utilisant son téléphone de manière responsable reste l’un des moyens les plus efficaces pour inspirer les autres à en faire autant. 

Retirer ses œillères

Le phubbing n’est pas seulement un geste lié à la technologie : il reflète parfois la place que prennent nos écrans dans nos moments partagés. Sans même s’en rendre compte, on peut se laisser absorber par ce qui se passe en ligne et manquer une partie de ce qui se vit autour de nous. Repenser notre rapport au téléphone, ce n’est pas dire non au numérique, mais trouver un meilleur équilibre pour être pleinement présents. Après tout, ce qu’on recherche vraiment, c’est moins une connexion réseau qu’une vraie connexion humaine.  

Article écrit par Rasoamiadana Volanirina Rasolofomamonjy

Références 

 

Baranova, T., Kobicheva, A., & Tokareva, E. (2023). Effect of Phubbing on Students’ Performance. Dans A. Guda (Éd.), Networked Control Systems for Connected and Automated Vehicles (Vol. 510, p. 849‑856). Springer International Publishing. https://doi.org/10.1007/978-3-031-11051-1_87 

 

Capilla Garrido, E., Issa, T., Gutiérrez Esteban, P., & Cubo Delgado, S. (2021). A descriptive literature review of phubbing behaviors. Heliyon, 7(5), e07037. https://doi.org/10.1016/j.heliyon.2021.e07037 

 

Deschamps, A., Fortier, M.-È., Gómez, N. M., Auger, A.-M., Fitzpatrick, C., & Brodeur, M. (2025). Understanding phubbing behavior : A scoping review of qualitative and mixed-methods studies. Computers in Human Behavior Reports, 18, 100684. https://doi.org/10.1016/j.chbr.2025.100684 

 

Karadağ, E., Tosuntaş, Ş. B., Erzen, E., Duru, P., Bostan, N., Mızrak Şahin, B., Çulha, İ., & Babadağ, B. (2016). The Virtual World’s Current Addiction : Phubbing. Addicta: The Turkish Journal on Addictions, 3(2). https://doi.org/10.15805/addicta.2016.3.0013 

 

Kemp, S. (2025). Digital 2025 : Global Overview Report—DataReportal – Global Digital Insights. https://datareportal.com/reports/digital-2025-global-overview-report 

 

Lynchy. (2013, octobre 9). How McCann invented the word « Phubbing » for Macquarie Dictionary « A Word is Born » campaign. Campaign Brief. https://campaignbrief.com/mccann-australia-documents-how/ 

 

Roberts, J. A., & David, M. E. (2016). My life has become a major distraction from my cell phone : Partner phubbing and relationship satisfaction among romantic partners. Computers in Human Behavior, 54, 134‑141. https://doi.org/10.1016/j.chb.2015.07.058 

 

Vanden Abeele, M. M. P., Hendrickson, A. T., Pollmann, M. M. H., & Ling, R. (2019). Phubbing behavior in conversations and its relation to perceived conversation intimacy and distraction : An exploratory observation study. Computers in Human Behavior, 100, 35‑47. https://doi.org/10.1016/j.chb.2019.06.004 

 

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