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Quand les réseaux sociaux exposent à la violence: quels impacts sur la santé mentale?

Dans notre quotidien numérique, nous sommes souvent exposé·e·s à un flot continu de vidéos, d’images et de récits choquants sur les réseaux sociaux. Ces contenus deviennent viraux parce qu’ils suscitent de fortes réactions émotionnelles, attirent l’attention et sont ensuite amplifiés par des algorithmes conçus pour maximiser l’engagement. Ainsi, même sans les rechercher, il est facile de tomber sur des scènes de violence, de catastrophe ou de crise en quelques clics. 

 

Ces dernières semaines, ce phénomène s’est illustré de manière frappante à travers plusieurs événements très médiatisés. Aux États Unis, les vidéos montrant la mort par balles de deux personnes tuées dans le cadre d’opération du service de l’immigration (ICE) à Minneapolis, ont circulé largement et suscité une vive émotion ainsi que de nombreux débats publics sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels. En parallèle, des images troublantes de l’incendie majeur survenu dans une boîte de nuit en Suisse ont été massivement partagées et commentées, exposant des milliers de personnes à des scènes d’urgence et de traumatisme en temps réel. Ces exemples montrent à quel point les réseaux sociaux peuvent diffuser rapidement des images très fortes et comment il devient difficile d’y échapper. 

 

Une question se pose alors: que sait-on, scientifiquement, des effets de l’exposition répétée à ce type de contenu sur la santé mentale? 

Ce que la recherche montre

De nombreuses études montrent que l’exposition à des contenus violents ou très anxiogènes sur les réseaux sociaux est associée à une augmentation de la détresse psychologique, même chez les personnes qui ne sont pas directement touchées par les événements. 

 

Lors de périodes de crise, une utilisation plus fréquente des réseaux sociaux est liée à une hausse des symptômes d’anxiété et de dépression. Les émotions négatives provoquées par ces contenus, comme la peur, la tristesse ou l’impuissance, jouent un rôle clé dans ce lien entre exposition et détresse (Zhao et Zhou, 2020). Ces effets ont notamment été observés pendant la pandémie de COVID 19, où une consommation quotidienne de contenus anxiogènes était associée à davantage de symptômes de dépression, d’anxiété et de stress (Price et al., 2021; Lamba et al., 2023). 

 

Chez les adolescent·e·s et les jeunes adultes, l’exposition répétée à des images violentes ou perturbantes peut aussi être liée à des symptômes de stress post traumatique, même sans avoir vécu directement les événements. Le visionnement d’images de guerre, de catastrophes ou de violence en ligne peut provoquer des réactions émotionnelles et physiques semblables à celles observées après un traumatisme direct. L’exposition répétée à la douleur des autres peut entraîner des symptômes comme des images intrusives, de l’hypervigilance, de l’évitement ou une détresse émotionnelle, comme l’a montré une étude menée auprès d’utilisateur·rice·s de réseaux sociaux (Mancini, 2019). Cela s’explique par la force des images et par le sentiment d’immersion qu’elles créent. Les événements représentés peuvent alors être perçus comme une menace pour soi. 

Des impacts à court et à plus long terme

Les impacts peuvent apparaître rapidement. Après quelques jours seulement d’exposition intensive, on observe souvent plus de stress, davantage d’émotions négatives, des images qui reviennent en tête et des troubles du sommeil (Price et al., 2021; Lamba et al., 2023). 

 

Des effets plus durables ont aussi été observés. Des symptômes de stress post traumatique peuvent persister plusieurs mois chez des personnes indirectement exposées à des événements violents par les réseaux sociaux (Yamin et al., 2023). 

 

Cela dit, les études actuelles comportent encore des limites. La plupart portent sur de courtes périodes, ce qui rend difficile de savoir comment ces effets évoluent à long terme pour l’ensemble des personnes exposées. 

Pourquoi ces images nous affectent autant?

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi ces contenus peuvent avoir un impact important sur la santé mentale. 

 

D’abord, ils provoquent des émotions très fortes. La peur, la colère et la tristesse augmentent la vulnérabilité à l’anxiété et aux symptômes dépressifs (Zhao et Zhou, 2020). 

 

Ensuite, la répétition joue un rôle majeur. Revoir souvent des images similaires, en partie parce que les algorithmes les mettent de l’avant, peut maintenir un état de stress et rendre le retour au calme plus difficile. Ce phénomène, souvent associé au doomscrolling, est lié à une augmentation du stress traumatique secondaire et à une diminution du bien être psychologique (Taskin et al., 2024; Ang, 2025). 

 

Avec le temps, certaines personnes peuvent aussi développer une vision plus négative ou plus insécurisante du monde, ce qui contribue à la détresse psychologique (Ang, 2025; Kennedy, 2023). 

Comment se protéger?

La recherche met en évidence deux grandes catégories de pistes pour se protéger des effets négatifs liés au visionnement de contenus violents en ligne. Certaines visent à prévenir en réduisant l’exposition à ces contenus, tandis que d’autres cherchent à mieux répondre au stress vécu lorsque l’exposition a déjà eu lieu, en favorisant le retour à un état de régulation émotionnelle et physiologique. 

 

Sur le plan de la prévention, un premier ensemble de stratégies consiste à agir sur la quantité et la répétition de l’exposition. Réduire le temps passé sur les réseaux sociaux, éviter de visionner à répétition des vidéos choquantes et prendre volontairement des pauses numériques permet de limiter l’accumulation de contenus anxiogènes, particulièrement en période d’actualité intense (Zhao & Zhou, 2020; Price et al., 2021). L’utilisation des paramètres de contrôle du contenu, la désactivation de certaines recommandations algorithmiques et la diversification des sources d’information constituent également des leviers concrets pour diminuer l’exposition involontaire à des images violentes ou perturbantes. 

 

Un second axe, complémentaire, concerne la manière de répondre au stress généré par le visionnement de ces contenus. Les vidéos violentes peuvent activer une réponse de stress sans offrir de possibilité réelle d’action, laissant l’organisme dans un état d’alerte prolongé. Dans cette perspective, plusieurs travaux suggèrent l’importance d’achever la réponse de stress, c’est-à-dire d’aider le corps à revenir à un état de sécurité après l’exposition à un stresseur symbolique ou médiatisé (Nagoski & Nagoski, 2019). Des stratégies telles que la pleine conscience, l’auto-compassion et d’autres formes de régulation émotionnelle permettent de mieux reconnaître ses réactions et de réduire l’impact du doomscrolling sur la santé mentale (Taskin et al., 2024; Liu et al., 2025a). 

 

Concrètement, l’activité physique modérée, la respiration lente et profonde, l’expression émotionnelle, le rire ou les interactions sociales positives sont associées à une diminution de l’activation physiologique liée au stress et à une activation du système parasympathique (Thayer et al., 2012; Porges, 2011). Intégrées consciemment après le visionnement de contenus violents en ligne, ces pratiques peuvent contribuer à limiter les effets cumulatifs du stress et favoriser un retour à l’équilibre. 

En conclusion

Dans un environnement numérique où les images choquantes circulent rapidement, se protéger ne signifie pas s’informer moins, mais s’informer autrement. Rester en contact avec l’actualité tout en limitant l’exposition répétée à des contenus anxiogènes constitue un enjeu central du bien-être numérique chez les jeunes adultes. Les stratégies individuelles, comme la réduction de l’exposition, l’utilisation des paramètres de contrôle et la régulation du stress après le visionnement, représentent des leviers importants, mais insuffisants à elles seules. 

 

En effet, importe également de rappeler que cette responsabilité ne repose pas uniquement sur les personnes qui utilisent les réseaux sociaux. Les plateformes numériques jouent un rôle structurant dans la circulation et la mise en visibilité des contenus, notamment par leurs mécanismes de recommandation et d’amplification. Limiter la propagation répétée d’images violentes, offrir des outils de contrôle du contenu clairs et accessibles, et tenir compte des effets psychologiques de l’exposition prolongée à des contenus choquants relèvent aussi de leur responsabilité (Kennedy, 2023; Franco & Boniel-Nissim, 2024). La protection de la santé mentale en ligne s’inscrit ainsi dans une logique de responsabilité partagée, impliquant les utilisateur·rice·s, les plateformes et les acteurs de santé publique, dans une perspective de promotion du bien-être numérique. 

Références 

 

Ang, C. S. (2025). Doomscrolling and secondary traumatic stress: Psychological distress and just world belief as potential mediating pathways. Psychiatric Quarterly. https://doi.org/10.1007/s11126-025-10236-5 

 

Franco, L., & Boniel-Nissim, M. (2024). Adolescents’ exposure to violent content related to conflict on social media: Qualitative research. In Youth exposure to conflict-related content online. IntechOpen. https://doi.org/10.5772/intechopen.1005821 

 

Kennedy, M. (2023). An exploratory study of the effects of secondary traumatic stress through YouTube viewing and recommendations to mitigate the effects (Doctoral dissertation). ProQuest Dissertations & Theses Global. https://search.proquest.com/openview/8b545b00c0defcf54568677777c416cf 

 

Lamba, N., Khokhlova, O., Bhatia, A., & McHugh, C. (2023). Mental health hygiene during a health crisis: Exploring factors associated with media-induced secondary trauma in relation to the COVID-19 pandemic. Health Psychology Open, 10, 1–11. https://doi.org/10.1177/20551029231199578 

 

Liu, X., Yao, Y., Zhu, S., & Gong, Q. (2025a). The influence of childhood trauma on social media-induced secondary traumatic stress among college students: The chain mediating effect of self-compassion and resilience. European Journal of Psychotraumatology, 16(1). https://doi.org/10.1080/20008066.2025.2456322 

 

McHugh, B. C., Wisniewski, P., Rosson, M. B., & Carroll, J. M. (2018). When social media traumatizes teens: The roles of online risk exposure, coping, and post-traumatic stress. Internet Research, 28(5), 1169–1188. https://doi.org/10.1108/INTR-02-2017-0077 

 

Price, M., Legrand, A. C., Brier, Z. M. F., Hébert-Dufresne, L., & Becker, M. W. (2021). Doomscrolling during COVID-19: The negative association between daily social and traditional media consumption and mental health symptoms during the COVID-19 pandemic. PsyArXiv. https://doi.org/10.31234/osf.io/s2nfg 

 

Shmulewitz, D., Levitin, D., Skvirsky, V., Vider, T., Lev-Ran, S., & Mikulincer, M. (2025). Exposure to online hate speech is positively associated with post-traumatic stress disorder symptom severity. Scientific Reports, 15, Article 16168. https://doi.org/10.1038/s41598-025-16168-1 

 

Taskin, S., Kurtuluş, H. Y., Satıcı, S. A., & Deniz, M. E. (2024). Doomscrolling and mental well-being in social media users: A serial mediation through mindfulness and secondary traumatic stress. Journal of Community Psychology, 52(3), 512–524. https://doi.org/10.1002/jcop.23111 

 

Weinberg, M., Besser, A., Bass, D., & Gil, S. (2025). Coping, media exposure and terror: Forgiveness, mastery, and emotional distress following exposure to intense traumatic events through the media. Psychiatria Danubina, 37(1), 88–96. https://doi.org/10.24869/psyd.2025.88 

 

Yamin, D., Bar-Haim, Y., Shalev, A., Ben-Ezra, M., & Hobfoll, S. E. (2023). Risk and early signs of PTSD in people indirectly exposed to October 7 events. medRxiv. https://doi.org/10.1101/2023.12.15.23300048 

 

Zhao, N., & Zhou, G. (2020). Social media use and mental health during the COVID-19 pandemic: Moderator role of disaster stressor and mediator role of negative affect. Applied Psychology: Health and Well-Being, 12(4), 1019–1038. https://doi.org/10.1111/aphw.12226 

 

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