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Se protéger de la désinformation : 7 stratégies à adopter

L’abondance d’informations qui circule sur les réseaux sociaux — souvent sensationnalistes, déformées voire complètement inventée — n’est pas sans conséquence. Elle peut contribuer à la confusion, à la méfiance envers les institutions, à la polarisation sociale et, plus sournoisement, à une détérioration de la santé mentale. Anxiété, sentiment d’impuissance, perte de repères : autant d’effets ressentis lorsqu’on est constamment exposé·e à des récits contradictoires, faux ou manipulés. 

 

Cette désinformation ne survient pas par hasard : elle s’appuie sur des tactiques bien rodées. Certaines exploitent nos émotions fortes, comme la peur ou la colère, pour capter notre attention. D’autres se servent de faux experts, de récits simplifiés ou de théories du complot pour semer le doute. Pour mieux comprendre ces mécanismes et leurs impacts sur notre bien-être, vous pouvez consulter notre premier article : Désinformation numérique : quels effets sur notre bien-être ? 

 

Mais comment s’en protéger concrètement, sans se couper de l’actualité ni sombrer dans la méfiance généralisée ? Voici 7 stratégies simples à adopter pour mieux naviguer dans l’océan d’informations, déjouer les pièges les plus courants… et préserver son équilibre. 

1. Renforcer son réflexe de vérification

Avant de croire ou de partager une information, il est utile de se poser quelques questions simples : 

 

  • Qui est à l’origine de cette information ? Est-ce un média reconnu ? Une source officielle ? Une personne ou un site anonyme ? 

 

  • Y a-t-il des sources citées ? Peut-on vérifier les faits par nous-mêmes ? 

 

  • Ce contenu cherche-t-il à informer ou à provoquer une réaction émotionnelle

 

Prenons un exemple courant : une publication affirme que « les changements climatiques sont un canular inventé pour taxer davantage les citoyens ». En y regardant de plus près, on s’aperçoit que l’article provient d’un site sans crédibilité scientifique, ne cite aucune étude et adopte un ton alarmiste, bref, c’est possible qu’on ait affaire à une information trompeuse. Vérifier la source est souvent le premier rempart contre la manipulation. 

 

2. Reconnaître nos biais… pour mieux les contourner

Nous avons tendance à croire plus facilement ce qui confirme nos idées préconçues. C’est ce qu’on appelle le biais de confirmation. Pour le contourner, il est utile de consulter des sources qui présentent des points de vue différents — à condition qu’elles soient fiables. 

 

Par exemple, une personne persuadée que les troubles de santé mentale sont exagérés pourrait rejeter d’emblée tout article sur l’anxiété chez les jeunes. Lire des témoignages diversifiés, ou consulter des données issues de la recherche, permet de nuancer cette perception et d’ouvrir le dialogue intérieur. 

3. Apprendre à détecter les tactiques de manipulation

Certaines publications utilisent des techniques de persuasion trompeuses pour influencer notre opinion : sophismes, raccourcis intellectuels, attaques personnelles… Ces tactiques détournent notre attention du fond pour susciter des réactions émotives. 

 

Exemple : « Si on accepte cette nouvelle loi, ce sera la fin de notre liberté d’expression. » 

 

Cette phrase dramatise à outrance les conséquences d’un projet, sans fondement factuel. Il s’agit d’un appel à la peur, une stratégie qui pousse à rejeter une idée en invoquant un scénario catastrophique. En repérant ces procédés, on peut évaluer la solidité d’un argument avec plus de recul. 

4. Éviter les partages impulsifs

Sur les réseaux sociaux, la tentation de réagir rapidement — par colère, indignation ou enthousiasme — est grande. Mais un simple clic sur « partager » peut contribuer à la propagation de fausses nouvelles. 

 

Un bon réflexe : prendre 10 secondes avant de publier. Est-ce que je suis certain·e que cette information est vraie ? Est-ce qu’elle pourrait induire quelqu’un en erreur ? Parfois, ne rien partager est un acte de vigilance et de responsabilité. 

5. Cultiver le doute sain… sans sombrer dans la méfiance généralisée

Il est sain de questionner ce qu’on lit. Mais lorsque le doute devient excessif — croire que toutes les élections sont truquées, que toutes les données scientifiques sont manipulées — on entre dans un scepticisme radical qui brouille toute compréhension du monde. 

 

Il est possible d’avoir un regard critique tout en reconnaissant la valeur de sources transparentes et crédibles. Le doute devient alors un outil de discernement, pas un réflexe de rejet. 

6. Suivre des comptes fiables et diversifiés

Les algorithmes nous enferment souvent dans des chambres d’écho. Pour en sortir : 

 

  • Suivez des médias reconnus, locaux et internationaux. 

 

  • Abonnez-vous à des vulgarisateurs et vulgarisatrices scientifiques. 

 

  • Variez vos sources pour mieux comparer les perspectives. 

 

Par exemple, suivre à la fois un journaliste politique, une chercheuse en santé publique et un média indépendant permet d’avoir une vision plus large et nuancée de l’actualité. 

7. Agir pour soi… et pour les autres

En choisissant de mieux vérifier ce qu’on lit et partage, on contribue à un environnement informationnel plus sain. On protège aussi les plus vulnérables de notre entourage — les jeunes, les aîné·es, les personnes isolées — qui peuvent être plus exposé·es aux effets de la désinformation. 

 

C’est une manière concrète d’agir pour le bien commun, sans avoir besoin d’être expert·e en technologie ou en journalisme. 

 

Agir pour les autres, c’est aussi réagir aux partages de fausses informations par nos proches. Mais que fait-on si un un·e proche partage de la désinformation ? D’emblée, voir un·e ami·e ou un membre de la famille partager une fausse nouvelle peut susciter frustration, inquiétude ou colère. Mais confronter la personne, ou se moquer d’elle, peut la braquer ou l’isoler davantage. 

 

Une approche respectueuse, curieuse et ouverte est souvent plus efficace. Voici quelques pistes : 

 

👉 « Tu l’as trouvée où, cette info ? Je suis curieux·se de voir la source. » 


👉 « Est-ce que tu sais si d’autres médias ou spécialistes en parlent aussi ? » 


👉 « Est-ce que tu veux qu’on regarde ça ensemble, juste pour creuser un peu ? » 

 

Ces questions, posées sans jugement, peuvent semer un doute salutaire. Elles montrent qu’on cherche à comprendre, pas à humilier. C’est souvent dans ces petits gestes de dialogue qu’on fait émerger le changement. 

Une responsabilité partagée

La lutte contre la désinformation ne repose pas que sur les personnes. Les plateformes numériques — réseaux sociaux, moteurs de recherche, plateformes vidéo — jouent un rôle central dans la manière dont l’information circule. 

 

Plusieurs recherches ont montré que de simples ajustements peuvent avoir un effet significatif (Kozyreva et al., 2024; Sallami et Aïmeur, 2025). Par exemple : 

 

  • Ajouter un message d’avertissement avant l’exposition à un contenu douteux diminue sa crédibilité perçue. 

 

  • Retirer les boutons de partage instantané, ou inciter à lire un article avant de le partager, freine la diffusion des fausses nouvelles. 

 

  • Modifier les algorithmes pour prioriser des sources fiables contribue à assainir l’environnement numérique. 

 

Ces stratégies — testées et validées dans de nombreuses études — montrent qu’il est possible de limiter la désinformation sans recourir à la censure. Les plateformes ont donc une responsabilité réelle dans la création d’un écosystème informationnel plus sain. Or, au cours des derniers mois, plusieurs plateformes populaires ont reculé sur ces engagements : réduction des équipes de modération, affaiblissement des systèmes de vérification, disparition d’outils d’étiquetage des contenus douteux… Ces reculs inquiètent, puisqu’ils ouvrent davantage la porte à la désinformation. On peut souhaiter un retour à une responsabilité plus affirmée de leur part — au service du bien-être numérique du plus grand nombre. 

En conclusion : devenir des citoyen·nes numériques lucides

La désinformation fait désormais partie de notre réalité numérique. Mais elle ne doit pas nous paralyser ni nous isoler. 

 

En développant notre esprit critique, en cultivant une curiosité bienveillante et en restant attentif·ves à nos propres biais, nous pouvons poser des gestes simples, mais puissants. Individuellement, nous pouvons aiguiser notre vigilance. Collectivement, nous pouvons créer une culture numérique plus saine, plus solidaire, et plus résistante aux manipulations. 

 

Se protéger de la désinformation, c’est aussi prendre soin de notre santé mentale, de notre lien aux autres… et de notre communauté. 

Références 

 

Ikbal, T. (2023). A Comprehensive Evaluation of the Impact of Social Media on Mental Health Reveals Noteworthy Effects. Praxis International Journal of Social Science and Literature. https://doi.org/10.51879/pijssl/060807 

 

Kozyreva, A., Lorenz-Spreen, P., Herzog, S.M. et al. Toolbox of individual-level interventions against online misinformation. Nat Hum Behav 8, 1044–1052 (2024). https://doi-org.ezproxy.usherbrooke.ca/10.1038/s41562-024-01881-0 

 

Nela, A., & Parruca, E. (2023). Impact of Social Media Disinformation and of Fake News Overexposure on the Actual Capacities and the Psychological Wellbeing During the Covid-19 Pandemic: a Systemic Literature Review. The Global Psychotherapist. https://doi.org/10.52982/lkj191 

 

Sallami, D., Aïmeur, E. Exploring beyond detection: a review on fake news prevention and mitigation techniques. J Comput Soc Sc 8, 23 (2025). https://doi-org.ezproxy.usherbrooke.ca/10.1007/s42001-024-00351-x 

 

Smith, F., Simchon, A., Holford, D. et al. Inoculation reduces social media engagement with affectively polarized content in the UK and US. Commun Psychol 3, 11 (2025). https://doi-org.ezproxy.usherbrooke.ca/10.1038/s44271-025-00189-7 

 

Sulaiman, W. A. W., Malek, M. D. H., Yunus, A. R., Ishak, N. H., Safir, D. M., & Fahrudin, A. (2024). The Impact of Social Media on Mental Health: A Comprehensive Review. South Eastern European Journal of Public Health. https://doi.org/10.70135/seejph.vi.2564 

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