Joy of missing out : se donner le droit de « rater »
Les plateformes de réseaux sociaux promettent visibilité, proximité et accès continu à l’information. Sur les réseaux sociaux, des personnes publient des moments soigneusement choisis et présentés sous leur meilleur jour. Devant notre écran, nous consommons continuellement ces “moments” au point où on peut parfois se retrouver à alimenter une peur que d’autres vivent des expériences enrichissantes sans nous (Fear of Missing Out ou FOMO), une comparaison sociale constante due à une utilisation importante des réseaux sociaux qui pourrait mener à un épuisement mental voire de la fatigue (Chakrabarti, 2024; Lee et al., 2016; Yildirimer et al., 2024).
Et si au final, rater ce qui se passe sur les réseaux sociaux de temps à autre nous faisait le plus grand bien.
Vaincre le FOMO par le Joy of missing out
Depuis quelques années, une tendance à la déconnexion nommée Joy of missing out (JOMO), émerge comme un contre-mouvement du FOMO. Dans les médias, elle est même présentée comme une « cure » au FOMO. L’Urban Dictionary propose une définition plus simple : « savourer ce que l’on fait ici et maintenant, au lieu de passer son temps sur les réseaux sociaux à regarder ce que font les autres » (Urban Dictionary, s. d.). Il faut savoir que dans la littérature scientifique, la définition du JOMO n’est pas encore bien établie. Il est plutôt décrit comme un concept encore en construction, qui peut être compris à plusieurs niveaux.
D’abord, le JOMO peut être compris comme une expérience émotionnelle positive associée au fait de choisir volontairement de ne pas participer à certaines activités sur les réseaux sociaux, en ressentant de la satisfaction, du calme ou du plaisir plutôt que de l’anxiété ou un sentiment d’exclusion (Aitamurto et al., 2021; Diandono et al., 2025; Jacobsen, 2021). Il est souvent présenté en contraste avec le FOMO (Caesarina et al., 2023; Rautela & Sharma, 2022). Le JOMO implique aussi une déconnexion intentionnelle, accompagnée d’un sentiment d’autonomie et d’acceptation de sa situation présente, sans se comparer excessivement aux autres (Aitamurto et al., 2021; Jacobsen, 2021; Putra, 2019). Plusieurs définitions associent également le JOMO à des pratiques issues de la culture du bien-être (la pleine conscience, à l’appréciation de la solitude et aux pratiques de soin de soi), incluant la réduction de l’usage des réseaux sociaux et de la comparaison sociale (Kantar et al., 2025; Ranjbar et al., 2025; Rautela & Sharma, 2022). Enfin, le JOMO est parfois décrit comme un mode de vie, dans lequel les personnes cherchent à limiter les engagements perçus comme peu significatifs afin de se concentrer sur des activités jugées plus bénéfiques pour leur bien-être et leur santé mentale (Caesarina et al., 2023; Diandono et al., 2025; Kantar et al., 2025; Rautela & Sharma, 2022).
Différencier le JOMO des personnalités introverties
Le JOMO renvoie généralement à une expérience de vie et une motivation, mais peut également jouer un rôle de stratégie d’adaptation, selon les contextes, plutôt que comme un trait de personnalité. Il ne se confond donc pas avec un simple retrait social ni avec l’introversion. D’ailleurs, les personnes qui présentent du JOMO profitent davantage de la déconnexion lorsqu’elles disposent déjà de liens sociaux satisfaisants hors ligne (Barry et al., 2023).
Pour certains, le JOMO témoigne d’une perception de soi positive et d’un bien‑être ; pour d’autres, il peut coexister avec de l’anxiété sociale ou un retrait défensif (Barry et al., 2023; Eitan & Gazit, 2024). D’où l’intérêt de le distinguer de l’introversion, un trait de personnalité caractérisé par une préférence pour la solitude, la réflexion et le travail indépendant ; plutôt que les rencontres fréquentes en grand groupe, qui peuvent parfois être une source de stress (Wan, 2023). Cependant, les personnes dites introverties peuvent préférer la solitude sans nécessairement l’apprécier (Nguyen et al., 2022). À l’inverse, le JOMO met l’accent sur le plaisir éprouvé et sur le choix conscient.
JOMO et bien-être
Dans l’ensemble, les recherches suggèrent que le JOMO est généralement associé à un meilleur bien–être psychologique, notamment parce qu’il s’accompagne d’un usage moins important des réseaux sociaux, de moins de solitude ressentie et de moins de détresse psychologique (Barry et al., 2023; Kantar et al., 2025). Aussi, les personnes ayant un JOMO plus élevé rapportent davantage de satisfaction de vie et de pleine conscience, ainsi qu’un usage plus limité des réseaux sociaux, malgré que certaines personnes puissent présenter plus d’anxiété sociale selon leurs motivations à se déconnecter (Barry et al., 2023). D’autres travaux indiquent que le JOMO joue un rôle intermédiaire entre l’autocompassion et le bien–être : les personnes plus bienveillantes envers elles-mêmes tendent à mieux vivre la déconnexion, ce qui contribue à leur santé mentale (Kaya et al., 2026). Des théories émergent donc sur le fait que le JOMO puisse être une stratégie adaptative, voire un mode de vie, qui favoriserait l’équilibre et la réduction de la fatigue psychologique par la limitation des engagements sociaux perçus comme peu significatifs et de la pression numérique (Arfan Maulana Hafizh et al., 2024; Canonigo et al., 2025; Chan et al., 2022; Diandono et al., 2025; Hayran & Anik, 2021; Li & Han, 2025; Rautela & Sharma, 2022).
Que retenir ?
Le JOMO renvoie à l’expérience positive associée à une déconnexion choisie et autonome. Il est généralement associé à un meilleur bienêtre psychologique, bien que ses effets puissent varier selon les motivations de la déconnexion.
Article écrit par Rasoamiadana Volanirina Rasolofomamonjy
Références
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Caesarina, A., Alfina, A., Narendra Wardhana, A., & Risfana Sari, L. (2023). Conquering fear and embracing joy in shaping marketing strategy. Journal of Innovation in Business and Economics, 7(02), 101‑114. https://doi.org/10.22219/jibe.v7i02.25423
Canonigo, J. D., Mendez, A. M. H., Cañamo, G. A. D., Subido, G. M. V., Guinto, R. D. L., Bautista, R. A. L., Abrenilla, J. C., & Castaños, M. A. (2025). Joy of Missing Out (JOMO) : Developing a Multi-Factorial Scale for the FOMO Antithesis in Filipino Emerging Adults. American Journal of Human Psychology, 3(1), 127‑136. https://doi.org/10.54536/ajhp.v3i1.4408
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Yildirimer, Prof. Dr. K. S., Yentür, Prof. Dr. D. B., & Head of Psychology Department at St. Clements University, Faculty Member / UK. (2024). FOMO in Modern Societies : Digital Addiction and Its Psychological-Sociological Effects. International Journal of Social Science and Human Research, 07(11). https://doi.org/10.47191/ijsshr/v7-i11-80
