Santé mentale par le numérique : les applications sont-elles efficaces ?
Aujourd’hui, il existe une application (appli) pour presque tout : se divertir, apprendre une nouvelle langue, faire du sport, mieux dormir, gérer son stress, méditer … Parmi elles, les applis dédiées à la santé mentale deviennent de plus en plus populaires. Ce n’est surement pas un hasard : les troubles de santé mentale représentent un enjeu majeur de santé publique (Fan et al., 2025), et l’Organisation mondiale de la santé souligne que le bien-être mental constitue un des piliers fondamentaux de la santé globale (OMS, s. d.).
Les applis de santé mentale promettent d’améliorer la santé mentale en offrant un accompagnement personnalisé et accessible. Mais derrière cette promesse, une question essentielle se pose : ces applis peuvent-elles réellement améliorer notre santé mentale ?
Pour essayer de répondre à cette question, l’équipe de SBEN a fait le point sur les écrits scientifiques récents afin de vous donner une vue d’ensemble des états de connaissances actuelles sur le sujet.
Sur quoi reposent les applis de santé mentale ?
La plupart des applis de santé mentale reposent sur des approches reconnues comme la pleine conscience, la thérapie cognitivo-comportementale, la thérapie d’acceptation et d’engagement, et la psychologie positive. Certaines combinent ces différentes approches (Eisenstadt et al., 2021; Yin et al., 2020).
Une grande variété de fonctionnalités technologiques
Les applis de santé mentale offrent plusieurs fonctionnalités. Elles permettent, par exemple, de faire un suivi de l’humeur en sélectionnant une émotion dans une liste ou en décrivant par écrit ce que l’on ressent, souvent en ajoutant des précisions sur le moment et le contexte. Certaines proposent des questionnaires et des outils d’autoévaluation pour faire le point sur son bien-être et suggérer des activités adaptées. Des applications proposent des activités de méditation guidée ou des exercices de respiration pour favoriser la détente. Elles offrent aussi du contenu psychoéducatif sous forme de vidéos, de quiz ou de défis interactifs afin d’en apprendre davantage sur la santé mentale. Pour rendre l’expérience plus engageante, certaines intègrent des histoires ou des jeux assortis de récompenses virtuelles. Des notifications, comme des rappels ou des messages positifs, peuvent également aider à maintenir les efforts dans le temps. Enfin, certaines applications mettent à disposition des outils conversationnels (chatbots) capables d’échanger avec l’utilisateur·rice et de l’accompagner dans ses réflexions.
Les preuves scientifiques sur leur efficacité ?
Alors que de nombreuses applis de santé mentale semblent prometteuses, en particulier pour la gestion de certains symptômes anxieux, seule une petite fraction ont fait l’objet d’études scientifiques. Les études suggèrent que les applis de santé mentale auraient un effet généralement positif mais très modeste sur le bien-être, le stress, l’anxiété, et en matière de gestion émotionnelle. Leur impact sur les symptômes dépressifs reste limité (Eisenstadt et al., 2021; Gál et al., 2021; Magwood et al., 2024; Schwartz et al., 2023). Ces effets sont souvent temporaires et plus marqués lorsque les participant·e·s aux études ont peu de contact avec les chercheur·e·s (Gál et al., 2021).
Bien que prometteurs, les résultats doivent être interprétés avec prudence. En effet, les résultats sont inconstants et parfois contradictoires. Plusieurs limites méthodologiques sont à considérer : la grande diversité des applications rend les comparaisons difficiles, les études reposent souvent sur de petits échantillons composés de participant·e·s très motivé·e·s et peu diversifié·e·s, et elles évaluent les impacts sur de courtes périodes seulement (Dandil & Kingston, 2025; Moore et al., 2024; Schwartz et al., 2023). L’utilisation que font les personnes de ces applications varie aussi grandement, et les mécanismes précis expliquant leur efficacité demeurent encore mal compris (Dandil & Kingston, 2025). De plus, des facteurs clés comme le stress familial, professionnel ou les différences culturelles sont rarement pris en compte (Plotkina et al., 2025).
Un autre enjeu réside dans l’écart entre les applications évaluées dans les recherches et celles qui sont réellement utilisées par le grand public (Wasil et al., 2022). Les effets potentiellement négatifs ainsi que la rentabilité de ces outils n’ont presque pas été étudiés. Enfin, le biais de publication, qui favorise la diffusion des résultats démontrant des effets positifs, et les conflits d’intérêts, notamment lorsque les chercheur·e·s sont associé·e·s aux entreprises qui développent les applications, suscitent des préoccupations importantes concernant la crédibilité des données (Eisenstadt et al., 2021; Gál et al., 2021; Plotkina et al., 2025).
Pas si accessibles que ça …
Au-delà de leurs fonctionnalités, la question des coûts et de l’accessibilité des applications de santé mentale soulève aussi des enjeux importants. La plupart des applis de santé mentale sont gratuites ou peu coûteuses, ce qui peut réduire les barrières financières et améliorer l’accessibilité (Wasil et al., 2022 ; Yin et al., 2020). Toutefois, ces applis gratuites présentent souvent des fonctionnalités limitées, peuvent manquer d’interventions fondées sur des preuves, ou encore monétiser les données des utilisateurs (Wasil et al., 2022). En revanche, les applis payantes tendent à offrir un soutien plus complet, mais leur coût peut exclure les personnes à faible revenu, ce qui risque de renforcer les inégalités en matière de santé (Wasil et al., 2022). Malgré leur potentiel, ces applis sont rarement remboursées par les assurances ou les systèmes de santé, ce qui limite encore leur accessibilité (Powell et al., 2019).
Vie privée (et sécurité) !
De nombreuses applications de santé mentale soulèvent des préoccupations importantes en matière de vie privée et de sécurité des données. Certaines demandent des autorisations sensibles, présentent des failles de codage ou transmettent des informations personnelles de manière non sécurisée, notamment des identifiants uniques pouvant être associés à une personne précise (Saini et al., 2022). Les données sensibles, comme les mots de passe ou les identifiants, sont parfois mal protégées, voire accessibles, et les politiques de confidentialité sont souvent absentes, vagues, incomplètes ou difficiles à comprendre (O’Loughlin et al., 2019; Powell et al., 2018). Dans certains cas, les applications commencent à collecter des données avant même d’en informer l’utilisateur·rice, ce qui nuit à la transparence et fragilise la confiance. Enfin, les entreprises derrière ces outils répondent rarement aux alertes de sécurité transmises par les chercheur·e·s, ce qui maintient les risques (Iwaya et al., 2023).
Que faire dans ce cas ?
Les applications de bien-être et de santé mentale peuvent être de précieuses alliées pour soutenir une démarche vers un meilleur équilibre, mais elles ne remplacent en aucun cas l’accompagnement d’un·e professionnel·le. Lorsqu’on ressent de la détresse psychologique, il est toujours recommandé de consulter un·e professionnel·le de la santé. Pour obtenir du soutien ou trouver des ressources d’aide, vous pouvez consulter notre page dédiée aux ressources d’aide.
Cela dit, il faut garder un regard critique : ces outils ne sont pas tous efficaces ni adaptés à tout le monde. Leur utilité dépend de nombreux facteurs, comme la qualité de leur contenu, la façon dont on les utilise et le contexte dans lequel elles sont intégrées. Il est donc essentiel de les choisir avec discernement, en s’informant sur leur origine, en consultant les avis d’expert·e·s ou d’usager·ère·s, et en gardant à l’esprit qu’aucune appli, aussi bien conçue soit-elle, ne remplace l’aide humaine. Le Gouvernement du Québec a publié un répertoire des applications numériques dédiées à la santé mentale, visant à faciliter l’accès à des outils de soutien, de suivi et d’intervention. Le domaine évolue rapidement, mais il reste encore beaucoup à comprendre pour savoir quelles applications fonctionnent vraiment, pour qui, et dans quelles conditions. Nous reviendrons certainement sur ce sujet dans une prochaine mise à jour, au fil des nouvelles découvertes !
Article écrit par Rasoamiadana Volanirina Rasolofomamonjy
Références
Dandil, Y., & Kingston, J. (2025). Personalized Mobile Apps for Mental Health and Well-Being in the General Population : A Systematic Review. Journal of Technology in Human Services, 1‑34. https://doi.org/10.1080/15228835.2025.2491347
Eisenstadt, M., Liverpool, S., Infanti, E., Ciuvat, R. M., & Carlsson, C. (2021). Mobile Apps That Promote Emotion Regulation, Positive Mental Health, and Well-being in the General Population : Systematic Review and Meta-analysis. JMIR Mental Health, 8(11), e31170. https://doi.org/10.2196/31170
Fan, Y., Fan, A., Yang, Z., & Fan, D. (2025). Global burden of mental disorders in 204 countries and territories, 1990–2021 : Results from the global burden of disease study 2021. BMC Psychiatry, 25(1), 486. https://doi.org/10.1186/s12888-025-06932-y
Gál, É., Ștefan, S., & Cristea, I. A. (2021). The efficacy of mindfulness meditation apps in enhancing users’ well-being and mental health related outcomes : A meta-analysis of randomized controlled trials. Journal of Affective Disorders, 279, 131‑142. https://doi.org/10.1016/j.jad.2020.09.134
Iwaya, L. H., Babar, M. A., Rashid, A., & Wijayarathna, C. (2023). On the privacy of mental health apps : An empirical investigation and its implications for app development. Empirical Software Engineering, 28(1), 2. https://doi.org/10.1007/s10664-022-10236-0
Magwood, O., Saad, A., Ranger, D., Volpini, K., Rukikamirera, F., Haridas, R., Sayfi, S., Alexander, J., Tan, Y., & Pottie, K. (2024). Mobile apps to reduce depressive symptoms and alcohol use in youth : A systematic review and meta‐analysis. Campbell Systematic Reviews, 20(2), e1398. https://doi.org/10.1002/cl2.1398
Moore, C., Kelly, S., & Melnyk, B. M. (2024). The use of mHealth apps to improve hospital nurses’ mental health and well‐being : A systematic review. Worldviews on Evidence-Based Nursing, 21(2), 110‑119. https://doi.org/10.1111/wvn.12716
O’Loughlin, K., Neary, M., Adkins, E. C., & Schueller, S. M. (2019). Reviewing the data security and privacy policies of mobile apps for depression. Internet Interventions, 15, 110‑115. https://doi.org/10.1016/j.invent.2018.12.001
OMS. (s. d.). Constitution of the World Health Organization. Consulté 22 septembre 2025, à l’adresse https://www.who.int/about/governance/constitution
Plotkina, D., Valentini, T., & Castéran, H. (2025). App yourself : A meta-analysis of the effectiveness of well-being mobile apps on employee well-being and mental health. International Journal of Stress Management, 32(1), 31‑46. https://doi.org/10.1037/str0000345
Powell, A., Bowman, M. B., & Harbin, H. T. (2019). Reimbursement of Apps for Mental Health : Findings From Interviews. JMIR Mental Health, 6(8), e14724. https://doi.org/10.2196/14724
Powell, A., Singh, P., & Torous, J. (2018). The Complexity of Mental Health App Privacy Policies : A Potential Barrier to Privacy. JMIR mHealth and uHealth, 6(7), e158. https://doi.org/10.2196/mhealth.9871
Saini, S., Panjwani, D., & Saxena, N. (2022). Mobile Mental Health Apps : Alternative Intervention or Intrusion? 2022 19th Annual International Conference on Privacy, Security & Trust (PST), 1‑11. https://doi.org/10.1109/PST55820.2022.9851975
Schwartz, K., Ganster, F. M., & Tran, U. S. (2023). Mindfulness-Based Mobile Apps and Their Impact on Well-Being in Nonclinical Populations : Systematic Review of Randomized Controlled Trials. Journal of Medical Internet Research, 25, e44638. https://doi.org/10.2196/44638
Wasil, A. R., Palermo, E. H., Lorenzo-Luaces, L., & DeRubeis, R. J. (2022). Is There an App for That? A Review of Popular Apps for Depression, Anxiety, and Well-Being. Cognitive and Behavioral Practice, 29(4), 883‑901. https://doi.org/10.1016/j.cbpra.2021.07.001
Yin, H., Wardenaar, K. J., Wang, Y., Wang, N., Chen, W., Zhang, Y., Xu, G., & Schoevers, R. A. (2020). Mobile Mental Health Apps in China : Systematic App Store Search. Journal of Medical Internet Research, 22(7), e14915. https://doi.org/10.2196/14915
