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Désinformation numérique : comprendre ses effets et ses mécanismes

Pourquoi c'est important ?

Les fausses informations en ligne, particulièrement sur les réseaux sociaux, sont parfois difficiles à repérer. Titres accrocheurs, récits émotionnels, informations choc… Il devient ardu de distinguer le vrai du faux. Pourtant, la désinformation et la mésinformation peuvent avoir de réels effets sur notre santé mentale et nos décisions. 

Mais de quoi parle-t-on exactement ?

  • La désinformation désigne des contenus faux ou trompeurs diffusés intentionnellement, dans le but de manipuler ou d’induire en erreur. 

 

  • La mésinformation, quant à elle, correspond à des contenus également faux ou trompeurs, mais partagés sans intention malveillante, souvent par des personnes convaincues de leur véracité. 

 

Une étude récente publiée dans le Journal of Medical Internet Research (Hudon et al., 2025) s’est intéressée au contenu de vidéos portant sur la santé mentale diffusées sur la plateforme TikTok. Cette étude observationnelle a analysé 1 000 vidéos publiques en français, anglais et espagnol, couvrant 26 thématiques en santé mentale. Leur analyse a révélé que plus d’une vidéo sur trois (36,9 %) contenait de la désinformation ou de la mésinformation. Ces contenus étaient particulièrement fréquents dans les vidéos abordant les troubles neurodéveloppementaux, comme le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou le trouble du spectre de l’autisme (TSA), ainsi que les troubles de la personnalité, notamment les troubles de la personnalité narcissique ou borderline. Ces résultats sont préoccupants, car ils montrent à quel point les réseaux sociaux peuvent devenir des vecteurs puissants de confusion et de stigmatisation. 

 

Il est important de souligner que la désinformation et la mésinformation ne se limitent pas à la santé mentale. Elles touchent également des domaines cruciaux comme la politique, les enjeux environnementaux et la santé physique. Par exemple, des campagnes de désinformation ont été documentées autour des élections, du changement climatique ou encore des vaccins, avec des conséquences réelles sur la confiance du public, les comportements et les politiques publiques (OMS, 2024). 

Quels sont les effets des fausses informations sur la santé mentale ?

Des études ont démontré que la désinformation et la mésinformation sont liées à une augmentation de l’anxiété, du stress, de la détresse psychologique et de la dépression. L’impact des informations consultées sur les réseaux sociaux a d’ailleurs été documenté dans une enquête menée par Recherche en santé mentale Canada. Selon les données obtenues auprès de plus de 3000 Canadien.ne,s, deux personnes sur cinq (39 %) déclarent que les actualités consultées sur les réseaux sociaux ont un impact négatif sur leur santé mentale (RSMC, 2024). Parmi les éléments affectant la santé mentale en lien avec la consultation d’informations en ligne, notons la présence des fausses informations qui sont largement relayées sur les plateformes de réseaux sociaux. 

 

L’exposition répétée à de fausses informations peut entraîner une surcharge émotionnelle importante. Ce type de contenu joue souvent sur la peur, le doute et la confusion, plongeant les personnes dans un état d’alerte constant. Plusieurs études ont démontré que ce bombardement d’informations anxiogènes peut mener à une augmentation marquée de l’anxiété et du stress (Rocha et al., 2021 ; Verma et al., 2022). L’exposition à des messages contradictoires ou trompeurs alimente un sentiment d’incertitude et de perte de contrôle sur la réalité — deux éléments reconnus comme facteurs de stress importants (Rocha et al., 2021 ; Sijariya et al., 2022). Le fait même de partager involontairement de la fausse information est aussi associé à une élévation du niveau d’anxiété, possiblement en raison de la culpabilité ou de l’inquiétude d’avoir contribué à la propagation d’un contenu potentiellement nuisible (Verma et al., 2022). 

 

Sur le plan de la santé mentale, cette surcharge informationnelle et émotionnelle peut avoir des conséquences lourdes. Lorsqu’on ne sait plus à qui ou à quoi se fier, un sentiment d’impuissance peut s’installer. Ce manque de repères fiables contribue à l’émergence du sentiment de solitude ainsi qu’à de l’insécurité, deux facteurs associés à la présence de dépression (Mollo-Torrico, 2023 ; Ikbal, 2023). Des chercheurs notent également que lorsqu’une personne réalise qu’elle a été trompée par de fausses informations, cela peut engendrer une perte de confiance en soi et de la détresse psychologique (Sijariya et al., 2022). 

 

Enfin, la désinformation et la mésinformation peuvent avoir un impact direct sur la qualité des décisions que l’on prend, surtout lorsqu’il s’agit de décisions liées à la santé ou à la politique. Se méfier d’un professionnel de la santé mentale à cause de fausses rumeurs, croire qu’un traitement éprouvé est dangereux ou encore refuser de voter à cause de théories du complot sur la fraude électorale sont des exemples concrets de décisions influencées par une information erronée. Ces choix peuvent avoir des conséquences réelles pour les individus… mais aussi pour la société dans son ensemble (Hudon et al., 2025 ; Nela & Parruca, 2023; OMS, 2024). 

 

Au-delà des impacts individuels, la désinformation peut aussi entraîner une désaffiliation sociale, notamment lorsqu’elle favorise la radicalisation politique (Smith et al., 2025). En s’immergeant dans des contenus polarisants — souvent nourris par des récits de complots, du discours haineux ou une méfiance extrême envers les institutions — certaines personnes en viennent à se couper progressivement de leur entourage et à rejeter les points de vue divergents. Cette spirale peut mener à l’isolement, à une perte de repères communs, et dans certains cas, à la radicalisation. À long terme, cette fragmentation du tissu social nuit à la démocratie et à la cohésion collective (Smith et al., 2025). 

Les tactiques cognitives utilisées dans la désinformation

Il arrive que des informations fausses soient partagées de bonne foi, sans volonté de nuire. Toutefois, dans d’autres cas, les messages sont délibérément formulés pour tromper l’opinion publique, influencer les croyances ou manipuler les comportements : c’est le domaine de la désinformation. Cette dernière repose souvent sur des stratégies bien rodées. 

 

Les études sur la désinformation en ligne révèlent qu’un certain nombre de tactiques cognitives sont systématiquement mobilisées pour manipuler les perceptions. Ces tactiques s’appuient sur nos biais psychologiques naturels, sur des mécanismes argumentatifs fallacieux, ainsi que sur des dynamiques propres aux réseaux sociaux qui amplifient leur portée et leur efficacité. Comprendre ces tactiques est essentiel pour s’en prémunir. 

 

Biais cognitifs et heuristiques : des raccourcis mentaux exploités 

 

La désinformation s’appuie souvent sur des biais cognitifs et des heuristiques, ces raccourcis mentaux qui nous aident à prendre des décisions rapides, mais qui peuvent aussi nous induire en erreur. 

Par exemple, le biais de confirmation nous pousse à accorder davantage de crédibilité à des contenus qui confirment nos croyances existantes. Une personne qui pense que les changements climatiques sont une invention médiatique sera plus encline à croire une publication affirmant qu’il s’agit d’un complot des élites mondiales, même en l’absence de preuves (Reddy, 2025). 

L’heuristique de disponibilité, quant à elle, nous pousse à juger de la probabilité d’un événement en fonction de la facilité avec laquelle un exemple nous vient en tête. Si l’on voit fréquemment passer des publications sensationnalistes sur des crimes commis par des personnes immigrantes, on peut avoir tendance à surestimer la fréquence réelle de ces événements, même si les données montrent le contraire (Singh, 2023). 

 

Détournement cognitif : faire diversion pour éviter le fond 

 

La désinformation détourne aussi l’attention du fond d’un message vers des éléments périphériques, dans le but de désamorcer la pensée critique. Un exemple fréquent est le recours à des attaques ad hominem, où l’on dénigre une personne plutôt que de répondre à ses arguments (Smith et al., 2025). 

Prenons cette phrase : « Tu dis ça parce que tu es vendu aux médias traditionnels. » Ce type d’attaque ad hominem évite de discuter des faits présentés et insinue que la source n’est pas digne de confiance, sans rien prouver. Ce détournement affaiblit le débat rationnel et peut semer le doute, même si l’argument initial était solide. 

 

Les sophismes  : des raisonnements trompeurs mais convaincants 

 

Les sophismes sont des arguments qui semblent logiques mais ne tiennent pas la route sur le plan rationnel. Ce type de discours, qualifié parfois de junk cognition, conserve souvent un fort pouvoir de persuasion, même une fois déconstruit. 

Un exemple classique : « Si on accepte la surveillance des réseaux sociaux pour limiter les discours haineux, alors demain on ne pourra plus rien dire. » C’est une pente glissante, qui fabrique un scénario extrême et improbable à partir d’un fait modéré, afin de provoquer peur et rejet. Ces arguments circulent facilement car ils sont simples, percutants… et souvent faux. 

 

Manipulation émotionnelle : provoquer avant d’informer 

 

Les contenus de désinformation sont souvent conçus pour susciter une réaction émotionnelle forte – colère, peur, indignation – avant même qu’on ait le temps de réfléchir. 

Par exemple, une publication virale peut montrer une image d’un politicien souriant à côté d’une scène de pauvreté ou de violence, accompagnée d’un texte du type : 
« Pendant que vous souffrez, voilà ce que fait votre gouvernement. » 
Même si aucun lien direct n’est établi entre la personne et la situation montrée, l’association visuelle et le ton accusateur suscitent colère et indignation, en jouant sur l’injustice perçue. Ce type de contenu court-circuite l’analyse rationnelle en provoquant une réaction émotionnelle immédiate, souvent sans contexte ni vérification des faits (Yudho et al., 2024). 

 

Un terreau fertile : les réseaux sociaux et leurs dynamiques propres 

 

Le contexte numérique dans lequel circule la désinformation renforce considérablement son impact. Les algorithmes des réseaux sociaux sont conçus pour maximiser l’engagement, en nous montrant en priorité des contenus similaires à ceux que nous avons déjà aimés, partagés ou commentés. Ce mécanisme crée ce qu’on appelle des chambres d’écho : des environnements informationnels fermés où nos opinions sont constamment renforcées, tandis que les points de vue divergents sont filtrés ou invisibilisés. Cela peut donner l’illusion que tout le monde pense comme nous, créant un faux sentiment de consensus (Singh, 2023). 

 

À cela s’ajoute une autre dynamique puissante : la simulation artificielle de l’opinion publique. Les campagnes de désinformation s’appuient souvent sur des bots ou des comptes fictifs (appelés sock puppets) qui publient, commentent et partagent massivement certains contenus. Cette activité donne l’impression qu’une idée est largement soutenue, même si elle ne l’est pas réellement. Ce phénomène, connu sous le nom de preuve sociale fabriquée, peut influencer nos jugements : si « tout le monde semble d’accord », alors cela doit être vrai (Meier, 2023). Cette pression sociale subtile renforce la diffusion de fausses informations, surtout lorsqu’elles sont émotionnellement chargées ou politiquement polarisantes. 

Conclusion

Se défendre contre la désinformation, c’est protéger son autonomie, sa santé mentale et sa capacité à faire des choix éclairés. En comprenant les tactiques utilisées, en reconnaissant nos propres biais et en cultivant un regard critique, on devient plus résilient face à la manipulation numérique. 

Tu veux savoir comment te prémunir de la désinformation ?

Références 

 

He, D., & Sannusi, S. N. (2024). Motives of Sharing Fake News and Effects on Mental Health of Social Media Users: A Meta-analysis. Jurnal Komunikasi: Malaysian Journal of Communication. https://doi.org/10.17576/jkmjc-2024-4002-11 

 

Hudon A, Perry K, Plate A, Doucet A, Ducharme L, Djona O, Testart Aguirre C, Evoy G (2025) Navigating the Maze of Social Media Disinformation on Psychiatric Illness and Charting Paths to Reliable Information for Mental Health Professionals: Observational Study of TikTok Videos. J Med Internet Res 2025;27:e64225.  https://www.jmir.org/2025/1/e64225  

 

Ikbal, T. (2023). A Comprehensive Evaluation of the Impact of Social Media on Mental Health Reveals Noteworthy Effects. Praxis International Journal of Social Science and Literature. https://doi.org/10.51879/pijssl/060807 

 

Jabbour, D., Masri, J. E., Nawfal, R., Malaeb, D., & Salameh, P. (2022). Social media medical misinformation: impact on mental health and vaccination decision among university students. Irish Journal of Medical Science. https://doi.org/10.1007/s11845-022-02936-9 

 

Mollo-Torrico, J. P. (2023). Noticias falsas y su efecto en la salud mental. Punto Cero. https://doi.org/10.35319/puntocero.202346197 

 

Nela, A., & Parruca, E. (2023). Impact of Social Media Disinformation and of Fake News Overexposure on the Actual Capacities and the Psychological Wellbeing During the Covid-19 Pandemic: a Systemic Literature Review. The Global Psychotherapist. https://doi.org/10.52982/lkj191 

 

OMS. (2024, 6 février). Désinformation et santé publique. https://www.who.int/fr/news-room/questions-and-answers/item/disinformation-and-public-health 

 

Recherche Santé Mentale Canada (2024). Understanding the Mental Health of Canadians Through Covid 19 and Beyond: Poll #21. URL: https://static1.squarespace.com/static/5f9978fdff01872f76f38a09/t/674df294174afd412a36fca0/1733161621364/Final+-+MHRC+-+Poll+21+Report+-+Abridged+version.pdf  

 

Rocha, Y. M., Moura, G. A. de, Desidério, G. A., Oliveira, C. H. de, Lourenço, F. D., & Nicolete, L. D. de F. (2021). The impact of fake news on social media and its influence on health during the COVID-19 pandemic: a systematic review. Journal of Public Health. https://doi.org/10.1007/S10389-021-01658-Z 

 

Sijariya, R., Roy, C., Jindal, L., Sharma, Y., & Suri, A. (2022). Social Media Misinformation Effect on Mental Health in Covid 19: A Review Study. Journal of Commerce and Trade. https://doi.org/10.26703/jct.v17i1-12 

 

Smith, F., Simchon, A., Holford, D. et al. Inoculation reduces social media engagement with affectively polarized content in the UK and US. Commun Psychol 3, 11 (2025). https://doi-org.ezproxy.usherbrooke.ca/10.1038/s44271-025-00189-7 

 

Sulaiman, W. A. W., Malek, M. D. H., Yunus, A. R., Ishak, N. H., Safir, D. M., & Fahrudin, A. (2024). The Impact of Social Media on Mental Health: A Comprehensive Review. South Eastern European Journal of Public Health. https://doi.org/10.70135/seejph.vi.2564 

 

Verma, G., Bhardwaj, A., Aledavood, T., Choudhury, M. D., & Kumar, S. (2022). Examining the impact of sharing COVID-19 misinformation online on mental health. Dental Science Reports. https://doi.org/10.1038/s41598-022-11488-y 

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